ACTE I
je recoifferai mademoiselle dans l’entr’acte, vous pourrez lui parler.
Je vous remercie, je vais l’attendre!
HENRIETTE, toujours (levant la glace et se mettant du rouge.
Vous? et votre musique?... Ah! dam!... des compositeurs, nous n’en manquons guère... pas plus que des amoureux.
WILLIAM, avec émotion.
En vérité!...
HENRIETTE
Mais, de ce côté-là, mademoiselle... n’écoute personne... Elle ne pense qu'à des roulades et à des points d’orgue, et sa porte, fermée aux grands seigneurs, ne s’ouvre que pour les artistes.
WILUAM.
Je le sais!
HENRIETTE
Aussi... les billets doux... et les déclarations pleuvent là dans
ma poche. (Montrant la poche gaucho de son tablier.) Voici la provision
d’aujourd’hui.
WILUAM, se levant.
Est- il possible!...
HENRIETTE, montrant sa poche droite.
Et les pièces d’or... ,
WILLIAM, avec indignation.
Vous les recevez?
Dam !...
WILLIAM, de même.
Pour remettre ces billets ?
HENRIETTE, vivement.
Du tout. Je suis une honnête fille, je garde tout et je ne remets rien !... d’autant que mademoiselle ne les lirait pas ! (Tirant
le tiroir du milieu de la toilette cl y mettant le» lettres qui sont dans sa poche.)
Voilà la collection de la semaine dernière, intacte et sous clef.
WILLIAM
A la bonne heure!... Je savais que Jenny-Bell... la cantatrice à la mode, la merveille de Londres... joignait à un talent admirable... une vertu rigide et sévère.
HENRIETTE, avec un soupir.
Eh! mon Dieu... oui... ça lui fait du tort... je le sais bien... mais que voultz-vous?... Elle est comme ça!... Pendant toute la semaine, elle étudie le matin, elle joue le soir... et le ^dimanche
seulement elle va se reposer au bord de la Tamise, à une jolie petite campagne qu'elle a achetée... sur ses appointements.
Etson père?... sa famille?...
Son père... elle ne Ta jamais connu... Sa famille, elle n'en a pas... Elle est seule, complètement seule... Elle n’a que moi... orpheline comme elle et ci-devant couturière... C’est moi qui lui ai fait à crédit sa première robe... etyar reconnaissance; et puis comme elle disait, pour m’arracher aux séductions... (avoc volubilité.) Car dans la couture, monsieur, la défense est si difficultueuse... C’est pis qu’au théâtre... (s’arrêtant.) Ah!... où en étais-je ?... que Jenny m’a prise près d’elle comme demoiselle de compagnie... et comme femme de chambre ! Elle veut même m’établir, me marier à un riche marchand mercier qui m’adore.
WILLIAM, distrait.
Je le crois sans peine...
HENRIETTE
Thomas... Goffin... pauvre garçon; mais moi... je ne l'aime pas, parce que, voyez-vous, monsieur William... on est artiste ou on ne Test pas!... C’est distinct... et depuis que je vois les succès de mademoiselle, qui autrefois n’était rieni... le inertie état que moi... je ne rêve plus que le théâtre... Je suis comme vous. Je veux débuter et me faire connaître... Voilà pourquoi je vous protège.
WILLIAM
Vous êtes bien bonne...
HENRIETTE
Parce que vous me ferez un rôle... quand vous m’aurez entendue, c’est trop juste... Je sais par cœur tous les airs de mademoiselle... Je suis toujours là quand elle les répète... et si vous voulez... que je vous en dise un... llejina adorata...
WILLIAM
Pasen ce moment!... (Montant.) Votre maîtresse... qui chante... je crois... m’empêcherait de vous entendre.
HENRIETTE
C’est possible... c’est le final qui commence.
WILLIAM
Ce ne sera pas long !
, HENRIETTE
Ah ! bien oui !... c’est d’un grand compositeur, qui fait tout grandement... Chaque morceau de lui dure autant qu’un acte chez un autre.