‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 42 sur 55 · LE PÈRE DE JEAICNE D*ARC · texte numérisé non relu

LE PÈRE DE JEAICNE D*ARC

Ma fille !

BEDFORT ET HRRMAirGARD.

Son père !

FRANÇOIS DE PAtILE.

Oui, son père est ici.

LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.

Ma fille !

Dieu ! vos bras s'ouvrent encor pour elle, Quand vous la soupçonnez d'être si criminelle ?

LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.

Tu ne l'es pas...

HERMANGARD.

Vieillard...

Vous l'entendez...

BEDFORT , il descend du tribunal.

£h quoi !

De signer cet écrit qui vous fit une loi ?

LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.

Demandez à celui dont la perfide adresse

D'un père au désespoir vint tromper la tendresse ,

Offrit à mon malheur de funestes secours.

Vint me persuader, dans de trompeurs discours,

Qu'il fallait déclarer que ma fille séduite

Au secours des Français malgré moi fut conduite ;

Qu'elle n'avait été , dans son égarement,

D'un magique pouvoir que l'aveugle instrument...

Cet aveu , me dit-il , cet aveu volontaire

Désarmera Bedfort, fléchira l'Angleterre.

J'ignorais que, promise au tribunal affreux...

JEANNK d'arc.

Mon père!

BEDFORT, i Hermangard.

On a trompé ce vieillard malheureux.

Du crime de Tyrrel aviez- vous connaissance, Hermangard ? Vous baissez les yeux en sa présence, Vous n'osez devant moi soutenir son aspect.

HERMANGARD.

Mais vous, devez-vouà croire un témoin si suspect? Il accusa sa fille, et cet aveu contraire Au destin qui l'attend ne saurait la soustraire. Un regret inutile , un tardif repentir.

L'engagent vainement, prince, à se démentir. Comment croire en effet que, trompant sa vieillesse, On ait pu jusque-là surprendre sa faiblesse, L'armer contre sa fille ? et ne devait-il pas

Prévoir qu'un tel aveu conduisait au trépas ?

LK PÈRE DE JEANNE d'aRC.

Et coinment soupçonner qu'un juge sanguinaire Pour hâter son trépas se servait de son père ? Avez-vous pu, cruels, sans remords, sans horreur, De mes aveux surpris armer votre fureur, Et profaner ainsi, pour immoler ma fille, Toute la sainteté des nœuds de la famille ? Un père... s'agît-il du crime le plus grand. Ne peut être appelé qu'à sauver son enfant. Son titre seul dément cette ruse exécrable ; Son témoignage est nul s'il n'est pas favorable; Et lorsqu'un tribunal fait invoquer sa voix , C'est toujours pour fléchir la vengeance des lois, Jamais pour condamner!,.. Ah ! prince, si la haine Abusait à ce point de la justice humaine , Si des mères en deuil, des pères gémissants. Du trépas de leur fils complices innocents, Devaient, instruits trop tard des cruels stratagèmes, Au nombre des bourreaux se reconnaître eux-^mêmes. Il faudrait, maudissant de pareils tribunaux. Pour le juge lui seul dresser les échafaudsî... Non, tu vivras... Combien j'ai pleuré ton absence! Viens, viens; que mon amour prouve ton innocence; Que ces pleurs paternels, démentant mes aveux, Disent si ton trépas fut l'objet de mes vœux ; Et qu'on juge à présent qui de nous il faut croire. Aux élans de ce cœur ranimé par ta gloire.

^00 JEAiNNE D'ARC, MARTYRE.

Viens, pardonne une erreur dont a rougi mon front; Tes lauriers sont placés plus haut que tout affront ! Honneur de mes vieux ans! fille héroïque et chère! Couvre-toi devant eux des respects de ton père.

lEANNE d'arc.

() ciel ! vous à mes pieds ?

LE PERE DE JEANNE d'aRC.

Cest un besoin pour moi.

J'abaisse avec orgueil ma tête devant toi !

BEDFORT9 à Hermangard.

Eh bien ?

HERMANGARD.

Si son récit en effet est sincère^ Prince^ Tyrrel...

LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.

Tyrrfel était votre émissaire.

Lorsqu'un juge se sert de cet affreux détour^ Au rang des criminels il descend à son tour. Pour un complot si noir les lois n'ont point d'excuse. Vous alliez nous juger, c'est moi qui vous accuse.

hermangard.

imprudent !

BEDFORt.

Ce secret doit être dévoilé J Qu'auprès du tribunal Tyrrel soit appelé ; Qu'il songe à me fléchir par un aveu fidèle. Vous y comparaîtrez, vieillard, à côté d'elle.

(Il se retire, suivi du peuple, des guerriers et des jii^es.)

HëRMANGARD, à part

Tout semble contre moi conspirer aujourd'hui. Bourgogne seul me reste, implorons son appui.

(Il s'éloigne.) FRANCOrS DE PAULE.

Venez, tout nous annonce un destin plus prospère.

La mort peut me frapper, j'ai retrouvé mon père!!!

Même place.

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