LIVRE I, CHAPITRE VI
à plusieurs couvents à la fois» ce qui lui taisait gagner
des années. ïl se proposa donc de demander et d'obtenir la disjonction de la Toscane et de la Lombardie, pour ce qui regardait les dominicains. Ce n'était point une innovation qu'il réclamait» mais un simple retour au passé, car la Toscane avait auparavant formé une province à part, et c'est par suite d'un accident fortuit qu'elle avait été soumise au provincial de Lombardie. • . Le projet de Savonarole avait le tort de relever une barrière. Dans l'état de dislocation où se trouvait alors l'Italie, une seule chose lui donnait encore quelque apparence d'unité : c'était la religion. De Pise à Florence, de Venise à Ferrare, de Milan à Rome, on était ennemi et prêt à s'entre-tuer; mais le plus humble citoyen d'une de ces villes pouvait être appelé à donner des ordres souverains aux citoyens des villes rivales qui avaient revêtu, comme lui» l'habit de bure. Devant les insignes du moine toutes les barrières tombaient, toutes les portes s'ouvraient, même en temps de guerre, et les hommes apprenaient par là à ne pas se détester, parce qu'une montagne ou une rivière les séparait. Restreindre les juridictioDs ecclésiastiques pouvait donc passer, dans ce tempslà, pour un acte de mauvaise politique; mais la corruption qui entraînait l'Église à sa perte obUgeait Savonarole à fermer l'oreille à ces considérations secondaires, et & étal)lir un cordon sanitaire autour de ses religieux régénérés. Il n'y réussit pas sans coup férir, et eut à combattre, à l'intérieur même de Saint-Marc, céux qui, nés sous d'autres cieux, ne faisaient pas de la séparation, comme les jeunes profès, presque tous les Florentins, une aiïaire où la religion et le patriotisme toscan étaient également intéressés.
Savonarole ne se contenta pas de négocier par écrit
avec le ^aitlt-siégé : il entoya aupt*èë ffAlétandre Vt
deux de ses compagnons , le P. Alexandre Rinuccini, d'une des premières familles de Florence, et le P. Do* minique Buonvicini, de Pescia, son premier disciple et son plus intime confident. Ces délégués avaient mission de demander au pape réi*ectioli d'un petit nombre de couvents de Toscatie en congrégation particulière^ ne relevant plus de là Lombardie. Le but de cette déparà^ lion était de ramener ces couvents à la règle de Saint- Dominique, peu à peu tombée en désuétude. La requête devait étt*e présetitéé en leur iidtti et au nom du gotlver** nement de Florence , dont Savonarole avait obtenu Tapprobation , par Tintermédiaire de Pbilippe Valori et dd carditial Jean de Médicis, ({ui fut plus tard Léon X.
Cette négociation n'ayant pas été conduite secrètement, tous ceux que le résultat devait déranger dans leurs habitudes, ou dont il devait restreindre la juridiction et Tinfluence, soulevèrent une formidable opposition. Leurs délégués arrivèrent à Rome munis de lettres du roi de Naples, des ducs de Milan, de Ferrare, de Bologne^ des républiques de Gênes et de Venise^ Jérôme eût succoml}é , sans l'appui que lui prêtèrent le P. Giovaccliino Turriani , général de Tordre des dominitàins^ et surtout le cardinal Olivier Garaffa, àrchevéque de Naples, ([ui jouissait d'une grande influence auprès du pape, et qui prit Tailaire.à cœur. Alexandre VI n'était pas mieux disposé pour les uns que pour les autres; mais le grand nombre des princes qui appuyaient les adversaires de Savonàfole faisait pencher la balance de
leur côté. Tout semblait perdu, lorsqu'un jour, le pape ayant congédié les cardinaux et renvoyé au lendemain les affaires, Garaffa s'autorisa de sa familiarité avec lui poui^ ne pas suivre ses collègues. Aeveuant alors sur la