‹ Jérome SavonaroleChapitre 55 sur 215 · LIVRE II , CHAPITRE II. ISS · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE II. ISS

Ce système avait, dans la pensée de Savonarole , plus :e valeur qu'un simple expédient. Il était en quelque orte une copie du gouvernement de l'univers. Dieu le ère est roi du monde ; Christ, son fils, le sera de Floence. De môme qu'au eiel il y a des anges qui font le ien et d'autres qui empêchent le mal, il y aura dans lorence les Seigneurs, pour tenir lieu des bons anges ni l'ont le bien, et les Huit de garde, pour tenir lieu de eu\ qui empochent le niai.

Celui qui avait posé le principe ne commit à personne I soin d'en tirer les conséquences. Une des premières u'il déduisit à ses auditeurs habituels fut que la préenec du Christ à la tète de la république rendait saeri- Bge toute discussion, toute critique d'un gouvernement i parfait à l'origine, et par conséquent si supérieur à dus les autres dans ses moindres actes :

« Que faites-vous, seigneurs Huit? s'écriait l'implaable prédicateur. H faut prendre t'épée. Nrayez aucune Qiséricorde. Décrétez que ceux qui parlent mal du go*ernement payeront cinquante ducats, quia est crimen ssœ majfsfafis. Je vous dis que Christ veut régner ici ; fui lait de l'opposition à ce gouvernement se déclare ont/e Christ. Avant la révolution, vous n'osiez pas ourir la bouche, car on vous aurait punis. Vous parliez [uelqudbis à mots couverts. Je vous comprenais bien ; n;iis vous n'osiez vous entretenir ouvertement sur la >olifn|uc. Eh bien! n'y a-t-il pas cent fois plus de raison ujourd nui de réprimer quiconque parle mal du goucnirmonl actuel? Quand vous entendez quelqu'un de les mécontents, donnez-lui sur les oreilles. Dieu ch.li«i a celui qui laisse4 commettre la faute, non moins que «kri qui la commet. »

Cette sorte de légitimité accordée à la rigueur ne fut

point encore la plus grave conséquence du nouveau principe. Jésus-Christ étant parfait et souverainement sage, entend gouverner par lui-même la ville qui l'a pris pour son roi. Il agit donc directement, en dictant leur vote aux membres du grand conseil, par l'effet de son esprit et de sa grâce; et indirectement, en chargeant son ministre de transmettre ses ordres au peuple et aux magistrats. Telle est la part que Savonarole s'est réservée dans le gouvernement : il veut être le conseiller des Florentins !. Un rôle si modeste en apparence était en réalité le premier de tous , du moment que l'on admettait la royauté de Jésus-Christ , la communication directe entre lui et tel ou tel de ses ministres, enfin la préférence dont Jérôme assurait être l'objet. Il explique très-clairement sa pensée dans le passage suivant :

« Le peuple d'Israël se gouvernait alors comme fait aujourd'hui le peuple de Florence : il n'avait ni roi ni prince temporel. Dieu leur envoyait un prophète qu'ils appelaient juge, et qui n'avait aucune autorité, aucun pouvoir sur le peuple, ni pour tuer, ni pour prononcer sur quoi que ce fût. Mais ils lui demandaient conseil, et le juge, après s'être mis en prières, répondait ce que Dieu lui inspirait. Obéissaient-ils à la voix, de Dieu , ils prospéraient; sinon, ils couraient de grands dangers.... Ton gouvernement, Florence, est donc semblable à celui du juge des Israélites.... Mais ce gouvernement des Hébreux, bien qu'il fût populaire, puisque le peuple faisait lui-même ses affaires et que le juge se bornait à con-

1. Il s'excusait sur ce motif dans une lettre qu'il écrivait au pape de n'avoir pu se rendre à Rome : « Florence, disait-il est en danger, et son gouvernement est si faible encore qu'il ne se soutient et ne se perfectionne que par mes conseils. (Lettre du 29 octobre 1497.)

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