L'APPARITION DU LAC DE TIBÉRIADE
les amers souvenirs et les pieuses ardeurs, parole vraiment divine qui humiliait et relevait à la fois : « Simon, fils de Jona, lui dit-il, m'aimes-tu plus que ne font ceux-ci? » Trois fois ce glaive sacré qui blesse et sauve en blessant fut plongé dans le cœur du disciple, comme pour mieux lui rappeler son triple reniement et la dette qu’il avait contractée dans la cour du souverain sacrificateur. Trois fois Pierre répondit avec un élan de l'âme qui n’était plus une présomptueuse confiance en lui-même : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Tout brisé par son repentir, il reçut du Maître comme une nouvelle institution de sa charge : « Pais mes brebis ! Pais mes agneaux ! » Nul n’est plus apte à porfèr aux hommes le miséricordieux message que celui qui vient de se relever d’une chute, couvert du pardon de son Dieu. «Suis-moi, » dit Jésus à Pierre, comme il le Jui avait dit sur ces mêmes rives au début de son ministère. Le disciple sait maintenant ce que c’est que de suivre un Maître crucifié; s'il pouvait l'oublier, il serait promptement ramené à la réalité par ces paroles énigmatiques qui, quelques années plus tard, eurent leur sanglante confirmation à Rome : « Quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-même et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, un autre te ceindra ette conduira où tu nevoudras pas. » C'était prédire au bouillant fils de Jona la captivité et la mort. Mais c'était aussi lui dire qu'il avait été jugé digne de souffrir pour Jésus ; nulle réhabilitation n’était plus complète que celle-là. Au disciple ardent et orgueilleux, la défection prochaine est annon-