‹ Jeanne d'Arc: Tragédie en cinq actes et en vers avec choeursChapitre 36 sur 38 · SAINT MICHEL · texte numérisé non relu

SAINT MICHEL

O Jeanne, éveille-toi, car ta couronne est prête ; Le ciel à recevoir la martyre s'apprête.

SAINTE MARGUERITE Plus qu'un moment de lutte, ô Jeanne, bon espoir!

SAINTE CATHERINE

Nous viendrons te chercher, ô ma sœur, au revoir! (Les saints disparaissent, et Jeanne s'éveille.)

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S€ÉïîS IFHï

Jeanne d'Axe, Isabeau de Bavière.

Délicieux sommeil ! Le ciel était sans voiles ; Les anges m'emportaient au milieu des étoiles ; Mes saints, de ma prison faisant un paradis, Mettaient entre mes mains des palmes et des lis : En chants mélodieux s'exhalait ma prière, Et mon front du soleil éclipsait la lumière.

O beau rêve! qu'est-il devenu? je ne sais.

Quel réveil ! mon cachot est plus noir que jamais. Que ta grâce, ô mon Dieu, me soutienne et m'inspire.

ISABEAU s'épeillanty violemment agitée.

Où suis-je? quel sommeil!

(Elle cherche autour d*elle. Apercevant Jeanne d'Arc :)

Elle est là ! je respire.

Les précédents, Bediort, Talbot, Suilolck, Fastolf, l'évéque de Sauvais, soldats.

BEDFORT, à Jeanne.

Le moment est venu, Madame, il faut partir.

Le bûcher vous attend ; c'est l'heure de mourir.

JEANNE, pleurant et baisant son crucijix.

Pour la France, ô mon Dieu, je t'offre, avec mes chaînes^

Tous les pleurs de mes yeux, tout le sang de mes veines..

(Les soldats emmènent Jeanne d'Arc, Isabeau la suit.

Tous se découvrent.)

ncÈmm ^

Bediort, Talbot, Suilolck, Fastolf, révêque de Beauvais.

BEDFORT

Quel spectacle, Seigneurs! La justice a son cours, Sans que la France à Jeanne apporte aucun secours. Mais cette majesté, ce beau front, cette taille, Grande devant la mort comme aux champs de bataille, N'est point d'un simple enfant. Quelque chose de grand, Et qui, de jour en jour, m'étonne et me surprend. Vibre dans cette tête et dans cette poitrine. Devant cette figure, il faut que je m'incline. Non, jamais, croyez-moi, notre grande Albion, Seigneurs, n'eut devant elle un plus rude champion. Tandis que l'un l'exalte et l'autre la blasphème. Elle reste pour moi le plus obscur problème.

FASTOLF

Ses victoires, Bedfort, sont l'œuvre du hasard Où le ciel, ni l'enfer n'eurent jamais de part. Mais sa mort, des combats change la destinée : France, à nous obéir te voilà condamnée.

TALBOT

Vous VOUS trompez, Fastolf ; je la vis d'assez près. Et je cherche plus haut l'auteur de ses succès. Non, non, ne croyez point notre part la meilleure : Jeanne d'Arc disparaît; mais son œuvre demeure. Notre cause, au contraire, est bien près d'échouer ; Le crime d'aujourd'hui ne saurait la sauver.

BEDFORT à Talbot.

Inclinez-vous devant une force majeure.

Car vous êtes Anglais.

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TALBOT J'en rougis à cette heure.

BEDFORT Vous prononcez un mot bien dur à notre endroit.

TALBOT Ma conduite au péril m'en a donné le droit.

FASTOLF Quoi qu'il en soit, sa mort est une délivrance.

TALBOT C'est la honte pour nous, le salut pour la France.

(On entend au dehors les cris de la foule et la cloche qui sonne le glas.)

SUFFOLCK

Ecoutez, écoutez, Seigneurs ! voilà le glas ! Cette cloche, ces cris annoncent le trépas.

TALBOT

Paix à ta cendre ! non, tu n'es point hérétique. Etre mystérieux, créature angélique.

L'ÉVÉQUE DE BEAUVAIS Respectez donc l'Eglise et la voix d'un prélat

TALBOT

Silence ! l'or anglais a payé l'apostat.

Et vous n'avez ici que le droit de vous taire.

Les précédents, Isabeau de Bavière, un moine.

ISABEAU entre triomphante, le drapeau anglais à la main. La Pucelle n'est plus ! Hourrah pour TAngleterre !

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