LIVRE II, CHAPITRE II
législateur :qui excluait de toute participation aux affaires publiques les trois quarts des citoyens; ce penseur poar qui le peuple légal était, après Dieu, le seul souverain de Florèfuce; cet organisateur qui, loin de faire l'État Spartiate et de tout niveler, conservait le luxe, la richesse, tous ies biens temporels, sous prétexte qu'ils servaient à maintenir les ])iens spirituels. Il est juste pourtant de recoiiuaitre que si, par toutes les opinions qu'il eut le temps de mûrir avant de les exprimer, et par tous les actes principaux de sa vie politique, Savo- Barole se montra peu favorable à la démagogie, le zèle qQ*il mit à soulager les misères du peuple, la nécessité où il se trouva de s'appuyer souvent sur d'aveugles passions, et la guerre implacable qu'il tit aux riches ont dooné quelque vraisemblance aux accusations qui Tout poursuivi jusque dans la postérité; mais un démagogue cherche à capter la faveur de la populace; or, celle de Florence suivit spontanément Fra Girolamo, plutôt qu'elle ne fut appelée et com lisée par lui.
n est surtout un fait qui devrait, s'il était mieux connu, préserver Savonarole du nom de démagogue. Sa précUlection bien marquée pour le gouvernement d'oii seul, d'une part, et de Tautre l'impossibilité où l'on était de trouver un homme digne de commander à tout ce peuple , lui suggéra l'étrange expédient de faire proclamer Jésus-Christ roi de Florence et protecteur de ses libertés. Or, la suprématie d'un tel maître ne donne point de droits; elle impose des devoirs, et ce n'est pas flatter la passion populaire que de lui parler l'austère langage du devoir.
La première fois que Fra Girolamo parait avoir émis cette idée singulière, mais élevée, c'est dans son dernier sermon de l'avent 1494 ; il y fut conduit par la nécessité
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de répondre à ceux qui exprimaient le regret de n*avoir
pas un clicf uni(iae :
« Eh bien! Florence, Dieu veut te conlentcr et te donner un cher, un roi qui te gouverne. Ce roi, c'est Christ. Voilà notre psaume qui le dit : Ego auiem constitutus sum rex. Le Seigneiu* veut te gouverner lui-même, si tu y consens, ô Florence I Laisse- toi conduire par lui ; ne tais pas comme ces Juifs qui demandèrent un roi à Samuel. Dieu répondit : Donne-leur un roi, puisqu'ils ne veulent phis de moi pour les gouverner. Ce n'est pas toi qu'ils ont méprisé, c'est moi. Florence, ne les imite pas; prends Christ pour ton maître et demeure sous sa loi. »
Cette nouveauté plut extrêmement au peuple, que Savouarolc avait tourné vers les idées religieuses, et auxpohtiques, qui voyaient en outre, dans cet expédient, l'avantage de fortifier la démocratie en Tétayant sur le droit divin. Aussi, toutes les fois que le prédicateur revenait sur ce point, il obtenait un très-grand succès : « Florence, s'écriait-il, Jésus-Christ, qui est le roi de runivei's, a voulu devenh* parliculièrement ton roi ; le yeux-tu pour Ion roi? » Le peuple répondait qu'il le voulait, et se séparait au cri de : « Vive Jésus-Clirist, noti e roi ! » Cette exclamation devint même le mot de ralliement du parti poi)ulaire, et Jérôme fut obUgé, à la iin, de recommander aux enfants de ne le crier ordinairement que dans leur cceur, pour ne pas en fatiguer leurs concitoyens et ne pas lui Mer son l^iitime empire *.
1. En 15*27, dans dc:^ circon'^tances critiques, Nicolas Capponi ayant fait officiellement proclamor Jesus-Chri.st roi de Florence, quelques liisturiens lui attribuent à tort, comme iiiveiitiun, ce qui ne fut de sa pari qu'une rémiui^ence, ainsi qu'on le voit par les textes cités