LIVRE 1, CHAPITRE VI
séparation de Saint-Marc, il prit l'anneau pontifical, sous couleur de plaisanterie, ot signa le bref désiré. Alexandre VI s.' réci ia pour la forme; mais, au fond, ces choses Jui importaient peu, et il laissa le cardinal-archevêque feire ce qu'il voulut '.
Il riait temps : le provincial de Lomhardie venait d'envoyer de nouveaux députés avec des lettres plus pressantes que jamais. Le pape ne put que leur exprimer le regret qu'ils ne fussent pas arrivés avant que le bref lut expédié. Cependant tout n'était pas désespéré pour le provincial : il avait envoyé à Savonarole et à ses principaux adhérents l'ordre de quitter Saint-Marc sur-lechamp, et de se disperser dans d'autres couvents soumis à sa juridiction et qu'il leur désignait. Il avait compté que son ordre arriverait à Florence avant que le bref fui signé, ou au moins avant qu'on en eût reçu l'expédition, et que Pra Girolamo ne pourrait se dispenser d'obéir, ce qui aurait tranché toutes les difficultés. Il est probable cependant que celui-ci aurait trouvé des moyens dilatoires pour retarder son départ jusqu'à ce qu'il connût la conclusion de l'affaire; mais ses biographes attribuent l'échec du provincial à un hasard providentiel : l'ordre du départ, disent-ils, avait été adressé au supérieur du Couvent de Fiesole, pour qu'il le communiquât aux in tétessés. Il se trouva que ce religieux était absent, et que, par la négligence de ses vicaires, il ne reçut le pli (|ni lui était adressé que huit ou dix jours après. Le bref était déjà entre les mains :1e Savonarole. Ainsi échoua cette intrigue.
Des que la décision du souverain pontife fut connue,
l. Dans nue lettre qu'il écrivil plus tard au pape , Savonarole ûier la part qu'eut la ruse dans la conclusion do l'affaire (.Lettre du 16 octobre 1497).
uq grand nombre de couvents demandèrent à entrer dans la nouvelle congrégation de Saint-Marc. Le premier de tous fut celui de Saint-Dominique de Fiesolc. Saint- Dominique de Prato, Sainte-Marie du Rocher, Saint- Romain de Lucqucs, San Spirito de Sienne en suivirent l'exemple. Plusieurs couvents de femmes voulurent aussi obéir à Savonarole, et le prirent pour directeur spirituel. Ce furent, entre autres, ceux de Saint-Nicolas de Lucques, Sainte-Lucie et Sainte-Catherine de Sienne : ces deux derniers fondés un peu plus tard à Florence. Pour se charger ainsi de guider des femmes dans la voie du salut, Savonarole avait d'illustres exemples, notamment le chef de son ordre, saint Dominique, fondant le couvent de Notre-Dame de Prouille au pied des Pyrénées ; et la nécessité de réformer les congrégations des femmes était plus évidente de son temps, qu'au temps du maître celle de les fonder; car au quinzième siècle « les femmes, dit-il, devenaient, dans leurs couvents, pires que des courtisanes. »
Peut-être ces adhésions ne furent-elles pas toutes spontanées. Savonarole fit plusieurs voyages pour dissiper les hésitations et prendre possession. Le succès ne couronna pas toujours ses démarches. S'il fut complet à Lucques, les magistrats de Sienne firent poliment reconduire le célèbre voyageur hors des murs de leur ville ; mais à quelque temps de là, cette insulte fut vengée, et, malgré l'opposition des édiles de la cité, le cou vent de San Spirito se rangea dans la nouvelle congre gation.
Quand l'organisation en fut définitive, Savonarole convoqua une réunion capitulaire des couvents réformés, pour arrêter différents points qui n'étaient pas encore réglés et choisir un chef spirituel. 11 fut nommé pai