SCÈNE III
JEANNE, MASSIEU, MAUDRU.
MAUDRU, bas à^ Massieu, en lui remettant une lettre. Voici la lettre. Richard Fa remise à Hiérôme cette nuit.
MASSIEU
C'est bien. 11 est bon qu' Hiérôme s'absente pendant quelques jours.
MAUDRU.
Oui, si le procès se termine bientôt. — Hélas ! voilà cinq mois qu'il dure. — 11 accompagnera le frère de Jeanne hors de Rouen.
xMASSIEU.
Silence ! Jeanne s'éveille.
(Maudru et Massieu vont détacher la chaîne qui retient Jeanne Darc au mur de sa prison.)
JEANNE , se levant.
C'est vous , mon bon Massieu , mon consolateur ? vous aussi, Maudru? mes seuls amis I
MASSIEU
Seuls! Oh! non, nous ne sommes pas les seuls qui vous aimons ! Dans cette vieille cité, anglaise par la force plutôt que de sentiment, il y a plus d'un cœur qui s'unit en secret au vôtre. On se tait , car ici dominent partout la corruption, l'espionnage. Les Anglais ont le silence, mais non les cœurs.
JEANNE
Je leur suis donc encore bien terrible?
MASSIEU
A peine se sont-ils relâchés de leurs rigueurs pendant votre maladie ?
JEANNE
Us veulent que je vive pour servir à leur vengeance ! — Laissons-là ces tristes choses, et puisque monseigneur de Beauvais vous permet de venir quelquefois me faire une lecture pieuse pour guérir mon âme, comme il dit, prenez un livre, mon bon ami ; je vous écoute.
(Elle s'assied sur le bord de son lit ; Massieu prend un escabeau.,' MASSIEU.
Voici un livre nouveau : De l'imitation de Jésus- Christ.
JEANNE
Jésus est mort sur la croix, comme un imposteur, entre deux larrons. Ohl oui, son exemple est une consolation.
MASSIEU, lisant.
« Notre Seigneur Jésus-Christ a dit : Le royaume de * Dieu est en toi ; rentre donc de tout ton cœur en toi- » même, et laisse ce monde périssable. Tu n'as point > ici de demeure permanente, où que tu sois. Tu es » étranger et pèlerin ; tu n'auras repos en aucun lieu, » sinon quand tu seras vraiment joint à Jésus-Christ. »
JEANNE, se levant , émue.
Assez, bon prêtre. C'est ma sentence que Dieu vous fait lire. Mon doux protecteur m'est apparu cette nuit ; il m'a annoncé ma délivrance. Les bourreaux peuvent
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venir, je suis prête. Que mon sang soit la dernière expiation de la France !
MASSIEU
Non, vous ne mourrez pas, Jeanne. 11 se prépare pour vous des moyens de salut.
JEANNE
Pour moi?
N'avez-vous jamais eu la pensée d'échapper à vos geôliers?
JEANNE
Oui , à Beaurevoir, par la mort ! C'est par miracle que j'ai été conservée à la vie. Oh ! j'ai bien demandé pardon à Dieu de cette mauvaise action.
MASSIEU
Bientôt, ma fille, aujourd'hui peut-être, un puissant secours peut arriver ici...
JEANNE
Est-il vrai, ô mon Dieu? qui vous l'a dit?
MASSIEU
Quelqu'un qui vous aime, que vous verrez aujourd'hui.
JEANNE
Mon frère?.,. On me permet donc cette consolation. — Et ce puissant secours ?
MASSIEU
On vous dira tout. Courage, espoir en Dieu!... On vient... silence!
(Jeanne s'assied sur son grabat.)
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SCÈ1¥E IV.
Les Précédents , LES COMTES DE WARWICK, DE STRAFFORD, DE LUXEMBOURG , quelques seigneurs anglais , puis MASSIEU.
WARWICK
Levez-vous , Jeanne ; ce sont de nobles seigneurs d'Angleterre et de France qui désirent vous voir.
JEANNE, se levant.
Messire comte de Warwick , n'est-ce point assez d'être journellement torturée par vos juges? Faut-il que je subisse encore les affronts de ceux qui m'ont achetée pour me faire mourir ?
STRAFFORD
Vous nous appartenez par le droit des armes.
JEANNE
Parlez plus bas , noble lord ; messire comte Jean de Luxembourg que voilà pourrait vous donner un démenti. Demandez-lui si, pour me jeter dans vos prisons, il s'est contenté de trente deniers, comme Judas.