‹ Jérome SavonaroleChapitre 100 sur 215 · LIVRE II, CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VIL

face à un danger qui n'existait plus, pour ainsi dire, du moment qu'on le voyait. Avec si peu de monde, Pierre n'avait espéré s'emparer de Florence que par surprise et grâce à ses intelligences au dedans. Voyant les portes fermées, il comprit que tout était perdu, et se retira sans tenter plus longtemps la fortune. A quelques années de là, il périt misérablement.

Au sujet de cette aventure , Nardi raconte qu'un des seigneurs, dévoué à Savonarole et nommé Philippe Arrigucci, ne sachant, au milieu des hésitations de ses collègues, quel parti prendre, députa Jérôme Bcnivieni au père, pour avoir son avis. Le moine répondit brièvement au poète : « Modicœ fidei , quare dubitasti? Ne savez-vous pas que Dieu est avec vous? Allez, et dites de ma part aux seigneurs que nous prierons Dieu pour la ville , et qu'ils n'aient point de doutes : Pierre de Médicis viendra jusqu'aux portes et retournera sur ses pas sans avoir fait aucune révolution. »

Ces paroles, que le contemporain Nardi avait ouï rapportée, sont en outre consignées dans la lettre écrite à Clément VII (novembre 1530) par Jérôme Benivieni, qui les avait seul entendues. On peut donc les tenir pour historiques; tnais rien n'autorise à croire que le dominicain les donnât pour une prophétie, car il avait pris l'habitude de parler sur ce ton-là pour les choses les plus ordinaires du monde, et il lui suffisait d'ailleurs, au moment ou l'Arrigucci le fit consulter, de la moindre perspicacité pour comprendre que le coup de main du hèdicis ne faisait plus courir à la république aucun danger.

Cependatil l'époque é(ait venue où la persécution allait s'attacher à Savonarole, pour le conduire rapidement, de chute en chute, au gibet. L'auto-da-le avait produit tant

de scandale qu'il réveilla de vieilles haines, à peine assoupies parles conquêtes plus paisibles de l'année précédente, et qu'il leur donna un trop légitime prétexte de s'exhaler. L'ancien adversaire de Jérôme , Fra Mariano de Ghinazzano, fut le premier qui reprit ouvertement les hostilités. Prêchant un jour devant le pape, il commença son discours par cetle apostrophe : Abscinde àbscinde hoc monstrum ab Ecclesla Dei, Beatissime Pater, L'allusion était transparente ; il la rendit plus claire encore par les développements qu'il donna à sa pensée. A quelques jours de là, Savonarole, informé de ce qui s'était passé à Rome, répondait dédaigneusement par ces simples paroles : « 0 frère ! il y a des gens qui parlent mal de toi à Rome. — Je le sais, il parle ainsi pour se rendre agréable , et non par devoir ; il va toujours audevant des grands et des puissants pour les flatter. »

A Florence, c'était la même chose. Le prédicateur de "San Spirito ayant dit que Fra Girolamo n'était pas prophète et qu'il avait le diable dans le corps, Savonarole répondit le surlendemain que quiconque ne croyait pas à sa doctrine était un fou ou un pervers. Tout le monde entendit bien de qui il voulait parler, quoique, suivant sa coutume, il se défendît d'avoir nommé personne.

Malgré son caractère impétueux, Jérôme savait donc garder sur ses adversaires l'avantage delà modération, et c'est ce qu'ils ne purent lui pardonner. Pour se venger ils eurent recours aux plus ignobles outrages. Ils avaient songé d'abord à placer des pétards dans la chaire, afin d'y faire périr le prédicateur; mais les dangers qu'aurait pu avoir l'explosion pour la partie la plus rapprochée de l'auditoire, les décidèrent à renoncer à ce moyen. Ces complots ayant transpiré, les amis de Savonarole lui con-

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