‹ Jeanne d'Arc: Tragédie en cinq actes et en vers avec choeursChapitre 17 sur 38 · LA TRÉMOUILLE · texte numérisé non relu

LA TRÉMOUILLE

Vous osez...?

Descendez, votre place est plus bas, Et ce n'est pas l'orgueil, le meurtre et l'adultère Qui nous délivreront de la guerre étrangère.

LA TRÉMOUILLE, descendant du trône et sortant.

C'est étrange !

CHARLES VII, à Jeanne.

Quel but vous amène à Chinon?

Je suis de Domremy, Sire, Jeanne est mon nom. Hier, je ne connaissais que mes jeunes compagnes. Ma chaumière, mon rouet, mes brebis, mes montagnes. Tout le jour, sous le chêne où j'aimais à m'asseoir, En gardant mon troupeau, je filais, et le soir. Quand je rentrais émue auprès de mon vieux père. Nous pleurions, tous les deux, sur les maux de la guerre.

Un jour, que je priais, je vis s'ouvrir les deux;

Des anges et des saints parurent à mes yeux ;

D'ineffables clartés je fus environnée,

Et par le ciel enfin charge me fut donnée

De sauver Orléans, de vous conduire à Reims.

Aux célestes accords j'unissais mes refrains.

Quel délire ! et du ciel l'influence divine

D'une sublime extase inondait ma poitrine.

J'étais heureuse, et quand, dans un nuage d'or.

Mes saints disparaissaient, longtemps, longtemps encor^

Je suivais de leurs chants la lointaine harmonie.

C'était un autre monde, une nouvelle vie.

De mon bonheur aussi, triste était le réveil.

Et je voyais pâlir les rayons du soleil.

Comme Un cheval pourtant que le fer aiguillonne,

Je bondissais, j'avais des instincts de lionne ;

Oh ! dans mon cœur d'enfant, quel courage! quel feu!

Je sentais la victoire, et je bénissais Dieu

Qui me comblait ainsi, moi, la bergère indigne.

CHARLES VII De ces faveurs, pour nous, avez-vous quelque signe?

JEANNE

Oui, le doute secret qui vous trouble. Seigneur, Et le vœu qu'îci-même exhalait votre cœur.

N'ayant d'autres témoins que ces murs solitaires. Dieu n'a point été sourd. Seigneur, à vos prières ; La réponse du ciel, je l'apporte : c'est moi Qui vous dis de sa part : Vous êtes fils de roi.

CHARLES VII Je vous comprends.

Je veux, par l'onction sacrée.

Mettre aux pieds de son roi la France délivrée.

CHARLES VII Nous sommes épuisés et l'Anglais est bien fort.

Il serait plus facile à Talbot, à Bedfort

De faire remonter la Loire vers sa source

Que d'arrêter jamais Jeanne d'Arc dans sa course.

CHARLES VII

De cent mille soldats...

JEANNE

Soyez-en assuré, Je passerai quand même, et vous serez sacré.

CHARLES VII, remontant sur son trône, à sa cour.

L'assurance de Jeanne a vaincu tous mes doutes; Elle est passée enfin l'ère de nos déroutes.

France, ton Dieu s'éveille, il a bandé son arc. Et voilà ton Sauveur ! Je crois à Jeanne d'Arc.

(A Jeanne cTArc :)

Jeanne, marchez sans crainte à notre délivrance; Je vous livre mon sort et le sort de la France. Mes soldats vous suivront; vous chasserez l'Anglais, Vous nous rendrez enfin la grandeur et la paix.

RICHEMONT, à Jeanne.

De notre dévouement recevez l'assurance.

LE I" DÉPUTÉ D'ORLÉANS Orléans, par ma voix, vous jure obéissance.

DU CHATEL A la vie, à la mort, partout nous vous suivrons.

LAHIRE C'est le Dieu des combats qui nous guide, partons.

Donnez-moi ma bannière et ma vaillante épée; Vous pourrez voir bientôt comment elle est trempée.

Je veux qu'elle reçoive aujourd'hui votre foi,

La prière du prêtre et le congé du roi.

(Lahire apporte la bannière, et Richemont Cépée de Jeanne,)

Avec quel doux émoi mon âme te salue,

Fier drapeau ! Communique au cœur de son élue

La vertu que le ciel déposa dans tes plis.

(Prenant et baisant la bannière :) Oh ! laisse-moi baiser ton image et tes lis.

Groupés autour de toi, nous irons à la gloire; Nous combattrons et Dieu donnera la victoire.

(Prenant Vépée.) Et toi, vaillante épée, ô trésor de Fierbois, Du séjour de la paix à nos sanglants tournois El de l'ombre à Phonneur hâte-toi : Dieu t'appelle ! Sois dans tous mes combats ma compagne fidèle; Egale la bergère aux antiques géants ; C'est de toi que dépend le salut d'Orléans, Marche contre l'Anglais; reviens victorieuse Et surpasse en éclat Durandal et Joyeuse.

(Le connétable la ceint de son épée.)

L'ARCHEVÊQUE DE REIMS, bénissant Jeanne,

Vous êtes notre espoir et ma main vous bénit; Que le ciel vous conduise, ô nouvelle Judith !

CHARLES VII Partez, douce héroïne ! à travers la campagne. Les périls, les assauts, mon cœur vous accompagne. Et vous, puissants guerriers, revenez glorieux ; Soyez dignes des dons que promettent les cieux,

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