SCÈNE V
LES PBBCBDENTS; JEANNE D* ARC, conduite par deux Soldats.
MARGUERITE
Ah ! mon père ! c*est elle !
Voyez, voyez...
FRANÇOIS DE PAULE
Moment terrible et solennel !
Peuple, je vais mourir, et mon cœur... Ciel! 6 ciel !!!
(Les sœurs de Jeanne d'Arc tombent à ses pieds en pleurant.) MARGUERITE.
Ma sœur!
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Nous venons tous expirer à ta vue.
Quel mélange de pleurs et de joie imprévue !
LOUISE
Ma sœur !
Je vous revois...
MARGUKRITE.
Dans quel moment d'horreur!
(Pendant la fin de la scène, le père de Jeanne d*Arc reste, presque évanoui , dans les bras de François de Paule.)
JEA.NNE d'arc.
Oui... Mais je vous revois... Oh! venez sur mon cœur!... C'est vous!... Près de périr, sans espoir, sans défense, Je crois renaître encore aux jours de mon enfance. Vous faites apparaître à mes yeux attendris Et le hameau natal et nos vallons chéris : Heureuse et m'enivrant d'une vue aussi chère, Je ne crois pas mourir sur la terre étrangère ! Dieu l'ordonnait ainsi, renfermons nos douleurs; On nous voit...
MARGUERITE
Sur ton sein laisse couler nos pleurs ; Qu'ils baignent cette main, la gloire de nos armes.
J'ai sauvé mon pays ; point de deuil, point de larmes ! Dieu de mes jours mortels vient briser les liens. Mes sœurs, et de vos bras je passe dans les siens. Emportant vers le ciel, à qui je rends hommage, De vos traits adorés une récente image. Ne pleurez point ma mort . . . j'ai su la conquérir ; J'ai su vaincre où Dunois ne savait que mourir ; Et tant que les Français chériront la victoire, Mon nom libérateur vivra dans leur mémoire ! Il leur apparaîtra de respects entouré.
Ainsi que mon martyre il leur sera sacré ;
Et Ton verm ce nom inscrit sur leurs murailles
Parmi ceux qu'on invoque en marchant aux. batailles.
Je vais au Roi des rois demander leur bonheur;
D'intercéder pour eux j'ai mérité l'honneur.
Et je n'oublierai pas dans une autre patrie
Celle pour qui je meurs et que j'ai tant chérie !
LOUISE
Tes malheureuses sœurs partageront ton sort.
JEAI9NE d'arc.
Et qui consolerait ce vieillard de ma mort ? Revoyez avec lui nos paisibles chaumières ; Prononcez quelquefois mon nom dans vos prières ; En mémoire de moi prenez des habits noirs ; Et, comme on en attache aux portes des manoirs, Attachez sur le seuil aimé que j'abandonne Le blason glorieux que Charles Sept me donne... Au secours de mon roi quand Dieu me conduisait, Je sais qu'avec douleur ma mère m'accusait De l'avoir délaissée en son humble demeure, M'a-t-elle pardonné ?
MARGUERITE
Ta mère prie et pleure.
1EAKKS d'arc.
Portez-lui mes adieux... Dite&4iii que je meurs Avec le aral regret de lui coûter des pleurs ! CiC Ait bien orgueilleux pour une pauvre fille
De placer son pays plus haut que sa famille, Au-delà de ses champs d'avoir ub horizon, De sauver sa patrie en per^nt sa maison ! . . . J'en demande pardon à mes parents en larmes. Au foyer paternel vous suspendrez mes armes.
(A son père.)
Mon père, portez-les dans vos bras affaiblis ; Mon père, à votre nom joignez le nom du lis.
(A ses deux sœui's.)
Emportez cette croix pour ma mère... pour elle !... Les feux vont consumer ma dépouille mortelle ; De mes restes proscrits rien ne doit demeurer ; Je n'aurai point de tombe où vous puissiez pleurer, Et dans cette humble croix je laisse à notre mère Tout ce qui restera de moi sur cette terre.