ACTE I, SCENE [li
ANATOLE
Ce n'est rien... ne faites pas attenlion.
Vous allez ra'aidcr, s'il vous plaît, à les ramasser.
ANATOLE, mettant un genou en terre.
Trop heureux !
JEANNE , se retournant et voyant le vase sur la fenêtre , court fermer la croisée.
Dieu ! qu'ai -je vu?... {Haut, et courant à Anatole.) Monsieur... monsieur... ne croyez pas...
CALUCHET , qui cst ttu fond du théâtre , passant entre eux deux, hh bien! où vas-tu donc?
JEANNE
Aider ma sœur à chercher...
GALUCHET , montrant Anatole qui s'est mis à genoux pour ramasser les pelotons de fil.
Ils sont déjà deux... qui s'entendent... et trop bien... peut-être... Le vois-iu là, à genoux devant elle...
JEANNE
Quoi!... vous pourriez croire...
GALUCHET , à dcmi-voîx.
Que c'est un galanlin... Pourquoi pas?... Jeanneton est bien assez jolie pour ça !... Mais à moi, voislu bien, ça ne me convient pas!
JEANNE , à voix basse.
Un jeune homme si riche!... qui aura deux cent mille francs de dot...
GALUCHET, de même.
Justement! quand ces beaux messieurs- là enjôlent
20 JEANiNE ET JEâNlNETON.
la fille d'un ouvrier... ça n'est pas pour la conduire devant monsieur le maire.
JEANNE
Ah! croyez b'en, mon père, qiiejaniais... GALUCHET. hti prenant la main.
Toi , à la bonne heure!... lu es raisonnable et sérieuse, ei ça éloigne les amoureux !... Mais cette Jeannelon est si gaie et si folle... que ça les encourage... Tiens, vois-tu, comme elle rit avec lui... (// /^as-se brusquement entre Jeanneton et Anatole, à qni il frappe sur l' épaule . ) Que je ne vous retienne pas, Al. Anatole... Vous direz à .M. Coquebert... le respectable auteur de vos jours , que nous avons de l'argent à lui remellre.
ANATOLE , vivement.
Je reviendrai si vous voulez...
Non pas... Nous serons demain à Saint-dloud , n'est ce pas, Jeanneton ?...
(Donnant une poignée de main à Anatole.) Air : Berce, berce.
On vous attend chez votre père, Je vais serrer ces diamans !
(Bas à Jeanne, lui montrant Jeanneton.) Veiir sur la sœur ! lâche ^urlouf, ma chère, D l'interroger sur ses vrais senliraens I
ANATOLE, bas Cl Jcanuc.
Ce soir !... sinon de douleur je succombe ! GALUCHET, bns a Jeanne, montrant Jeanneton A ce danger sachons la dérober!
Avant de j'ter la pierre à cell' qui lomhe, Soutenons-la, pour l'empêcher d'to:ul>f. !
ACTL I, SCENE IV, 21
ENSEMBLE
GALUCHET
Pendant qu'il va retourner chez son père, Je vais là-haut serrer ces diamans.
De Jeanneton je crains l'humeur légère, Et veux d'son cœur connailr' les sentimens.
ANATOLE A mes projets bien loin d'être contraire, Elle y répond et croit à mes sermens.
S'il faut quitter celle qui m'est si chère, Ce ne sera du moins pas pour longtemps.
JEANNE
Avec prudenre, aux regards de mon père. Tâchons d'cacher le trouble de mes sens. Ah ! je ne sais que résoudre, que faire, Et suis d'avance en proie à mill' tourraens.
Ma pauvre sœur a beau dire et beau faire, Eli' n'peut cai-her le trouble de ses sens ; Mais j'obtiendrai ce soir l'aveu sincère De c'qu'elle éprouve et d'ses vrais sentimens.
(Galuchet sort par la porte à gauche, et Anatole par la porte du fond.)
SCEÎ^iE IV.
JEANNE et JE\NNETON.
JEANNE, à part.
Esl-ce qtie mon père aurait deviné juste?... est-ce que , par hasard, ma sœur aurait fait quelque attention à Anatole?... Oli ! non. ce n'est pas possible... {Haut.) Dis- moi donc, Jeanneton, comment trouvestu M. Anatole?
JEANNETON, ttvcc indifférence.
Ni bien , ni mal.,. [Regardant sa sœur avec attention ) Et loi ?
JEANNE, avec embarras.
Oh !... il ne s'agit pas de moi... Mais lorsqu'il vient ici, et il vient souvent... est-ce qu'il te parle... avec un certain air... Enfin... est-ce qu'il te ferait la cour?
Pas le moins du monde!... {Regardant sa sœur.) Et à toi?
JEANNE
Oh! il ne s'agit pas de moi... Mais... souvent... mon Dieu, sans le vouloir... on s'occupe des gens... on y pense... Aussi, me préserve le ciel de te gronder! JEANNETON, soui'îant avcc malice.
Tu es bien bonne !...
Mais, enfin... s'il faut le le dire... mon père m'a chargé de t'inlerroger.
JEANNETON, gaîmeut.
Voilà qui est drôle!
JEANNE, avec chaleur.
Et à moi , qui suis la sœur et ta meilleure amie... lu peux répondre avec confiance... Est-ce que toutà-l'heure... M. Anatole ne t'a pas serré la main ?
Jamais!... Et à toi?...
JEANNE, avec embarras.
Oh !... ce n'est pas de moi qu'il s'agit... et tu peux être bien tranquille.
Eh bien ! Jeanne, je ne le suis pas !
JEANNE
Que veux-tu dire ?