LIVRE II, CHAPITRE VIL
la loi, et même d'augmenter la quotité de Famende.
Mais il ne put jamais vaincre la répugnance des Florentins pour le vole forcé.
Ces vicissitudes continuelles amenèrent au pouvoir, lo l'^' janvier 1497, une seigneurie composée de Piagnoni. François Valori, le plus considérable citoyen de ce parti, tenait le gonfalon de justice. Il profila de runanimité qui régnait dans les conseils du gouvernement pour faire passer une réforme qui devait, dans son opinion, asseoir l'état populaire. Persuadé que les assemblées nombreuses offrent moins de prise à Tintrigue, et voulant qu*U fût facile de réunir mille membres à chaque séance du grand conseil, il se livra à des calculs sur le nombre des absents, des vieillards et des infirmes, d'où résulta pour, lui la nécessité de compter 2200 Florentins jouissant de leurs droits civiques» pour en avoir mille qui pussent ou voulussent les exercer. Il ne trouva pas d'autre moyen, de parvenir à ce nombre que d'avancer l'âge où Ton était admis à jouir des droits civiques, et il décida que, pour prendre part aux affaires publiques, il suffirait d'avoir vingt-qualre ans, au lieu de trente qull fallait auparavant.
Savonarole dut donner son assentiment à cette réforme, puisqu'elle devint loi de l'État. Il lui était difficile cependant d'ignorer que ses plus implacables enne* mis, les Compagnacci, se recrutaient dans les rangs de ' cette jeunesse dont il gênait les plaisirs par son austérité, et qu'admettre dans le conseil des citoyens de vingtquatre ans, c'était y introduire un principe de ruine pour les Piagnoni. Mais peut-être que ce résultat, si visible à dislance, ne frappa point d'abord tous les yeux : on ne peut croire qu'un parti se soit porté volontaire* . ment un coup si funeste, et, d'autre part, la faction con-
Indre se montra fort mécontente de Tcur de jeones
étourdis prendre aux affaires une part qui ne devait pourtant profiter qu'à elle. En attendouoit, SaTonarole se donnait, à Tombre d'une seigneurie dévouée, la satisfaction de réaliser un de ses plus anciens projets, un de ceux qui ont le plus terni sa gloire.
La haine qu'il portait à tous les objtîts des plaisirs pro&nes, même aux œuvres d'art et aux livres de poésie, était » grande qu*il avait chargé, comme on Fa va, les enfants de violer le domicile des citoyens pour y chercher et en arradier tontes ces abominations. Maïs ce n'était pas assez de les avoir prises : si Ton en faisait ' un dépôt, viendrait un jour, sous quelque gouvernement moins dévoué à la religion, où chacon rentrerait datns ce qui lui appartenait. Le feu seul pouvait supprimer le scandale sans retour. Savonarole concluait donc qu'il (kllalt faire un solennel auto-da-fé de tous les objets recueillis par les enfants.
Cette idée était fort ancienne âiez lui. Déjà le 1*' novembre 1494, il s'écriait: « 0 vous qui avez vos maisons pleines de vanités, de figures, de choses désbonnëtes et de livres infâmes comme le Morgante et autres livres contre la foi, apportez-les-moi pour en faire un feu et un sacrifice en l'honneur' de Dieu. » Mais il n'avait pas encore assez d'autorité, dans ce temps-là, pour se faire obéir jusqu'à ce point ; aussi voulut-il que l'archevêque de Florence se chargeât de commander cet auto-da-lé. L'archevêque fit sans doute la sourde oreille ; les citoyens ne se montrèrent pas fort empresssës de brûler des objets auxquels ils n'avaient pas tort d'attacher quelque prix, et Savonarole dut renoncer provisoirement à son projet. Mais dès qu'il fut assez maître de Florence pour lui imposer la tyrannie des enfants, il revint à cette idée