‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 90 sur 99 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

MICHEL

Indolent! Langoureux! Mollasse ! — Abjurons au besoin. Convertissons-nous. Cela dure tant que ça dure. Tant que ça sert. Il est toujours temps de faire machine en arrière et de revenir « à la foi de ses pères. »

RUBEN

Tu es vaillant, Zabulon, tu es insolemment vaillant! Je m'incline devant la beauté barbare et l'originalité presque scélérate de ta forte nature. Tu as le dédain, ou plutôt le mépris de l'adversaire. Tu as le mépris du danger. Ce sont les qualités des dominateurs. Ce sont aussi les défauts redoutables de ceux qui finalement se font abattre. Serais-tu de ceux que la victoire mène à l'écroulement? Nous avons grandi jadis par une ostentation d'humilité et de misère. J'ai peur que nous ne tombions par une ostentation de faste et d'insolence. Je t'admire, mais ne te suis pas.

(Il sort).

FRÉDÉRIC

Moi aussi je t'admire, mais je ne t'aime pas. Tu as l'horrible force que les êtres sans

scrupules tirent de leur insensibilité même. Ah! ce rôle affreux! Assister à leurs querelles rageuses! Les voir aux prises ces conservateurs, ces réactionnaires, ces avancés, ces révolutionnaires, se déchirant au premier plan ! Et derrière eux, flegmatiques, agiles, habiles, imperturbables, les Juifs ne s' interrompant pas de leur vider les poches ! Et en être! — Je te quitte, je retourne près de la Mère... (à part, en sortant, la face entre les mains), près de la douce, de la caressante, de l'apaisante infirmière de mon âme incessamment bousculée et violentée.

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