‹ Jeanne d'Arc: Tragédie en cinq actes et en vers avec choeursChapitre 15 sur 38 · DÉPUTÉ Donnez-nous Richemont · texte numérisé non relu

DÉPUTÉ Donnez-nous Richemont

CHARLES VII

Je ne puis : sa présence Est nécessaire ici pour ma propre défense.

RICHEMONT

Désormais sur mon bras, Sire, ne comptez point ; J'ai dit à Du Châtel mon avis sur ce point.

Eh ! quoi ? tu pars aussi dans l'état où nous sommes ?

RICHEMONT On sait quel est le cas que vous faites des hommes.

CHARLES VII, pleurant.

Ah ! sur ma race, hélas ! pèse un funeste sort, Et le mien, en ce jour, est pire que la mort. Les Valois ont régné sous le pire des astres; Leur histoire est surtout grande par ses désastres. C'est Crécy, c'est Poitiers, c'est Verneuil, Azincourt ;

C'est le schisme des grands, la révolte à ma cour, C'est la guerre civile et la guerre étrangère, C'est l'esprit égaré de mon malheureux père, C'est, pour que rien ne manque à cet affreux tableau. Ce fléau de son fils, la cruelle Isabeau.

RICHEMONT

Sire, ne jetez point au ciel votre anathème.

Et de votre malheur n'accusez que vous-même.

Soyez le digne fils d'ancêtres glorieux :

Nul ne fut, au péril, plus grand que vos aïeux.

Et s'ils furent vaincus, c'est en rois qu'ils tombèrent.

Sur le champ de Crécy quand tous ses preux restèrent,

Seul, obligé de fuir, mais encore vaillant,

Philippe, votre aïeul, de la France, en fuyant.

Sous son manteau royal emportait la fortune.

Seul, sa hache à la main, luttant jusqu'à la brune,

Terrible à l'ennemi, jusque dans ses revers.

Le vaincu de Poitiers fit respecter ses fers.

Sous Charle enfin, la France eût été relevée

Si la France, en ces jours, pouvait être sauvée.

Ce n'est pas en pleurant qu'on venge ses affronts ;

Partez, derrière vous faites couper les ponts ;

Que le peuple vous voie, au péril de la guerre,

Endurer le soleil et coucher sur la pierre ;

Suivez ces grands Valois; recueillez après eux

La victoire, ou du moins un trépas glorieux.

CHARLES VII Non, le mal est trop grand et la Patrie expire.

RICHEMONT Souffrez donc qu'à mon tour. Prince, je me retire.

(Il sort.)

Les précédents, moins Richemont.

LE I" DÉPUTÉ D'ORLÉANS Une dernière fois, Sire, écoutez nos vœux.

CHARLES VII C'est au ciel désormais qu'il faut lever les yeux.

LE DÉPUTÉ Est-ce donc là, Seigneur, votre unique réponse?

A tout secours humain il faut que Ton renonce.

(Les trois députés se retirent et Charles VII reste seul sur son trône.)

Charles VII seul.

CHARLES VII, descendant du trône.

Me voilà seul devant l'avenir le plus noir,

(Tombant à genoux :) Seul, avec toi. Seigneur, des malheureux Tespoir... Suis-je bien l'héritier de ces droits inflexibles? Suis- je bien fils de roi ?... Ces doutes sont possibles; Tu me comprends. Seigneur... Ah 1 s'il en est ainsi, Si pour régner, mon Dieu, tu ne m'as pas choisi.

J'adore tes desseins : volontiers j^abandonne A qui peut la porter cette lourde couronne.

De la France pourtant si je suis le vrai roi, Toi qu'invoqua Clovis, c'est l'heure, montre-toi.

(Il se relève; au même moment on entend du bruit.)

Ciel, est-ce ta réponse? est-ce la délivrance? Qu'est-ce? que me veut-on?

Charles Vil, l'Archevêque de Reims,

Du Ghàtel, Richemont, Lahire, la Trémouille,

les députés, toute la cour.

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