PREMIER BOURGUIGNON
C'est justice !
PREMIER ARMAGNAC
C'est un crime !
DEUXIÈME BOURGUIGNON
Vous êtes plus nombreux et vous nous bravez; prenez garde, nous avons nos poignards.
DEUXIÈME ARMAGNAC
Nous avons les nôtres et Dieu pour nous.
DEUXIÈME BOURGUIGNON
A moi, Bourgogne T
DEUXIÈME ARMAGNAC
A moi, Armagnac !
(Ils tirent leurs poignards et se rangent prêts à se ruer les uns sur les autres.)
MAUDRU, se jetant au milieu d'eux.
Malheureux ! n'est-ce pas assez de la guerre étrangère? Quand les Anglais ont à peine laissé debout les murs de nos maisons, vous voulez vous égorger sur les ruines qu'ils ont faites ? Est-ce pour la guerre civile que Dieu vous permet de vivre après tant de carnage?... Et de quelle cause vous faites-vous les soutiens? (Aux Armagnacs.) D'un parti, déjà tombé, qui n'a su que se gorger de For des provinces. (Aux Bourguignons.) D'un duc ambitieux qui appelle à lui des meutes d'étrangers insolents. (Avec force.) Et la France ! la France que vous oubliez, qui donc se battra pour elle! Tenez, savezvous le malheur, si un miracle ne nous sauve? Une seule et dernière ville tient encore contre les Anglais. Si Orléans succombe, ils se jettent sur les dernières
provinces, fidèles, mais sans défense, et tout est perdu. Et nous devenons Anglais! Anglais!!..» Laissez-là la croix blanche et la croix rouge. L'étendard de France est plus glorieux. Armagnacs, Bourguignons, soyez une fois Français !
UN ARMAGNAC, lui serrant la main.
Maudru a raison.
MAUDRU.
Azincourt vous crie assez fort de vous unir pour chasser l'usurpateur. Et Crécy, et Poitiers sont-ils donc sortis de vos mémoires? Par Duguesclin, soyez Français !