LIVRE n, CHAPITRE VI
Exiermi sui temare eum^ dieebant enim qwnUam in fumn rem versus es^.— Et les apôtres? Ne se divertissaienWls ^ pas» ne dansaient-ils pas, quand TEsprit-Saint fui venu? Ceux qui étaient présents disaient : Qwomiam mvtto pleni
sunt istiy c'est-à-dire qu'ils semblaient ivres.... J'ai entendu dire <iu'un jour que nos religieux dansaient une ronde et chantaient des landes, on des plus ftgés entra dans un tel transport qu'il tomba & la renverse. Allez, vous ne savez pas ce que peut ins|Hrer Tamour de Dieu. Que diriez-vous si je vous faisais danser un jour, vieux et vieilles, tous ensemble autour de la croix! Que diriezvous si, plus fou que personne, je me jetais au milieu de vous? Entendez-moi bien : je ne vous dis pas de faire souvent de ces cboses-là; mais j'ai voulu vous mettre en état de répondre aux sages du immde et anx flèdes lorsqu'ils disent : Ce citoyen est fou; ce vieillard, ce prêtre a fait des folies : il a crié dans les rues, et, la croix dans les mains , il a dansé. »
£n sortant d'entendre ces apologies, les Piagnoni, plus nombreux et jdus ardents que jamais, se répandaient dans les églises pour se préparer au sacrement de Teucbaristie , à l'occasion de la Pàque, qui approchait. Mais, une fois ce devoir rempli, la plupart d'entre eux ne se croyaient pas quittes envers Dieu et leur conscience ; ils continuaient d'assiéger les confesseurs, qui n'en pouvaient plus et demandaient merci. Savonarole fiit obligé de leur venir en aida et d'imposer quelque tempérament à tant de zèle. « Je vous prie, disait-il, de laisser reposer mi peu les confesseurs, au moins quinze jours, car ils se sont épuisés sur leurs sièges, et il faut bien leur donner quelque repos. »•
Ainsi finit ce carême. Jérôme y avait touché à tant de stgets brûlants que ses ennemis ne purent plus suppor-
ter son audace, et s'employèrent activement auprès du
pape pour obtenir de lui une sérieuse condamnation. Alexandre VI ne sut pas refuser une satisfaction à des griefs si vivement exprimés: il réunit, au commencement d'avril, quatorze théologiens, tous de Tordre de Saint-Dominique, et il les invita à. décider s'il n'y avait pas lieu de punir Fra Girolamo comme hérétique, scliismatiquc et rebelle à rautoritc du saint-siég-c. Toute rassemblée, à la réserve d'un de ses membres, se prononça pour Taffirmative. Le principal considérant de leur sentence l'ut que le frère était ennemi de Pierre de Médicis» qull Tavait persécuté, et qu'il avait été la principale cause de tous ses malheurs.
La modération du pape, en cette circonstance, est digne d*éloges. Il l'avait déjà montrée en n'appelant qOB des dominicains à prononcer sur le sort d'un de leurs frères; il la ût voir bien davantage en se bornant, une fois Tarrét rendu, à prier la seigneurie, par l'intcrmédiaire de son ambassadeur, de veiller à ce que Savonarole parlât désormais avec plus de modestie du saintsiége, des cardinaux et des prélats, et de faire en sorte qu il se conformât à la manière des plus excellents prédicateurs et ne se mèlàt plus des choses de ce monde, c'est-à-dire des affaires publiques^
Il est impossible que les cardinaux et les prélats qui protégeaient le réformateur, le cardinal de Pérouse, celui de Ségovie, l'évèque Gapaccio, Olivier Garaffa, cardinal de Naples, aient été pour quelque cbose dans cette résolution, si peu sévère au prix de ce qu*on atten-
1. On ne trouve aucune trace, dans les histoires, de tout ce qui se rapporte à cette assemblée. Le fait est pourtant incontestable, puisqu'il en est question dans une lettre de Tambassadeur floreDUn à Koine. (Voy. àTappeudice, n** vu)