‹ Jeanne et Jeanneton, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 2 sur 41 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

JEANNE et JEANNETON, chacune à un coin du théâtre. Jeanne, à droite, est occupée à coudre, et Jeanncton, à gauche, à calculer.

J'ai beau faire... je trouve toujours pour la semaine trente francs de recette, et trente-cinq francs de dépense... C'est terrible pour un caissier... car c'est moi qui tiens la caisse... pendant que ma sœur travaille... Pauvre fille!... (Regardant Jeanne, qui lui tourne un peu le dos, et qui a laissé tomber son ouvrage.) depuis un quart d'heure elle n'a pas levé la tête... Repassons encore mon addition, et remettons-nous vite à l'ouvrage. Jeanne, à part, lisant un papier qu'elle vient de tirer de sa poche.

« Jamais mon père ne consentira à notre ma- » riage... Ce soir... à onze heures, je serai à votre » porte... Fiez-vous donc à moi qui vous aime et » qui suis majeur.

» Signé, Anatole. »

Ah! monsieur Anatole, qneme demandez-vous là?.. Et ce postscript km : « Si vou> consentez, » mettez le pol de fleurs sur ta fenêtre. » Jamais! jamais!... Quitter mon pére, qui est si bon... et ma pauvre sœur Jeanneton ..

JEANNETON, poussant un cri.

Là!... je trouve trente-sept francs maintenant!... Sept francs... au dessous de nos affaires.

JEANNE

Qu'est-ce que tu as donc?

Ce que j'ai!... ce que j'ai !... Je n'ai rien... voilà le mal!.. Ça va si vile la dépense... Et toi qui, devant noire pére, as parlé hier de la fête de Saint-Cloud...

JEANNE

Eh bien!... esl-ce que ça ne te ferait pas plaisir d'y aller?...

Au contraire! C'est si amusant les mirlitons et la danse... Car on nous aurait fait danser,., je l'espère bien!

Et moi j'en suis sûre!... (A part.) Ce pauvre Anatole!

Mais ça coûterait encore!...

JEANNE

C'est vrai! Ah! si jamais je pouvais devenir riche... faire un beau mariage... C'est là mon rêve.

C'est celui de toutes les jeunes filles.

JEANNE

Assurer un sort à mon père !... cinq ou six cents livres de rentes!

Bah ! tu n'es guère généreuse... moi je lui en donne toujours cinq ou six mille pour le moins.

JEANNE

Tu épouses donc des ducs... ou des marquis?

Dame ! quand on y est... ça n'en coûte pas plus!

JEANNE

Moi... je me contenterais d'un beau jeune homme... qui aurait beaucoup d'amour et un peu de fortune... C'est si joli, la fortune... quand on en a.

Oui, sœur... Maisquand on sait s'en passer, ça revient au même...

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