ACTE I, SCENE III
AIR. Halte-là!
La femm'qui n'est pas jolie, Ou qui l'est d'puis trop long-temps, Fait bien, quand ell' se marie, D'avoir de beaux diamans !
GALUCHET
Ils remplac' ce qu'on regrette, Font oublier les absens.
Mais tu peux t'passer , Jeannette, De leurs feux éblouissans, (Montrant tour à tour Jeanneton et Jeanne.) Dix-huit ans {bis.) Valent tous les diamans.
ANATOLE, avec dépit.
C'est vrai... mais c'est peu de chose que la beauté... c'est mon avis, du moins.
JEANNETON, Spart.
Et il est toulàfaitdésinléressé dans la question.
ANATOLE , regardant toujours Jeanne.
C'est le caractère qui fait tout... et il y en a qui, sous prétexte qu'elles sont jolies .. ne craignent pas de désoler ceux qui les aiment.
jeanneton, le regardant, luietsasœur.
Ça serait bien mal !
ANATOLE , de même.
N'est-ce pas?... Qui semblent prendre à tàchede leur faire de la peine... et de les désespérer... mais on prend son parti. (Il tourne le dos de sa chaise à Jeanne et s'adresse à Jeanneton.) Et on les oublie.
C'est ce qu'on peut faire de mieux !
ANATOLE, toujours tourné vers Jeannelon.
N'est-ce pas, mademoiselle?
GALUCHET, ù gauche, et regardant Jeanne, qui se lève.
Eh bien! qu'as-tu donc?.... comme te voilà pâle !
JEANNE, à demi-voix.
Rien... mon père... ne faites pas attention.,. un mal de tête affreux.
GALUCHET, se levant vivement.
Toi!... ma pauvre fllle!... (Regardant sur la cheminée.) Parbleu! je le crois bien... du jasmin dans cette caisse... Ily adequoi vous asphyxier... Attends! attends!
(Pendant que Jeanne fait quelques pas afin d'entendre ce que dit Anatole, qui parle bas à droite à Jeanneton, Galuehet va ouvrir la fenêtre qui est au fond du théâtre et y place en dehors la caisse de jasmin, puis revient à Jeanne.)
GALUCHET
Eh bien!... mon enfant... cela va-t-il mieux?...
ANATOLE, se levant et s'adressant à Jeanneton, qu'il
salue.
Adieu, mademoiselle...
(Il va prendre son chapeau qui estau fond du théâtre,
et aperçoit le vase que Galuehet vient de placer sur
la fenêtre.)
Adieu, monsieur.
ANATOLE, à part.
Dieu ! quel bonheur ! Elle consent 1 elle m'attendra ce soir !
jeanneton, à Anatole, qui vient de renverser avec
son chapeau Ja corbeille à ouvrage qui est sur la
table.
Eh bien ! monsieur Anatole... qu'est-eequi vous prend donc?... Mes pelotons de fil et ma boîte aux épingles que vous venez de jeter par terre...
GALUCHET
Oh! la boîte aux épingles!...
ANATOLE
Ce n'est rien... ne faites pas attention.
Vous aller m'aider, s'il vous plaît, aies ramasser.
Anatole , mettant un genou en terre.
Trop heureux!
JEANNE, se retournant et voyant le vase sur la
fenêtre , court fermer la croisée.
Dieu ! qu'ai-je vu ?... (Haut, et courant a Anatole.) Monsieur... monsieur... ne croyez pas... GALUCHET , qui est au fond du théâtre, passant
entre eux deux.
Eh bien ! où vas-tu donc?
Aider ma soeur à chercher...
GALUCHET, montrant Anatole qui s'est misa genoux pour ramasser les pelotons de fil.
Ils sont déjà deux... qui s'entendent... et trop bien... peut-être... Le vois-tu là, à genoux devant elle...
JEANNE
Quoi !... vous pourriez croire...
GALUCHET, à demi-voix.
Que c'est un galantin... Pourquoi pas?... Jeanneton est bien assez jolie pour ça!... Mais à moi, vois-tu bien, ça ne me convient pas!
JEANNE, a voix basse.
Un jeune homme si riche!... qui aura deux cent mille francs de dot...
galuchet, de même.
Justement! quand ces beaux messieurs-là enjôlent la fille d'un ouvrier... ça n'est pas pour la conduire devant M. le maire.
JEANNE
Ah! croyez bien mon père, que jamais... galuchet, lui prenant la main.
Toi, à la bonne heure!... tu es raisonnable et sérieuse, et ça éloigne les amoureux !... Mais cette Jeanneton est si gaie et si folle... que ça les encourage... Tiens, vois-tu, comme elle rit avec lui. (Il passe brusquement entre Jeanneton et Anatole, à qui il frappe sur l'épaule.) Que je ne vous retienne pas, monsieur Anatole... Vous direz h M.Coquebert.-., te respectable auteur de vos jours, que nous avons de l'argent à lui remettre.
ANATOLE, vivement.
Je reviendrai si vous voulez...
GALCCHET.
Non pas... Nous serons demain à Saint-Cloud, n'est-ce pas Jeanneton ?...
(Donnant une poignée de main à Anatole.)
AIR : Berce, berce.
On vous attend cliez votre père, Je vais serrer cesdiamans!
(Bas à Jeanne, lui montrant Jeanneton.) Velll' sur ta sœur ! lâche surtout, ma chère, D* l'interroger sur ses vrais sentimens !
ANATOLE, bas, a Jeanne.
Ce soir !... sinon de douleur je succombe ! GALUCHET, bas, à Jeanne, montrant Jeanneton. A ce danger sachons la dérober !
Avant de j'ter la pierre à ce»' qui tombe pour l'empêcher d' tomber !
JEANINE ET JEAJSNETON,
JEANNETON, avec indifférence.
Ni bien, ni mal... (Regardant sa sœur avec attention.) Et toi ?
Soutenons-la,
ENSEMBLE
GALTJCHET.
Pendant qu'il va retourner chez son père , Je vais là-haut serrer ces diamans.
De Jeanneton je crains l'humeur légère, Et veux d' son cœur connaît?' les sentimens.
ANATOLE
A mes projets bien loin d'être contraire, Elle y répond et croit à mes sermens-. S'il faut quitter celle qui m'est si chère, Ce ne sera du moins pas pour long-temps.
JEANNE
Avec prudence , aux regards de mon père , Tâchons d' cacher le trouble de mes sens. Ah! je ne sais que résoudre, que faire, Et suis d'avance en proie à niill' lourmens,
Ma pauvre Sœur a beau dire et beau faire, Eli' n' peut cacher le trouble de ses sens; Mais j'obtiendrai ce soir l'aveu sincère De c' qu'elle éprouve et d' ses vrais sentiinens.
(Galuchet sort par la porte à gauche, et Anatole par la porte du fond.)