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Jeanne Dare, drame historique en dix tableaux

Jeanne Darc est une physionomie unique dans l'histoire. Les contes de l'Orient n'ont pas un plus merveilleux récit ; la Grèce n'a pas une image plus gracieuse ; la grande épopée romaine, avec toutes ses gloires, n'a pas une plus héroïque figure. La vierge de Domremy nous montre à la fois la poésie des légendes, la gravité de l'histoire, le double enthousiasme de la patrie et de la foi,, le feu des batailles, le prestige des victoires, et l'indicible martyre d'une sainte immolée par des prêtres !

Le t: iâtre devait représenter cette étonnante destinée. Nous ne voulons pas analyser chacune des compositions dramatiques inpirées par Jeanne Darc. Il suffit de rappeler le drame de Schiller et les deux tragédies

de Soumet et de d'Avrigny.

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Chose étrange ! Le poète allemand et nos deux poètes français ont considéré Jeanne Darc sous deux aspects différents. Schiller voit le drame dans la délivrance du pays par la Pucelle et le te au siège de ' Compiègne ; Soumet et d'Avrign i< [uement dans la prison et le supplice. L'un se montre surtout frappé de la mission de ia bergère libératrice; les autres ne voient que la passion de 3a victime.

Mais il y a d'autres obs* is à présenter sur ces

ouvrages. Certes, nous ne pouvons qu'admirer les beautés de l'œuvre de Schiller. La fille au grand cœur a reçu du poète allemand l'auréole de la poésie, et nous ne relisons jamais sans émotion l'admirable scène de Jeanne et de Lionel au troisième acte. Pourquoi fautil que ce tableau, le plus pathétique de l'ouvrage, soit en même temps le moins vrai? En mettant dans le cœur de Jeanne un amour voué à un anglais, à un ennemi, Schiller a sans doute ajouté à son drame un ressort énergique; mais il a en même temps découronné la sainte et dénaturé le caractère de l'héroïne .

Nos poètes français ont eu plus de respect pour la tradition. Mais en emprisonnant cette histoire, aussi belle à son premier qu'à son dernier jour, dans le cer-

vu cle étroit de la tragédie, Soumet et d'Avrigny ont rejeté forcément Faction, et avec Faction un des principaux côtés du drame. La forme même de la tragédie enlève à ces poëmes un intérêt qu'on y cherche en vain. Pourquoi imaginer des alexandrins quand les paroles, prononcées par Jeanne et rapportées par les chroniques, sont empreintes d'une irrésistible éloquence? Pourquoi recourir au hrisme quand 1 histoire est lyrique par elle-même? Pourquoi écourter une existence qui n'est réellement dramatique que par les émouvants contrastes de son ensemble? Ces pensées nous paraissent judicieuses, et nous pouvons les appuyer par un fait. Les beaux travaux historiques de MM. Quicherat, Michelet, Henri Martin, présentant sous son vrai jour la vivante image de Jeanne Dore, excitent aujourd'hui plus dïntérêt et d'attendrissement que les pièces composées sur ce sujet.

Suivant nous, le drame de Jeanne Darc est dans son histoire vraie, et pas ailleurs. I! est dans les luttes de son commencement et les déchirements de sa fin ; il est dans la délivrance d'un pays et d'un roi qui l'oublient lâchement; il est dans la persécution d'un ennemi sans pitié pour la guerrière qui l'a humilié; il est dans l'angoisse

infinie d'une âme pleine de foi, condamnée au bûcher par un prélat ; il est enfin dans les péripéties les plus opiniâtres et les plus contraires.

Telle est la pensée qui a dicté ce drame que nous publions en nous conformant scrupuleusement aux dernières analyses de la critique historique Nous avons pris la bergère au Bois Chenu pour ne la quitter qu'à la place du Vieux-Marché, à Rouen. Un drame ainsi conçu répond-il aux exigences de la scène? C'est au public, notre juge, à répondre.

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JEANNE DARC, de Domremy.

Agnès SOREL.

CHARLES VII, roi de France.

LA TRÉMOUILLE, surintendant.

REGNAULT, archevêque de Reims, chancelier.

Le comte DUCHATEL.

Le maréchal de RETZ.

Le duc d'ALENÇON.

Le sire d'ALBRET, beau-frère de LA TRÉMOUILLE,

Le sire de FLAVY.

Le sire de DUNOIS, \

LAHIRE, [ Chevaliers.

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