‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 73 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IV

Dans cette dernière ville , son triomphe ne fut peut-être pas inutile à sa renommée. Le tribun religieux qui savait si bien s'adresser à la foule , trouva des accents pour émouvoir et convaincre la savante université de Pise. Il y fit d'éclatantes conversions , entre autres celle dé l'étudiant Nicolas Scomberg, qui prit l'habit de saint-Dominique et devint plus tard archevêque de Capoue et cardinal.

Il ne faut pas croire , en effet , que Savonarole ne se fit de zélés et fanatiques partisans que dans les rangs du peuple. La foi au merveilleux était assez grande dans ces tempslà pour que des miracles douteux et des prophéties risquées ne rebutassent pas les plus brillants et même les plus solides esprits. Pic de la Mirandole, Marsile Ficin, Ange Politien , Jacques Nardi, Baccio délia Porta furent ses admirateurs ou ses amis. On pourrait citer encore des hommes moins illustres, mais qui jouirent , dans leur temps, d'une grande célébrité: les deux Benivieni, Jérôme le poète, et Dominique, le chanoine, qui employèrent tous les deux leur plume à la défense du maître; Georges Benigno, mineur franciscain , archevêque de Baguse , qui fit un semblable emploi de ses talents; Zanobi Accisyuoli, helléniste distingué; le philosophe Georges Yespuccio; d'autres savants, tels que Catteo, Frontino et le propre neveu de Pic de la Mirandole.

Mais la renommée de Savonarole ne s'arrêtait pas aux murailles de Florence, ou même aux frontières de l'Italie. Elle avait passé déjà les montagnes et les mers. A Londres, à Lyon, à Bruxelles, disent ses biographes, on s'entretenait avec étonnement de ce moine qui faisait une révolution, changeait la constitution d'un État, réformait les mœurs et la religion d'un peuple par la seule force de sa parole, a Nous recevons du fond de l'Allemagne , è ûït4\ quelque part ,

a des lettres d'adhésion à notre doctrine. » C'étaient les marchands florentins qui la colportaient ainsi par tout le monde. A Constantinople, s'il faut en croire Burlamaccbi, le sultan, ayant entendu parler de Savonarole, voulut savoir quel il était , et envoya chercher le consul florentin ', qui lui donna les sermons sur Amos. Charmé de cette lecture, Bajazet aurait même ordonné qu'on lui fit en langue turque une traduction de ce brillant carême.

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