LIVRE m, CHAPITRE IV
m armes» sous les ordres de Dolfo Spini, poor soutenir les fraDciscaiiis; de sou côté, Marcuccio Salviati amena trois cents Fraiesckii ou partisans du frère» pour défendre Savonarole plus menacé.
Pendant que la foule se rangeait sur la place, Jérôme ehantsit à Saint-Marc une messe solenndie, donnait la communion à de nombreux fidèles, et leur adressait une comte instructioii où Ton remarque les paroles stti?an« tes:
« Autant que cela m'a été révélé, si Tépreuve se fait, la victoire est à aous» et Fra Domenico en sortira sain
et sauf. Mois se fera-t-elle ou ne se fcra-t-elle pas? Voilà ce que ie Seigneur ne m*a pas révélé» Si vous me demandez ce que j'en pense, je dis, au moyen de mes lumières purement humaines» qu'il est plus protiable qu'elle se fera» •
Ce doute sur un événemeul qui allait s'accomplir avant une heure est eiLtrèmement singulier^ et rincerti» tude de l'avenir même le plus prochain, au point de vue philosophique, ne suftit pas pour l'expliquer. Ce sont les parolea d'un homme qui compte sur quelque deus ex machina pour brusquer le dénoùment et empêcher répreuve d'avoir Ueu. La seigneurie, qui avait d'abord fixé le 6 avril, ajourna ensuite au 7 ; elle espérait sans doute, comme Léonard Strozzi nous l'apprend, qu'uu bref arriverait de Rome pour défendre de passer outre, ou qu'il surviendrait quelque autre obstacle, car elle redoutait les suites de cette afiaire» Savonarole dut partager cet espoir. Peut-être croyait-il encore que ce bref, probablement solUcité, arriverait à la dernière heure, et, dans tous les cas, il était résolu à susciter des embarras aux deux champions. Cette coi^ecture, très- Vraisemblable après ce qui précède» se change en certi-
tudepour quiconque suit sans prévention les événemenli
de cette mémorable journée.
Au moment où Jérôme terminait sa cour te eiLhortation, il reçut Tordre de se rendre sur la place. Les religieux de Saint-Marc, de Fiésole et de Prato se mirent proccssionnellement en marche, suivisd'une foulede Piagnoni qui avaient tous à la main la croix rouge, leur signe ordinaire de ralliement. Savonarole, revêtu de ses habits sacerdotaux, portait le saint sacrement. Lorsque la procession arriva sur la place, les franciscains s'j[ trouvaient déjà ; ils s*7 étaient rendus simplement, sans aucune pompe. Ils gardaient le silence, tandis que les dominicains et leurs amis chantaient des psaumes à tue-téte. En attendantle signal, Fra Domenico resta constamment agenouillé devant le saint sacrement , que Savonarole avait déposé surTautel; les franciscains se promenaient gravement dans la partie de la loge qui leur appartenait. Quant à Rondinelli et à Fra Francesco de Puglia ^ on ne les voyait point : le bruit courut qu'ils étaient en pourparler avec la seigneurie.
Alors commença une scène étrange, qui fit bien voir qu'on avait des deux côtés un égal désir d éviter la redoutable épreuve.
La seigneurie venait d'envoyer des messagers aux deux parties, pour les inviter à se rendre au bûcher et à faire l'épreuve sans plus tarder. Buonvicini et Rondi* nelli, qui ne faisaient que d mTiver, répondirent qulls étaient prêts, mais les mineurs s'étant aperçus que le prieur de Fiésole s'apprêtait à entrer dans le feu revêtu des ornements sacerdotaux, s'y opposèrent formellement sous prétexte que ces habits pouvaient être enchantés.
C'était là sans doute une puérile exigence ; mais Fra Domenico Tavait pour ainsi dire justiflée d'avance : il