RÉSURRECTION DE LA FILLE DE JAIRUS
Jaïrus, le rejoignit sur le boxd du lac; il ne craignit pas de lui demander avec instance, et publiquement, la guérison de sa fille unique. Comme Jésus se dirigeait vers sa demeure, une pauvre femme malade d’une perte
de sang depuis de longues années, saisit sa robe d’une main tremblante ; elle avait une si grande confiance en son pouvoir, qu’elle croyait qu'il lui suffirait de
s'approcher de lui pour être délivrée. Jésus regardant à sa foi plus qu’à son ignorance, qui était très grande encore et mêlée de superstition, permit qu'elle fût guérie par le moyen qu'elle avait choisi, mais en: insistant sur l’acte moral'. Quand il arriva à la maison de Jaïrus, les solennités des funérailles avaient commencé; la cour retentissait de chants funèbres et de lamentations bruyantes, selon l'usage de ces pays du Midi où les sentiments humains se produisent avec une pompe théâtrale : « Pourquoi vous troubler et pleurer? dit Jésus à ceux qui l'entourent. L'enfant n'est pas morte, mais elle dort*. » Malgré les railleries des assistants, qui savent, à n’en pouvoir douter, que la jeune fille a rendu le dernier soupir, il monte avec ses trois plus intimes disciples dans la chambre haute où l'enfant est déposée, déjà parée pour le cercueil; il lui commande de se lever et il la rend à son père qui, lui, n’a pas douté quand le Maître
lui a dit de croire malgré tout. « Il lui a été fait selon
sa f0I. »
1 «Ta foi t'a guérie. » Luc VIII, 48 ® - "4 2? C’est bien à tort qu’on a voulu voir dans: ces: mots” l'indication |
d’une mort apparente. (Schleiermacher, Leben Jesu, p. 238.)
Les apôtres en savent assez sur leur Maître, sur sa doctrine et sur sa puissance, pour qu’il puisse les souméttre à une grande épreuve. Il les envoie comme $es représentants pour annoncer à leurs compatriotes que les temps sont accomplis. Il ne veut pas qu'ils sortent du cercle national où leurs pensées sont encore enfermées. S'il les envoyait auprès des païens, ou même des. Samaritains, il leur donnerait un mandat qui les dépasserait entièrement. Pour le moment, ils doivent apprendre. par leur propre expérience à quoi est appelé un témoin du Christ, et l'idéal leur en est pré-
senté en traits ineffaçables dans les recommandations du Maître. L’apôtre doit partir sans or et sans armes, il est
le champion du monde invisible, le soldat d’une cause qui ne demande rien à la terre pour la conquérir. Et Cependant nul n’est investi d’une plus grande puissance. Quand il entre dans une maison, il y apporte la paix, mais il peut y laisser la condamnation selon que son divin message est reçu ou repoussé. Malheur aux villes sur lesquelles -il a dû secouër la poussière de ses pieds ‘. Tout désarmé qu'il soit, il n’est pas moins en-
voyé au-devant des luttes les plus terribles. C’est un
agneau au milieu des loups. Un tel témoignage aura
pour sceau inévitable la souffrance et souvent la mort.
« Les hommes vous livreront aux tribunaux, ils vous
fouetteront dans les synagogues. Vous comparaîtrez
devant les gouverneurs et devant les rois à cause de
moi pour être mes témoins devant eux et devant les na- 2 Matth. X, 9-15,
. tee :
tions'.» Le serviteur n’est pas plus que le maître; et celui-ci a été appelé Beelzebul. « Vous serez haïs par tous à cause de moi. » Bien plus, il n’est pas nécessaire, pour que les disciples du Christ soient condamnés, qu'ils aient contre eux les tribunaux et les rois; ils trouveront la
haïme assise à leur propre foyer; l'épée de la parole tranche les liens les plus tendres et les plus sacrés; un grand feu vient d'être allumé pour consumer le péché; personne ne l’éteindra. Ce n’est pas la paix, c’est la œuerre que Jésus a apportée au monde?. Pour s’énrôler sous un tel chef, il faut savoir sacrifier ses affections les plus chères. La croix doit être portée jour à jour par le vrai disciple avant qu'elle soit plantée en terre pour être arrosée de son sang ?. Que les témoins du Christ partent néanmoins sans crainte; ils sont ses représentants, ce qu’on leur fera on le fera à lui-même, et il récompensera un verre d’eau qui leur sera donné, comme s’il y avait trempé ses lèvres *. L'Esprit de Dieu repose sur eux; il parlera par leur bouche devant les tribunaux et les grands de la terre; une tendre providence veille sur leur sort; pas un de leurs cheveux ne tombera sans sa permission et quand ils auront confessé Jésus devant le monde, il les reconnaîtra pour siens devant son Père, cet tous les opprobres et toutes les souffrances se terminéront par la que éternelle” . Certes, l’armée ainsi
ARTE 1 Oc rodbara ày pécw AVxUWV. (Matth. X, 16.) "2 Matth. X, 34, Ta, 39!
+ Id., 40-42, id; 88,
Énhigite
- recrutée est digne du divin chef dont on a dit avec raison qu’il est plus fort des coups qu'il reçoit que de ceux qu'il donne. Saint Paul résume à sa manière toute -cette instruction de Jésus aux douze quand il dit : « Les armes de notre guerre ne sont pas celles de la chair. » Le supplice de Jean-Baptiste qui eut lieu à cette époque vint confirmer tout ce que Jésus avait dit sur ce qu’il en coûte pour être un confesseur fidèle de la vérité. S'il à fallu tant souffrir pour préparer la voie au Christ, que doivent attendre ses propres disciples ? |
Ce n'est pas que dans ce premier voyage les apôtres aient enduré beaucoup d'opprobres. Jésus, pour cette: fois, les avait chargés d’une mission appropriée à leur faiblesse ; ils n'avaient à heurter aucun préjugé, puisqu'ils ne s’adressaient qu'aux Juifs de naissance et qu'ils se bornaiïent à leur annoncer d'une manière générale que le Messie était apparu. Cette première mission, tout incomplète qu’elle fût, leur apprenait à proclamer sans crainte ce qu'ils savaient de la vérité. Quand ils seront plus instruits, leur témoignage deviendra plus péril- Jeux. Admirons cette sagesse du Maître qui les forme peu à peu par des moyens divers, calculés d'après leur état moral. Nous ne savons pas combien de temps dura ce premier voyage pendant lequel les apôtres accomplirent quelques miracles?. Ils rencontrèrent partout un accueil empressé, et revinrent pleins de joie et