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sur tu'is, et en quelques traits il excelliit à les poindre.
En d'autres circonstances, ces tableaux d'après nature auraient pu m'intcrcsser, et le spectacle de celte fatuité naïve y eût ajouté un nouveau prix. Mais j'étais venu à Paris sous Teinpirede soins pins graves. J'essayai d'y ramener mon protecteur, et d'obtenir de lui qu'après avoir sauve l'Europe, il daignât me sauver. A défaut de la mémoire du cœur, je comptais sur celle de l'estomac. J'avais tenu table ouverte libéralement, sans acception de partis; c'était le cas de s'en souvenir. Mon commensal ne s'en souvint pas ; la fumée des grandeurs avait perverti ses organes. Il alliait la sottise à l'ingratitude, deux torts fréquents chez les républicains invétérés. Il était, en outre, exclusif comme eux, et plus rempli de prétentions que de lumières. Sur un seul on pouvait tous les juger. — Ces hommes, me dis-je, passeront au pouvoir, mais n'y resteront pas. Ils sont au-dessous de leur rôle, et n'ont que les vanités du commandement.
Il fallait renoncer à cette médiation et en revenir au moyen le plus simple, la requête directe. A tout prendre, je pouvais aborder les souverains du moment sans avocat et sans introducteur. Mon nom ne leur était point inconnu, et ma cause n'exigeait pas de grands efforts d'éloquence. De quoi s'agissait-il? D'une simple réparation en réponse à une souveraine iniquité. Quelques explications précises suffiraient; n'étionsnous pas sous un régime de vérité et de justice? Ce sentiment m'enhardit, et du même pas je me dirigeai vers l'hôtel du ministre dont je dépendais. Mon dessein était de m'ouvrir franchement à lui et de le rendre l'arbitre de mes destinées.
Dans le cours de ce trajet, l'aspect de Paris me frappa. La grande cité n'était pas remise du dernier ébranlement ; elle gardait son attitude révolutionnaire. A chaque angle des rues, le pied se posait sur des pavés vacillants et inégaux ; la ligne des boulevards ressemblait à un taillis qui vient dêtre coupé à blanc. Toute croisée avait son drapeau, tout candélabre ses vitres brisées. La physionomie de la population répondait à cet état des lieux. On ne pouvait faire vingt pas sans rencontrer des groupes peuplés d'orateurs, ou des processions d'où*
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\rlers défilant avec tambour et bannières. Pais çà et là circulaient des hommes irrégulièrement armés, comme si la ville eût été livrée à des corps de partisans. Ce speclacle ne m'étonna point. ; mais ce qui me parut singulier^ c'était l'air de sécurité qui régnait à côté de ce désordre. Aucune de ces scènes n'avait le don d'émouvoir ; elles n'excitaient ni enthousiasme ni crainte; elles n'éveillaient même pas la curiosité. On s'y était fait.
J'arrivai devant Thô'el du ministre avec l'espoir, je l'avoue, d'y trouver quelques dédommagements. A mon sens, les hommes que le peuple avait investis de l'autorité devaient résumer en eux toutes les vertus, toutes les grandeurs de l'ère nouvelle. Les critiques dont ils étaient l'objet glissaient sur mon esprit; c'est la sanction obligée du mérite. On ne m'en imposait pas d'ailleurs; je savais à quoi m'en tenir sur le personnel du gouvernement. La science et la poésie s'y donnaient la main; le dévouement et l'intelligence n'y manquaient pas. Mon unique souci était de savoir comment ces souverains improvisés comprenaient leur rôle. Je l'imaginais simple et digne à la fois, modeste dans les formes et grand dans les actes, nouveau surtout et séparé du passé par un abîme. Assez longtemps la politique avait souffert ce spectacle de la même pièce jouée par d'autres acteurs. Puisque le souffle révolutionnaire avait passé par là-dessus, c'était bien le moins qu'on mit au rebut de vieux décors et qu'on fît les frais d'une mise en scène.
J'y songeais en m'engageant sur l'escalier de l'hôtel, lorsqu'un carrosse entra avec impétuosité et s'arrêta devant le perron. Rien n'y manquait, ni les chevaux de prix, ni l'éclat des harnais, ni le choix de la livrée. Pour trouver quelque chose d'ausji parfaitement assorti, il fallait remonter aux traditions de la cour, et pas de la dernière. — Quel est cet ambassadeur étranger ? me dis-je en m'cflaçant avec respect. Un homme vêtu de noir descendit du carrosse ; c'était mon mi nistrc^ je le reconnus. Son secrétaire reçut de ses mains un portefeuille en maroquin ronge, et le suivit comme l'eût fait un massier. Les laquais L-rmèrent la haie et le poste prit les
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armes. C'élaiL unerenlréc conforme aux plus sîricles lois du ccrdmonial !
Je franchis rcscalicr à la suile d'un minisire si glorieux, et j'admirais à quel point il avait, en si peu de temps, su prendre les manières et les airs de l'emploi. Des flots de solliciteurs encombraient le salon d'attente; il les fendit avec une majesté rare et uu sang-froid merveilleux. Son regard exprimait rimpalience et le dédain ; il semblait confus de voir autour de lui un tel cortège. C'était pourtant un accessoire obligé. Qui aie carrosse a les courtisans; toute grandeur s'expie. Le ministre, d'ailleurs, n'y mit pas tant de façons; il fit congédier brutalement celte foule désappointée. L'audience était remise, il ne restait plus qu'à vider les lieux. Sens les régimes déchus, ces accidents n'étaient pas rares; mais on y apportait^ du moins, quelques procédés. Depuis la République, les huissiers avaient cru devoir élever leur organe à la hauteur des événements, et cacher sous une rudesse d'emprunt les torts de leur origine. Us donnaient ainsi des gages à la révolution.
Pendant trois jours consécutif.-, je me présentai à l'audience du ministre sans être plus heureux. J'avais beau mo piquer d'exactiluJe, arriver sous le péristyle au chant du coq, [irendre dans l'antichambre des poses désespérées, rien ne touchait les gardiens qui défendaient les abords du caiiinel. Sous un prétexte ou l'autre, je me voyais invariablement éconduit. Devant moi, pourtant, se succédaient des solliciteurs plus favorisés. Us entraient le chapeau .sur la tète et forçaient les consignes avec un aplomb sans égal. Au besoin, des jurons triomphants couronnaient la manœuvre et en assuraient le succès. KuUe tenue, d'ailleurs, et pas le moindre respect. Ils ne parlaient du ministre qu'en termes familiers, et, s'il se refusait à les recevoir, ils s'emporiaient jusqu'à la menace. C'était à rougir de honte de se voir négligé pour de tels malotrus.
Au nombre des infortunés voués à la même corvée que moi, j'avais remarque un vieillard, vert et vif encore, dont la persévérance me frappa. Il éiuil là dès le matin et ne
quittait la place qu'au dernit^r moment. Le malheur rapproche; nous nous fûmes bientôt abouchés. Quelques entreti-ens à demi-voix nous aidèrent à tromper les heures, et mon interlocuteur les animait par ses saillies.
— La suite au prochain numéro, avait-il coutume de dire quand l'huissier venait nons signifier notre congé.
Nous prenions ainsi notre temps en patience, et cherchions une revanche dans des épigrammes sans fiel :
— Mon voisin, lui dis-je un jour, la mesure est comblée. Trois échecs de suite, c'est trop. iS'y a-t-il pas moyen de forcer cette porte ?
— J'en sais un, répliqua gravement mon interlocuteur.
— Bah ! Et que ne parliez-vous ? nous Lierions hors d'embarras, vous et moi.
— C'est que le moyen est extrême.
— Extrême ou non, nous n'avons plus le choix. Mes forces sont à bout.
— Les miennes aussi; alors^. écoutez. En sortant d'ici, vous allez vous arranger de manière à vous procurer un tambour.
— Un tambour ?
— Oui. De mon côté, jVutiendrai quelque part un étendard, une oriflamme, au besoin un guidon,
— Et puis?
— Vous arriverez ici avec votre 'amb-our, moi avec ma bannière. Vous exécuterez un roulement; je crie : Vive la République! et nous entrons. C'est ce qu'on appelle une démonstration. Un ministre révolutionnaire n'y résiste pas.
Le trait était juste et vif: nous avions été témoins de plus d'une audience au tambour. Un peu de tapage, et l'on était sûr d'être admis. L'héroïsme du moment se résumait en peu de mots : céder aux forts, écraser les faibles. En apparence, le pays n'avait que dix maîtres; en réalité, il en avait des milliers.
Un bmit qui se fit vers le cabinet du minisLre suspendit notre entretien. Je crus que mon tour allait venir, je me levai. Pendant cinq minutes, il s'échangea entre l'homme d'if.tat et ses appariteurs quelques mots à voix basse qui sans