‹ Jérome SavonaroleChapitre 36 sur 215 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

respect pour lui-môme, il sut la contenir, et se borna, pour toute réponse, à prier le tentateur d'assister à son lermon du lendemain. Lorsque l'heure fut venue, il monta en chaire, et répéta avec énergie toutes les accusations qu'il avait déjà portées contre la chrétienté et surtout contre Home, el il termina par ces paroles; « Je ne veux d'autre chapeau que celui du martyre, rougi dans mon propre sang. »

Quoique ce sermon ne nous ait pas été conservé, les faits qui précèdent ne sauraient être l'évoqués en doute. Souvent Savonarole répéta la môme phrase, presque dans les mêmes termes, et il eut pour témoin une ville tout entière. D'autres fois il déclare que, s'il avait voulu flatter, il ne serait pas exposé à tant de persécutions. Enfin, dans un de ses écrits, intitulé De veritate prophelica, il affirme positivement qu'il lui a été fait des offres brillantes :

« Si je cherchais les biens temporels, quelles facilités n'aurais- je pas de plaire à certains grands personnages) Puisqu'ils ont essayé de me vaincre par les menaces et les persécutions, vous pensez bien que, poussés par l'araour-propre, ils m'ont également tenté par leurs promesses el leurs présents; car ceux qui poursuivent un but important ne négligent rien pour l'atteindre. »

On ne doit pas s'arrêter, après des témoignages si formels, aux doutes malveillants et peu justifiés de Uastrelli ; le silence de Pic n'a rien non plus qui puisse nous étonner ; l'ouvrage qu'il nous a laissé est moins une vie de Savonarole (prune relation dos miracles qu'on rapporte sur cet homme célèbre. Ou ne saurai! admettre enfin qu'il est impossible qu'Alexandre VI ait lait Elire à son ennemi de si belles offres, sous prétexte ou'il ne craignait personne, pas même les plus grands

princes. L'histoire nous apprend au contraire qu'il les craignait tous, et que, s'il employa souvent le poison, il ne dédaignait pas d'essayer auparavant ce que pourrait la corruption.

Il était important de bien établir la vérité de ces faits, car ils sont de ceux qui font le plus d'honneur à Savonarole. Ce n'est pas pour avoir résisté à une grossière tentation qu'il mérite d'être loué, mais pour avoir pris son parti sur-le-champ, et s'être engagé pour toujours par un refus public. Jl était trop clairvoyant pour ne pas comprendre qu'à partir de ce jour il aurait dans le pape un implacable ennemi, et qu'jl finirait par succomber. Ce ne fut pas un faible mérite de n'avoir pas reculé devant les menaces de l'avenir.

Toutefois, les apparences donnèrent tort quelque temps encore à ces prévisions. Alexandre VI, chez qui le premier mouvement n'était pas toujours mauvais, n'eut pas plus tôt appris l'échec de son délégué, qu'il s'écria que Savonarole était un vrai serviteur de Dieu, et défendit qu'on lui parlât jamais plus contre ce saint homme. Mais le caractère versatile du pontife permit à ceux qui le connaissaient bien de croire que la perte de leur ennemi n'était qu'ajournée, et ils se résignèrent à attendre. Quelques-uns des plus impatients n'y purent tenir ; ils s'adressèrent à Ludovic le More, qu'on disait irrité contre Jérôme, parce que celui-ci lui avait prédit, au temps où il prêchait en Lombardie, qu'il finirait ses jours dans une prison. Mais Sforza avait pour lors autre chose à faire : il écouta avec assez d'indifférence ceux qui voulaient l'animer contre un homme dont il n'avait plus à se plaindre depuis longtemps.

Savonarole eut donc toute liberté pour développer ses idées et poser les bases de sa réforme sociale. Il conti-

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