ICONOGRAPHIE
n’est point une critique d’art qu’il s’agit de faire ici, puisque les éditeurs n?ont nullement songé à produire une création artistique nouvelle. Ils ont visé un autre but. Ce but consistait à explorer le domaine de l’archéologie nationale afin d’y rechercher Ce qui reste du quinzième siècle, ce qui s’est fait depuis, et, enfin, tout ce qui, de près ou de loin, en fait de peinture et de monuments, se rapporte à la mission de Jeanne d’Arc. Telle a été l’unique préoccupation de celui qui a conçu et exécuté le plan de cette illustration.
Il est certain que l’histoire de Jeanne d’Arc esttoujouis restée gravée dans la mémoire du peuple : les peintures les plus imparfaites que nous voyons reproduites dans cette édition en témoignent-, mais elles témoignent aussi que les souvenirs historiques étaient profondément troublés par des commotions plus récentes, et que, depuis l’heure du supplice jusqu’à nous.
ECLAIRCISSEMENTS
la noble et douce figure de l’héroïne était pour ainsi dire voilée par la fumée du bûcher de Rouen.
Cette fumée subsiste encore, mais, en même temps, une flamme que rien n’a pu éteindre perce le nuage, et sa clarté pénètre le voile préservateur sous lequel la réalité et l’idéal s’affirment, et au travers duquel resplendit le corps glorieux de la vierge martyre. Désormais , tous les efforts de l’art doivent tendre à rendre plus précis ces caractères. Il ne s’agit donc plus d’accommoder au goût moderne des types plus ou moins apocryphes-, pour peindre le sujet au naturel, il faut transfigurer tout à fait la nature et l’archaïsme. Mais c’est à peine si de nos jours la procédure historique s’achève, après quatre cent trente ans d’attente. S’il a fallu si longtemps pour voir naître les historiens de Jeanne d’Arc, pourquoi s’étonnerait-on de ce que les peintres , les statuaires et les poètes vraiment capables de la célébrer n’aient pas encore paru ?
Ainsi donc, à défaut de chefs-d’œuvre poétiques ou artistiques, contentons-nous de retrouver ici les éléments qui devront contribuer à les faire éclore. Le moindre de ces documents peut contenir un germe d’inspiration : les plus disparates s’harmonisent dans l’unité de la tradition dont la constance s’affirme toujours, malgré la diversité du mode expressif, et aussi malgré les transformations et les altérations du goût et du style national.
Pour bien apprécier ces matériaux, il importe de les grouper par époques, et d’obvier ainsi, autant que possible, aux discordances de l’almalgame antiarchéologique résultant de la nécessité de répartir les planches dans le texte en raison de l’ordre historique des sujets. Les éditeurs ne pouvaient procéder autrement, mais les observateurs curieux et studieux peuvent à leur gré transposer et rapprocher les documents d’après la date originelle de ceux-ci, de manière à obtenir une sorte de tableau généalogique et comparatif de toutes les pièces qui constituent l’iconographie de Jeanne d’Arc.
Nous allons suivre cette méthode en jetant un regard sur ces images naïves et parlantes du quinzième siècle, où l’inspiration se réfléchit d’autant plus vivement que les impressions étaient plus récentes, et qu’alors, comme aux âges précédents, l’art religieux et national ne doutait de rien.
Nous trouvons ici près de soixante sujets, sans compter une multitude