LIVRE U, CHAPITRE VI
perdre la tele, si nous ne repoussons les ennemis jusqu'à Pise, et même au delà. »
De telles paroles « quoique Gonditionnelles» car Savonarole n'avait mis sa tète pour enjeu que dans le cas où l'on suivrait ses conseils, eurent pour effet de rendre le courage aux Piagnoni et de forcer les Arrabbiali à suspendre leurs invectives jusqu'après l'événement. Le 30 octobre on fit, pour obéir au prophète, la procession de Sainte-Marie-Imprunèle. Ce ne fut point une vaine cérémonie, car on y recueillit d'abondantes aumônes qui servirent à nourrir les pauvres. Un tel secours était nécessaire ; la disette qui régnait dans tout le pays avait tait afOuer vers la ville une foule de paysans des environs. On eut l'humanité de ne pas les expulser, malgré la pénurie d'argent et de vivres où Ton se trouvait alors.
Pour comble de malheur, une flottille destinée à ravitailler Livourne et à y jeter une armée française qu'elle avait embarquée à Marseille, avait été obligée de relourucr sur les côtes de Provence. Tout à coup, pendant que la procession de llmprunète était en marche, un courrier arrive à toute bride, un rameau d'olivier à la main, et annonce qu'à la faveur d'un vent favorable, le convoi si impatiemment attendu est entré dans le port de Livourne. On l'entoure aussitôt, chacun lui fait répéter les mêmes choses. Le courrier eut toutes les peines du monde à se dégager au milieu de la joie générale, et il dut faire un grand détour pour arriver au palais des Seigneurs.
Cela n'empêchait pas Livourne d'être bloquée par les galères vénitiennes et génoises aux ordres de Maximi-
Hen; mais, par bonheur pour Florence, les vents libecci, si mauvais dans ces parages, soufflèrent sur la cote vers
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la BiHioiriemlire avec une extrême violence, dispersèrent^ la flotte ennemie et débloquèrent LiYOurne. Cet événement permit ans florentins de recouvrer un certain nombre de châteaux qu'ils avaient perdus, et à Savonarole de donner comme un secours immédiat de Dieu les événmeiits qin venaient de s'accomplir. Le peuple poussa des cris de ti iompbe, et les ennemis du prophète restèrent confondus»
Us ne tardèrent pas cependant à revenir de leur abattement, et cette fois le pape ne céda point à Tim pulsion ; il donna lui-même le signal, et reprit les hostilités. Le 7 nmwibn^ û envoya au frère, sous forme de bref, l'ordre de réunir le couvent de Saint-Marc à une province nouvelle qu'il venait de former, sous le nom de provfaiee Romaine et Toscane. Par ce moyen, Saronarôle, déchu de la dignitéde vicaire général, aurait relevé dn provincial de Rome, qui ne pouvait, se trouvant sous la main du pape, être autre chose que son instrument. La portée du coup était bien calculée ; car obéir, c*était abdiquer, et résister c'était encourir une sentence d'excommunication, portée d'avance contre une rébellion prévue ^ Alexandre VI espérait que le courage manquerait kson ennemi: il se trompa. Jér6nie maintint dans son isolement la nouvelle congrégation de Saint-Marc, et attendit de pied fi^rme; il espérait peutrétrct lui aussi,
1. Savonarole parle de ce bref dans le sennon de la sexagésime 1498 ( vey. à l'appendice, n* iv, 2); il n'en est pourtant question dans aucune histoire. Tous les auteurs paraissent l'avoir ignoré. Il n'y a là liea d'étonnant. Ce bref était une lettre adressée à Jérôme. Celui-ci, ne voulant pas obéir, dut tenir seerel l'ordre qu'il avait reçu; il n'en paria que lorsque les lettres du pape, relatives à l'excommunicatiou , eurent tout fait connaître. La date de ce bref est fixée par une lettre inédite d'Alexandre VI aux moines de l'Annonciate pour leur annoncer rexcommunication. Nous publions cette lettce à l'appendice (n" vui. )