LIVRE II, CHAPITRE I
vous. A'ous le savez, quand je vous disais : Exe dixit Dominus, vous ne le croyiez pas. Maintenant vous êtes bien forcés de le croire, puisque vous le voyez. »
Mais toutes les réticences, tous les raisonnements du monde n'empêchaient pas les Florentins de se dire que si Werre 'le Médicis avait eu moins de vanité et plus d'intelligence politique, les prédictions de Savonarole, vraies peut-être pour le reste de l'Italie, ne l'auraient pas été pour Florence. C'est pourquoi ce prince ayant voulu se mettre en état de défense par une première levée d'argent, ne trouva partout que de la répugnance ou peu d'empressement. Par sa maladresse, il poussait ses concitoyens à séparer leur cause de la sienne. Pour parer ;ni\ maux que la folie d'un seul attirait sur une ville entière, il n'y avait qu'à sacrifier le coupable: onsedonnait par là le droit de répudier la solidarité de ses actes. De tels discours, avant-coureurs de la révolte, commençaient à circuler dans Florence. Bientôt même la position parul si désespérée aux amis de Médicis, qu'ils lui conseillèrent de s'éloigner provisoirement en toute hâte, et de ne rentrer chez lui qu'après avoir fait sa paix avec le roi très-chrétien. Pierre partit, mais avec les honneurs de la guerre: il avait employé ce qui lui restait de crédit à se faire nommer membre d'une ambassade qu'il avait proposé d'envoyer à Charles \ III. On crut qu'il allait réparer sa Taule, et on lui laissa prendre, parmi ses collègues, le rang que personne, depuis longtemps, ne disputait plus à la famille des Médicis. Mais à peine fut-il en présence du jeune roi qu'il ne vit d'autre moyen d'apaiser son courroux que de lui laisser voir qu'il venait se mettre à sa merci. Charles lit ses conditions, et l'indigne fils de Laurent les accepta sans discuter; trop heureux, Croyait-il, de détourner Forage à ce prix. Il paraît même
qu'il offrit plus qu'on ne demandait; et il fut convenu qu'outre les forteresses de Pietra-Santa, de Sarzana, de Sarzanclla, qui étaient comme les clefs de la Toscane, l'armée française occuperait Pisc et Livourne, sous condition pourtant de les remettre à la république après la conquête de Naples. Enfin Pierre s'obligea de faire prêter au roi deux cent mille ducats par ses concitoyens.
Tant de lâcbeté porta au comble l'exaspération des Florentins. Outre l'énormité des concessions, on rappelait, comme circonstance aggravante, que le Médicis les avait faites sans en avoir demandé ni reçu l'autorisation de la seigneurie, reproche injuste de la part de ceux qui avaient laissé, depuis tant d'années, l'autorité des prieurs s'effacer devant celle d'une famille ; mais on se plaignait avec plus de raison qu'il eût agi à l'insu des autres ambassadeurs, ses collègues, et comme s'il eût traité de ses propres sujets. Ceux des amis politiques de Pierre qui ne le soutenaient, et c'était le plus grand nombre, que parce qu'il était le pouvoir établi, l'abandonnèrent dès qu'ils le virent sérieusement compromis. Un soulèvement général eut lieu. François Valori, ami jusque-là des Médicis, mais révolté de tant de bassesse, se mit à la tête du mouvement. On le vit à cheval haranguer la multitude, à qui sa haute stature et ses cheveux blancs commandaient le respect ; on l'entendit exhorter le peuple à reconquérir sa liberté. La peine des rebelles fut prononcée contre le jeune prince et ses fauteurs. Tous ceux qui portaient le nom proscrit furent obligés de quitter furtivement la ville. Ils se retirèrent auprès de Jean Bentivoglio, tyran de Bologne *.
1. Au nombre des fugitifs se trouvait le cardinal Jean de Médicis, encore fort jeune, et qui fut plus tard Léon X. 11 avait voulu d'abord chercher un refuge à Saint-Marc; mais soit malentendu, soit que les