‹ Jeanne et Jeanneton, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 33 sur 41 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

ANATOLE

C'est ce que je me suis dit... Aussi j'avais l'oreille collée contre la porte, et l'un s'écriait: «Oui, je réponds du procès... procès qui le ruinerait s'il était riche... et il n'a rien... il ne pourra jamais le soutenir,— Alors, et s'il n'y a pas d'autre moyen, faisons le procès, a répondu la marquise, mais c'est contre mon gré...— Attendez donc! attendez donc! disait une autre personne. » Et il se fit un grand silence... Je n'entendais plus que le bruit de papiers ou de parchemins que l'on feuilletait... puis tout à coup un grand cri... comme un cri de joie, et l'on disait : «Qu'il le veuille ou non maintenant... il est en notre pouvoir... il ne peut plus nous échapper. »

GALCCUET.

Qu'est-ce que ça peut être?

ANATOLE

« A moins, s'écria la marquise, qu'il ne les enlève, qu'il ne les emmène... tout serait perdu! »

GALCCHET.

C'est une idée, ça !

ANATOLE

« Bah! disaient les autres, il ne peut se douter du coup qui le menace... Et d'ailleurs, nous avons assez de pouvoir et de crédit... pour l'empêcher... et même, s'il le faut, pour le faire arrêter. »

Vous arrêter !

Vous, mon père!... Ah! bien, oui!... qu'ils y viennent! qu'ils s'en avisent !...

GALCCBET.

Bien, ma fille... bien Jeanneton... Celte enfantlà était née pour être un garçon.

ANATOLE

Voilà ce que j'ai entendu... et, sans attendre plus long-temps la réponse à ma lettre, je suis venu tout vous dire.

JEANNE

"Merci, merci... monsieur Anatole.. . Et votre avis?...

ANATOLE

Mon avis... est qu'il faut ici delà tête et du courage... Il faut partir.

Allons donc!

ANATOLE

Ils sont puissans, ils ont de l'or , du crédit, des amis... vous n'avez rien de tout cela... excepté moi... qui ne peux rien... que vous aimer, mademoiselle Jeanne... et si on commence par vous séparer!... Vous avez raison... vous le prouverez plus tard... je le sais... Mais, en attendant, que deviendront vos filles... qui les protégera ?

GALCCHET.

C'est juste !... Je ne les quitte pas...

ANATOLE

On se défend de loin. Parlez avec elle, partez!

GALCCHET.

Et si l'on s'oppose à ce départ!... où trouver appui et protection ?... à qui nous adresser? JEANNETON , avec énergie.

Je le sais.

GALUCHET

Toi, Jeanneton ?

Oui, mon père... et à l'instant même... (Elle se met à la table, et écrit.) Je réponds de tout. GALCCHET.

A qui diable écrit-elle?... (Lisant par dessus son épaule.) « Monsieur le duc...» Tu connais des ducs, Jeanneton?...

Oui, mon père.

GALCCHET , lisant toujours par dessus l'épaule de Jeanneton.

« Monsieur le duc... ou plutôt mon ami.» (Avec étonnement.) C'est ton ami?...

jeanneton , essuyant une larme.

Oui... mon père.

GALCCHET.

« Vous m'avez dit: Dans le malheur... venez à moi!... J'y viens... » C'est donc un honnête homme, Jeanneton?

Oui... mon père.

GALCCHET , lisant toujours.

« Je vous prie... car c'est très pressé, de vouloir bien, tout de suite... toutde suite, m'enlever...» (Avec colère. ) Hein ?

jeanneton , achevant d'écrire.

« Avec mon père et ma sœur...»

GALCCHET.

C'est différent.

jeanneton, écrivant toujours.

« Le porteur vous dira pourquoi.»

GALCCHET.

Le porteur?

Ce sera vous , mon père... A M. le duc de Blansac, à son hôlel. Courez... c'est à deux pas... Il ne sera pas encore parti pour la mairie... car c'est à midi seulement qu'il se marie.

GALCCHET.

Et tu veux qu'il nous enlève... lui-même?

Non... mais qu'il vous donne les moyens de partir... C'est ce que j'ai voulu lui dire... vous le lui expliquerez... Partez vite, seulement.

GALCCHET.

Et si, dans un moment comme celui-là, il re fuse de m'écouter ?

Vous direz que c'est de la part de Mlle Jeanneton.

GALUCHET

Et ce beau marié... ce jeune seigneur... ce duc?...

Vous accueillera à l'inslant.

GALCCHET.

Tu crois ?

J'en suis sûre!

galuchet , avec défiance et reproche.

Mais une telle protection ?...

Vous pouvez l'accepter, mon père, elle ne nous coûte rien.

GALUCHET

Bien vrai?

Je ne la réclamerais pas avec tant de confiance, si je l'avais payée !

C'est juste!... tu es une digne et brave fille... Attendez-moi, mes enfans... Je serai de retour ici, avant midi ! Veillez sur elles, monsieur Anatole...

ANATOLE, montrant la porte à gauche.

Là... dans le bureau de mon père... je ne les quitterai pas .. je vous le promets.

GALUCHET , à Anatole qui va entrer dans l'appartement à gauche.

Moi, je cours chez noire protecteur... Grâce a lui, j'emmène mes enfans , je les enlève ! et après cela je me moque de la marquise et de tous les grands seigneurs!

(Il sort par la porte du fond. — Coquebert est entré,

par la porte à droite, pendant ces dernières paroles,

qu'il a entendues.)

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