LOYSELEUR
Oh ! pitié pour mon repentir !
(Il se jette à genoux.)
MASSIEU
Jeanne seule peut te pardonner.
HIÉROME.
Retire-toi, vil espion 0 perversité 1 France,
n'es-tu plus qu'une terre de souillure et de fange pour ne montrer que des reptiles ?
(Loyseleur sort avec Massieu.)
SCESHE IV.
Les Précédents, RICHARD, entouré d'une foule. Le bûcher est entièrement construit.
RICHARD
Mes frères, oui , je vous instruirai des desseins de Dieu.
HIÉROME , à part.
Restons ici; je tiens ma première vengeance.
Mes frères, en présence de ce bûcher ne laissons pas s'émouvoir nos âmes. Écoutez quelques paroles.
UN HOMME DU PEUPLE
Montez sur cette borne ; nous entendrons mieux.
(Richard monte sur une borne au coin d'une maison.) HIÉROME.
Soyez attentifs, et si vous ne comprenez pas, je vous expliquerai tout.
RICHARD
Hiérôme, vos impiétés lassent le ciel; craignez sa colère.
HIÉROME.
Vous m'avez appris à ne rien craindre ; je suis endurci.
LA FOULE
Silence ! silence ! écoutons !
RICHARD
Qui amat periculum, in illo peribit. Mes frères, celui qui aime le danger y périra.
HIÉROME.
Bien dit, ça, mon frère. (Montrant le bûcher.) Il ne faut pas jouer avec le feu. La belle sentence ! (A part.) Elle sera vraie pour toi, maudit !
UN HOMME DU PEUPLE
Silence !
Une jeune fille s'était donnée au démon par orgueil, et le démon, sûr de sa proie, vient de l'abandonner à la justice des hommes.
HIÉROME.
Imposteur, tais-toi. Nous savons tous son histoire : elle est victime; ne souille pas l'autel de son sacrifice. (A la fouie.) Mes amis, ce n'est qu'un fourbe ; descends de là et dis si je mens!
(Il l'arrache de sa borne.) RICHARD.
A moi, mes frères, me laisserez-vous...
HIÉROME.
Ils ne feront rien, et avant que les espions n'aient amené des Anglais, j'aurai fini. — (Aux assistants.) Ecoutez-moi; je sais tout : j'ai été son complice. A cet ambitieux, il fallait un crime pour s'élever; il l'a cherché partout. Chassé par Jeanne, il a suscité Catherine la Rochelle , et Catherine est montée sur un bûcher, accusée par lui ! Et c'est à grand'peine, si moi, qui le servais, j'ai pu échapper aux mains destourmenteurs ! .,
234 JEANNE DARG.
— (A Richard.; El c'est loi qui viens applaudir à ce supplice ! Tu cherches , dans les cendres de ce bûcher, ta récompense. Mort de mon âme! lu n'iras pas jusquelà f (Il le frappe d'un coup de poignard. Le moine tombe mort. LA FOULE, se dispersant.
Sauvons-nous I les Anglais ! les Anglais!
HIÉROME.
Les Anglais? Ah ! c'est pour eux que je vis et que je garde ce poignard ! (il sort.)
(Des soldats anglais arrivent , arrêtent quelques personnes et emportent le moine.
UN OFFICIER , aux soldats.
Soldats, faites bonne garde. Veillez sur vous ; vous voyez les dangers que nous courons.
SJEÈHÎS V.
JEANNE, conduite par MASSIEU et MAUDRU, LOYSE- LEUR , WARWICK , CAUCHON , les membres du tribunal, LE BAILLY, officiers et soldats anglais; une foule de bourgeois et d'hommes du peuple ; le cortège, composé des membres du clergé de Rouen et de moines de différents ordres qui se rangent autour du bûcher.