‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 62 sur 152 · LIVRE U, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE U, CHAPITRE V

proléger de bonne grâce, s'il ne veut pas que Dieu l'y contraigne. S'il est docile à ma voix, il s'en trouvera bien. Je lui ai dit en parliculier tout ce qui lui arrivera, mais il ne serait pas convenable de le répéter ici. Il m'a écouté avec douceur. Démon côté, je lui ai parlé avec modestie , mais non sans vivacité. Il m'a lait des promesses formelles, et je vous dis encore une fois, afin que tout le monde renlende, que, de gré ou de force, il les tiendra. »

En réalité, Charles VIII ne tint ses promesses ni de

gré ni de force. Pour Thonneur de Savonarole, il fallait donc qu'il fût puni de Dieu, et cela ne manqua pas d'arriver. Au mois de décembre, la mort du jeune Dauphin, unique fils du roi, répandit la consternation en France et jusqu'en Italie. Cet événement avait, en effet, beaucoup de gravité pour les Florentins. Ils attendaient que Charles YIII descendit de nouveau les Alpes pour les protéger contre le mauvais vouloir et les menaces de la ligue. Or, il était peu probable que, privé désormais d'héritier, ce prince quittât de nouveau son royaume pour conquérir d'autres États. Telles étaient les craintes que concevaient justement les Florentias; mais par 1& les prédictions de Savonarole n^étaient point compromises, car il avait toujours eu soin d'annoncer que le roi de France ne serait pas seul envoyé de Dieu pour dévaster Tltalie. «Je vous dis qu*un barbier ne peut raser tant de monde, s'écriait-il; il viendra un autre barbier. Ce sera le roi de France ou un autre. » Au contraire, la mort du Dauphin passa bientôt pour être le malheur dont il menaçait Charles YIII, et, des paroles très-vagues que l'on trouve dans les discours précédemment rapportés, on voulut conclure que Jérôme avait, en particulier, prédit à ce prince la mort de son ûls.

18e VI£ D£ SAVONAKOLË*

Comines aida à celte supposition par deux passages de ses KDéim)ires« Dans Tuo, parlani de l'ambassade de PoggiboDsi, il dit: • D me dieat en pensée la mort de monseigneur le Dauphin , quand il parla de cette sentence àe Dkm» car fe ne vois autre chose que le roy prist à cœur; mais je dis enecnre ced afti que mknx on entende que tout ce dit voyage fui vray mystère de Dieu. »

«Je ne sçay , dit-il ailleurs, s'ils ont fait bien ou mal de l'avoir fait mourir, mais il a dit maintes choses vrftyes» que ceux de Fiorenee n'eussent seeu luy avoir dites. Et touchant le roy, et les maux qu'il dit luy devoir advenir, luy est advenu. »

Il est possibte qu'en prédisant des malheurs à Ghar^ les VIII, Savonarole eût en vue la mort de son fils, à peine âgé de trois ans, et dont on connaissait la frêle santé. On toit, en eflèt, que cette pensée était égalemmt venue à Philippe de Comines. Mais si Ton s'en rapjMMTte sur ce point au témoignage du chroniqueuTt il faut croire aussi qn*il exprimait le sentiment publie lorsqu'il affirmait que c'était bien le roi, son maître, que Fra Hieronimo désignait comme devant ôtre le second barbier, te nouveau fléau de Dieu. « H a toujours presché publiquement , dit Comines , que le roy tournmit de rechef en Italie pour accomplir cette commission que Dieu luy avoit donnée, qui estoit de réformer rÉglise par Tespée, et chasser les tyrans dltalie, et que, au cas qu'il ne le flst. Dieu le puniroit crudle» ment; et tous ses sermons premiers et ceux de présent, il les a fait imprimer, et se vendent. >

n parait même que Savonarole n'oubliait pas de s*ai«> der pour que Dieu l'aidât, car il écrivit à plusieurs reprises à Charles VIII , trois ou quatre fois , nous ap-

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