‹ Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale (volume 4)Chapitre 23 sur 43 · HOMME DU MONDE · texte numérisé non relu

HOMME DU MONDE

n'y manquait, on eût dit un herbager des environs de Falaise. I^e succès fut prodigieux : mais le chanteur ne s'arrêta pas en si beau chemin, il passa de romance burlesque en romance burlesque, et alla jusqu'à la ventriloquie. La gaieté était au comble, quand tout à coup Muscardini disparut : il avait épuisé son répertoire.

« Encore cent écus de gagnés, me dit mon malicieux voisin ; il a assez de nos applaudissements, il va chercher des W« ailleurs.

— Quel précieux talent ! pensais-je ; parlez-moi de montrer le blanc des yeux en chantant et de cultiver la chanson comique : voilà des positions sociales ! »

Je m'imaginais en être quitte pour une fois. Hélas ! je connaissais peu les chanteurs de salon. Quelque part que nous missions les pieds, nous étions sûrs de voir paraître le célèbre Triffolato et l'illustre Muscardini. TrilTolato exécutait son Plaisir d'amour^ Muscardini mimait son Nos avons-l-y ri! Partout je retrouvai les mêmes notes, les mêmes points d'orgue, les mômes iioritures. les mêmes effets ou larmoyants ou bouffons. Triffolato se passait la même main dans les mêmes cheveux, montrait le blanc des mêmes yeux, prenait la même pose mélancolique sur le même bras. Muscardini reproduisait les mômes contorsions, le même accent, les mêmes gestesornés delà mêmeventriloquie. La leçon était si parfaitement apprise, que l'artiste se fût fait un scrupule d'y changer un iota. Aussi, au bout d'un mois de ce régime, avais-je suffisamment du Muscardini et du Triffolato. Quand l'un commençait à rouler la prunelle, l'autre à composer son masque, je m'esquivais prudemment pour aller visiter le buffet ou tenter la diversion d'un whist à un louis la fiche.

Le premier hiver que nous passâmes dans ces fêtes fut pour moi une suite d'expériences. J'avais souvent entendu parler de ces femmes r(ui plongent leurs peines de cœur dans des flots d'encre, et versent sur le papier les trésors de pureté et de grâce que renferme leur imagination. J& n'ignorais aucune des railleries qui s'attachent à celte vocation, et les quolibets dont on l'a poursuivie. Faut-il avouer ma faiblesse? Je suis de ceux qui ne refusent aucun droit aux femmes, et qui signeraient des deux mains ce qu'on appelle leur émancipation. Pourquoi les réduire à reprendre par la ruse le terrain que la force leur enlève? Chez moi Malvina était souveraine ; elle eût voulu se faire tambour-major, que j'eusse passé condamnation sur ce goût dépravé.

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Je comprends donc qu'une femme écrive , si tel est son plaisir, et encore mieux que le public la siffle et la honnisse si elle écrit des sottises ou des inconvenances. En toute chose Tantidote est près du poison.

Ce fut donc avec un vif sentiment de satisfaction que je vis arriver nue soi m* litUÎJ*;iiri* organisée par la princi.»ssf" Flilmstofskoî nxvv Iv poiYt et le (aclquî ne l'ahijndonnaient jamais, I^es plus grands nanis lies lellr-es ei des ar($ avaient promis de s'y trouver, et» pour n^ndre celte fiMe a jamais me*mc>ral»lc, la palatine avait imaj^iné \m inurnoi entre trois femmes poètes les plus rélèhres du temps, Chacune d'elles devait improviser un morceau, comme (iOriniie sur le Capitole. II élai( d'ailleurs convenu qu'on ne clioisiralt pas entre elles, mais qu'on les ronronnerait en m^sse et indistinitement. Il fallait éviter le nuiflit de?* am*îurs'propres et le choc des lyres,

la TtHe eut lieu, et elle fut mai^^ninque. Impossible d*en décrire Té* elal H l/originalilé- Celte rent onfre, sous les mômes liougîes, des plumes tes plus eannues et des i ma pi nations les plus fécondes, avait tous les caractères d'un congrès» Les éerdes s y CjOnfondaient coninie les genres, les poéliruH^s les plus opposées s'y donnaient la main. Ln fi'ntt^rnité ilu punch el ries liahas avnil radouci les esthétiques les plos fnriiurlies; l'art elievelu n*étaii [ilus autant sur sa harlie, Tart liien peigné avait mis son gazon de travers- Bref, c'était un de ces rares et fugitifs moments dans lesquels les partis désarment : il eut été possible d^eu faire surgir ritarmonie el le phalanslère de Tart. IVrsonîie n*y songea, tant la princesse rivait multiplié les distractions liijuides el solides. Celte heure si vite envolée ne se retrouvera plus ; on sait que r occasion est chauve.

Ctqu'udantreiïerveseence de la consommation ne jud faire complélemenl ouldier le houfpiet de la l'été. L'art chev(*lu lui-même remit n|jrèH le tournoi ses derniers projels contre l'alcool du lieu, el demanda, avec la férocité qui lui est pailieulière. les têtes des trois impi'ovi^alrices ]JOur les couvrir d'hommages el dîipplaydissemenlSi On dressa une estrade, sur Inquelle monlereni k^s trois Corinnes, rnni* en ciisUime grec, l'auti'e dans les atinrrs ilii moyen âge, la troisièun* en [la nia Ion a la tnnitie*

i;*; (ut ht Cm-inne au costume gn'<* {|ui eommemjn, (Ni eût dit une Minei'vi\ faut le regard élait viriL l;i ]»ose nssurév, L:i rlu'velure

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noire, ramassée avec art, ressortait avec plus d'éclat sous un bandeau de perles lines. Le vêtement se composait d'une tunique admirablement drapée , des bracelets d'or, richement ciselés, étaient le seul accessoire de la toilette. Les bras étaient nus et merveilleusement beaux ; le visage et le buste oITraient la réunion des plus heureuses lignes de statuaire. Cette magnifique personne se leva, saisit sa lyre, et modula les sons suivants :

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