ACTE II, SCÈNE X
JEANNE, tristement et baissant la tête.
Oh!... il est impossible... il y a trop d'obstocles!
LA MARQUISE
Et lesquels?
JEANNE, timidement.
Mais... la fortune, d'abord !
LA marquise, avec joie.
N est-ce que cela? (D'un ton affectueux.) Parlezmoi avec confiance... comme à une mère ! Est-ce là le seul vœu que forme votre cœur ? JEANNE, baissant les yeux.
Non, madame, il y a quelqu'un que j'aime !
LA marquise, avec douleur.
Ah!
JEANNE
Quelqu'un... bien au dessus de moi!
LA MARQUISE, vivement.
C'est bien... c'est bien, mon enfant !
JEANNE
Le fils de votre joaillier, M. Coquebert!...
LA MARQUISE, à part, avec douleur.
Une telle inclination !... ah !... (Haut, à Jeanne.) Et croyez-vous que les conseils de la raison 011 de l'amitié parviennent un jour à bannir de votre cœur un pareil sentiment ?
JEANNE, vivement.
Non, madame, plutôt mourir que d'y renoncer !
LA MARQUISE, à part.
Comme sa mère!... Je n'étais pas assez punie, et Dieu veut me châtier encore dans mon orgueil... Mais, dussé-je en mourir de honte... je connaîtrai du moins mon enfant!... (A Jeanne, lui remettant une lettre.) Tenez!... cette lettre fut écrite par ma fille, à son mari qui était un militaire... un général... Lisez!
JEANNE, lisant, avec émotion.
« Bruxelles, juin 1815... »
LA MARQUISE
Oui, c'était dans les cent-jours!
JEANNE, lisant.
« Mon ami, tu désirais un fils qui, comme toi, » un jour fût soldat, car l'empereur et la France, » disais-tu, ont besoin de défenseurs... Mais le » ciel n'a pas exaucé tes vœux, je viens d'avoir » une fille... »
(Jeanne s'arrête et regarde la marquise.) LA MARQUISE.
Continuez !
JEANNE, continuant.
« Mais le retour de l'île d'Elbe, et vos signes de » ralliement, dont tu m'as si souvent parlé, ont » fait sans doute trop d'impression sur moi... car » ta fille, je t'en préviens, porte prés du cœur... » une violette... » (S'iuterrompant.) Ah! mon Dieu!..
(Elle relit la lettre tout bas, avec la plus grande émotion.)
LA marquise, l'examinant.
Ce trouble... cette émotion.... c'est donc vrai?... vous connaissez?...
Jeanne, toujours lisant.
Oui... c'est bien cela!
la marquise.
C'est elle!...
Oui... c'est elle!... c'est Jeanneton!... c'est ma sœur!... (Montrant la porte a gauche.) Ma sœur!... LA marquise, s' élançant par la porte à gauche. Sa sœur !