CHAPITRE I
antique amilié de la France et de Florence. — Politique naturelle des Florentins. — Politique de Pierre de Médicis. — Haine que ce prince inspire. — Ambassade envoyée par Charles VIII aux Florentins. — Savonarole reparaît dans la chaire, 1er novembre 1494. — Ambassade de Pierre à Charles VIII. — Ses concessions. — Indignation généra ". — Expulsion «les Médicis, 9 novembre. — Dépôt fait à Saint- Marc. — Nouvelle ambassade à Charles VIII. — Savonarole en fait partie. — Résultats de l'entrevue. — Savonarole rend compte de sa mission. — Entrée de Charles VIII à Florence, 17 novembre. — Hardiesse de Pierre Capponi. — Nouvelle ambassade de Savonarole — Charles MU quitte Florence, 28 novembre.
(Novembre 1494)
Lorsque Charles VIII, roi de France, envahit l'Italie, les Florentins avaient à examiner quelle conduite ils devaient tenir à son égard. Lue invasion étrangère ne pouvait révolter leur patriotisme : le premier, Ludovic le
More avait appelé les Français ; Alexandre VI avait suivi son exemple , et rien n'était plus commun clans ces temps-là qu'un semblable appel. Moins que toute autre cité d'Italie, Florence avait à redouter les suites de l'expédition. Une vieille amitié la liait à la France , dont les rois avaient toujours protégé dans son sein le parti guelfe, et c'était presque une maxime de droit public de ne rien faire qui pût porter ombrage à ce puissant État. Cosme de Médicis et son petit-fils Laurent avaient eu le plus grand soin de ne pas prendre partie contre le duc d'Anjou dans la guerre qu'il soutint contre Ferdinand dcNaples, et l'historien Nardi voyait une solidarité profonde d'intérêts et de sentiments entre la république toscane et le royaume de Charles VIII. Entin, en témoignage d'une si durable amitié, Louis XI avait accordé aux Médicis, par lettres patentes (mai 1465), le droit de porter dans leurs armes les trois lis de France. La neutralité bienveillante que sa faiblesse imposait à Florence, cette ville la devait donc en outre à sa puissante alliée, en souvenir de ses bons offices.
Malheureusement, elle avait pour lors à sa tête Pierre de Médicis, à qui son père Laurent n'avait laissé que ses richesses et son pouvoir, la plus fragile part de son héritage. Ce jeune prince avait amassé contre lui des trésors de haine, tant par sa vie privée que par sa vie publique. « Il était, dit Nardi, amateur passionné du plaisir et des dames, très-enclin à la colère, mais sans caractère et sans aucune portée d'esprit. » Guicciardin, plus favorable que Nardi aux Médicis, nous montre Pierre haï, dès son jeune âge, pour son orgueil, sa violence et l'affectation qu'il mettait à répudier l'habile et feinte modestie de ses ancêtres. De si graves défauts n'avaient pu échapper même a son père, et le magnifique Laurent avait souvent