‹ Jésus Christ et ses apôtresChapitre 16 sur 23 · TIE · texte numérisé non relu

TIE

accablé, il resta constamment au pied de la croix ; il vit expirer Jésus ; il étoit présent lorsqu'on lui ouvrit le côté avec une lance , et qu'on descendit son corps de la croix. Il aida à ceux qui prirent soin de l'ensevelir ; il arrosa de ses larmes et baisa avec une dévotion extraordinaire le corps du Sauveur. On croit que saint Jean resta long-temps dans la Judée, après la résurrection : ce qui ne l'empêcha pas d'aller quelquefois au loin prêcher l'Evangile. Ce fut chez les Parthes qu'il commença ses travaux apostoliques. Il se trouva en 62 à Jérusalem , avec les autres Apôtres , assemblés dans cette ville pour donner un successeur à saint Jacques le Mineur, qui venoit de sacrifier sa vie pour Jésus-Christ. On croit qu'il ne visita les églises de l'Asie mineure qu'après la mort de la sainte Vierge. Il prit un soin particulier de ces églises , et faisoit ordinairement sa résidence à Ephèse , capitale du pays. Jusque dans son extrême vieillesse , il ne cessa de les visiter. Quelquefois il entreprenoit de pénibles voyages pour élever au saint ministère des personnes que

le Saint-Esprit lui avoit désignées. Appollonius nous apprend qu'il ressuscita un raoïl à Ephèse.

Cet Apôtre , qui étoit si doux: et si charitable envers tous les hommes , fut toujours fort dur à lui-même. Saint Epiphane dit qu'il ne portoit qu'une tunique et un manteau de lin ; qu'il ne mangeoit jamais de viande, et menoit le même genre de vie que saint Jacques de Jérusalem. Dans la persécution générale qui s'alluma en 95, saint Jean fut arrêté par l'ordre du proconsul d'Asie ? et envoyé à Rome. On l'y jeta dans une chaudière d'huile bouillante ; mais la vie lui fut miraculeusement conservée. Ce miracle ne toucha point les païens. Domitien bannit saint Jean dans l'île de Patmos , une des Sporades dans l'Archipel. Ce fut là qu'il écrivit son Apocalypse. Après la mort de Domitien , Nerva ayant rappelé tous les bannis , saint Jean revint à. Ephèse , et gouverna cette église jusqu'au règne de Trajan. Ce fut principalement pour réfuter Ebion et Cerinthe , qui nioient la divinité de Jésus -Christ, et qui soutenoient

qu'il n'avoit point existé avant sa naissance temporelle , que saint Jean e'crivit son Evangile.

La charité qui animoit ce saint Apôtre , et le zèle ardent dont il brûloit pour le salut des hommes, lui firent entreprendre de longs voyages , supporter patiemment toutes les difficultés et affronter tous les dangers, pour retirer les âmes de l'erreur et du vice. Nous en avons un bel exemple , qu'Eusèbe et saint Clément d'Alexandrie nous ont laissé. Saint Jean, après son exil, en visitant les églises de l'Asie mineure , remarqua, parmi ses auditeurs, un jeune homme d'une figure intéressante. Il le présenta à l'évêque d'Ephèse et le lui confia. L'évêque logea le jeune homme dans sa maison , l'instruisit , le forma à la pratique des vertus chrétiennes , et lui administra le baptême et la confirmation. Croyant n'avoir plus rien à craindre de sa part , il le surveilla moins, et finit par le laisser maître de ses actions. Mais le jeune homme , entraîné par les séductious de jeunes débauchés , oublia bientôt les leçons et les soins de l'évêque,

et en vint jusqu'à se faire chef de voleurs. Saint Jean, revenant, quelque temps après, à Ephèse , redemanda à l'évêque le dépôt qu'il lui avoit confié. L'évêque, en soupirant, et les larmes aux yeux, lui apprit que ce jeune homme s'étoit établi sur une montagne , où il vivoit avec des hommes aussi méchans que lui. Saint Jean vole aussitôt vers cette montagne , et , sans être arrêté par les sentinelles des voleurs, ni retenu par les dangers qu'il peut courir, arrive jusqu'au jeune homme , qui , pénétré de crainte et de confusion à son aspect , se mit à fuir. L'Apôtre oublie son grand âge et sa foiblesse, et court à lui en criant : ce Mon fils , pourquoi fuyez -vous ainsi « voire père ? C'est un vieillard sa? is ar?nes, dont « vous n'avez rien à craindre. Mon fils y ayez « pitié de moi. Arrêtez , croyez-moi ; je suis en-: « voyé par Jésus- Christ. » A ces mots, le jeune homme s'arrête, jette ses armes tout tremblant, et fond en larmes. Le Saint, de son côté , tomba à ses pieds , lui assura que Dieu lui pardonnèrent ses péchés, et le ramena à l'Eglise. Il ne le quitta qu'après l'avoir ré-

concilié avec elle , par l'absolution et par la participation des sacremens.

Saint Jean mourut en paix à Ephèse , dans sa quatre-vingt-quatorzième année, qui étoit la centième de l'ère chrétienne. Il fut enterré sur une montagne hors de la ville. On bâtit depuis , sur son tombeau , une magnifique église , dont les Turcs ont fait une mosquée.

Page 1