‹ Jésus-ChristChapitre 56 sur 139 · LOT Z 021212 CA · texte numérisé non relu

LOT Z 021212 CA

Le

aites ceci en mémoire de moi. »

a communion comme un prêtre. Le peintre a voulu repré-

qui est donné pour vous. E

« Prenez et mangez; ceci est mon corps

s en leur disant :

ène. Jésus bénit le pain et le distribue à ses disciple

87. — La ( resque de frà Benedetto, frère de frà Angelico, au couvent de Saint-M

tig.

Jarc, à Florence. xve siècle. — Notre-Seigneur donne |

senter la vérité mystique.

épisode de la Passion. Une parole d’allégresse s’échappa du cœur de Jésus,

comme pour saluer ce seuil de la mort : « C’est maintenant, dit-il, que le

« Fils de l'Homme est glorifié, et que Dieu est glorifié par lui ! » Il com-

mença aussitôt le discours après la Cène, formé de la substance de ses

enseignements, et qu’il semble nous avoir laissé pour que le monde entier

le pôût voir tel qu’il apparut sur le Thabor, resplendissant de lumière divine, et en même temps plein de bénignité.

Il renouvela aux Apôtres la promesse de ses récompenses, il les appela « ses petits enfants », glorification éternelle de leur candeur. Leur recommandant de s'aimer comme il les avait aimés, et pour leur montrer combien la force de cet amour évangélique devait dépasser tout ce que l’on avait entendu jusqu'alors, il leur dit que c'était « un commandement nouveau » ; les prévenant qu'il allait les quitter, il les assura qu'il ne les laisserait pas orphelins. Il dit à Pierre spécialement qu'il avait prié pour lui afin que sa foi pût résister à tous les efforts de Satan, et il lui donna cette parole qui est la constitution de l’Église : « Quand tu seras converti, confirme tes frères. » Cependant il leur dit que cette nuit même tous l’abandonneraient; et, comme Pierre protestait de sa fidélité invincible, Jésus ajouta pour lui que cette nuit encore, avant que le coq eût chanté deux fois, il le renierait jusqu’à trois reprises. Néanmoins, un moment auparavant, il lui avait dit qu'il le suivrait jusqu’à la mort.

Pour éviter qu'ils ne fussent accablés de leur propre faiblesse, il les munit d’une force nouvelle contre le scandale prochain de ses souffrances et de son supplice, par une plus claire affirmation de sa divinité. Il les investit de la puissance des miracles : « Les œuvres que je fais, celui qui croit en moi les « fera lui-même aussi, et il en fera même de plus grandes ; car je m'en vais « à mon Père, et tout ce que vous lui demanderez en mon nom, je le ferai, « afin que le Père soit glorifié dans le Fils. »

Comme si toutes ces assurances ne lui suffisaient pas, et qu’il eût besoin de s’affermir enfin lui-même contre la douleur qu’ils éprouveraient de ne plus le voir, quoiqu'il ne dût pas en réalité s'éloigner d’eux, il leur promit jusqu’à six fois un consolateur : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements, « et moi je prierai mon Père, et 1l vous donnera un consolateur qui demeure

« avec vous à toujours, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir

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« parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point. Mais vous, vous le con- « naîtrez, et il demeurera en vous et il sera en vous... et ce consolateur, « l'Esprit saint, que le Père vous enverra en mon nom, vous ernseignera « toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit.» Sa bonté revient sans cesse sur ces assurances ; il ne peut, si l’on ose parler ainsi, s’assouvir de leur dire combien il les aime, et de les fortifier pour l'épreuve qui les attend.

Il ne veut pas qu'ils doutent, il ne-veut pas que nous doutions, nous qui viendrons plus tard et qui verrons sa Pässion se renouveler sous nos yeux en même temps que ses miracles : « Je vous laisse ma paix, je vous donne « ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre « cœur ne se trouble point, qu'il ne s’effraye pas. Vous avez entendu; je « m'en vais, mais je reviendrai. Je vous dis ces choses maintenant, avant

« qu’elles s’accomplissent, afin qu'après leur accomplissement vous ayez foi

«en moi. » Il ajouta : « Je ne vous parlerai plus guère, car voici le prince « de ce monde qui vient. Il n’a aucun pouvoir sur moi. Mais, afin que le « monde sache que j'aime mon Père et que j’exécute les ordres que mon Père « n'a donnés, levez-vous, partons d'ici. » Ces paroles marquent sa pleine et tranquille volonté d'accomplir le sacrifice « en se rendant obéissant jusqu’à la mort». [Il marcha donc vers la montagne des Oliviers, où Judas n’ignorait pas qu’il devait passer la nuit. Chemin faisant, il continua son discours.

Suivant sa coutume de tirer des objets familiers les images qui devaient graver et éclairer ses enseignements dans toutes les intelligences, il se servit de la vigne pour faire comprendre aux Disciples le mystère de l’union et de incorporation de tous les fidèles à l’'Homme-Dieu, et prophétiser en même. temps les destinées de l’hérésie.

« Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Toute branche qui « sera en moi sans porter de fruit, il la retranchera, et toutes celles qui « portent du fruit, il les émondera, afin que leur fruit devienne plus «abondant. Demeurez en Moi, et Moi en vous. Comme la branche ne peut « porter de fruit si elle ne demeure unie au cep, ainsi en ést-il de vous si « vous ne demeurez en moi. Je suis le cep de la vigne, et vous êtes les

‘ branches. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là seul

« porte beaucoup de fruit; car, sans moi, vous ne pouvez faire rien. Si

BPEUCHARISTIE. 273

« quelqu'un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment.

« Il deviendra sec; on le jettera au feu et il brülera. Si vous demeurez en « moi et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce qu'il

« vous plaira et vous l’obtiendrez. C'est la gloire de mon Père que vous

« fassiez beaucoup de fruit et que vous deveniez mes Disciples (fig. 00). » Le vrai fruit de la vigne mystique, c’est l'amour. Il les exhorta de nouveau à cet amour qu'il leur avait tant recommandé. L'amour de Dieu est le fondement de l'amour du prochain; l’un et l’autre, comme il l'avait dit dans le Temple, sont toute la loi. Tout précepte aboutit à la charité, tout précepte prend sa base dans la charité. Ainsi qu’une même racine produit plusieurs

branches, ainsi de l’unique charité jaillissent les abondantes vertus, et le

Fig. 89. — Coupe en verre, couleur d'émeraude, qui a servi à Notre-Seigneur, suivant une croyance ancienne, pour la dernière Cène. Église de Saint-Laurent, à Gênes.

rameau d’une bonne œuvre ne reste vivant qu’autant qu’il persiste sur la racine de la charité.

S'il fallait trouver en tout l'Évangile de Jésus quelque passage où l'Évangile et Jésus fussent plus concentrés et plus visibles, où l’on püût connaître davantage et la Doctrine dans sa majesté, et le Dieu dans sa charité, et l'Homme dans sa divinité, et l'indivisibilité sublime de la Doctrine, de l'Homme et du Dieu, il semble que l’on devrait s'arrêter aux paroles qui suivent : :

« Comme mon Père m'a aimé, c'est de ce même amour que je vous aime. « Demeurez dans mon amour. Vous demeurerez dans mon amour si vous « gardez mes commandements. Mon commandement est que vous vous « aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Le plus grand amour «est l'amour de celui qui donne sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis

« si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous donnerai plus le nom

« de serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; « mais je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout « ce que j'ai entendu de mon Père. Ce n’est pas vous qui m'avez choisi,

« c'est moi qui vous ai choisis et destinés pour que vous rapportiez du fruit

et que votre fruit demeure. Je vous fais ce commandement, que vous

vous aimiez les uns les autres. »

ma

« Vous êtes mes amis. Je vous ai appelés mes amis. » Le Christianisme donne aux mots anciens une racine nouvelle et un sens qui n’est qu’à lui. Saint Grégoire, sur ce passage, définit le mot ami, amicus, en le faisant dériver d’animi-custos, gardien de l’âme. C’est là toute l’amitié chrétienne, et il n’y a plus d'autre sentiment qui mérite ce grand et saint nom d'amitié. Jésus est notre ami parce qu’il garde nos âmes; et nous ne l’'aimons, nous n’aimons les autres, nous ne nous aimons nous-mêmes qu’en gardant ses commandements pour parfaire avec lui l'œuvre de son amitié.

Ayant ainsi rempli par avance les siens de cette force de l'amour et de la concorde, qui éclatera en eux si merveilleusement par leur amour en lui, il les avertit des combats qu’ils devront livrer : « Si le monde vous hait, « sachez que j'en ai été haï avant vous. Si vous eussiez été du monde, le « monde aimerait ce qui serait à lui; mais, parce que vous n'êtes point du « monde et que je vous ai choisis et séparés, le monde vous hait. Souvenez- « vous donc de la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus « grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront « aussi; ils vous chasseront des Synagogues, et l'heure même approche où

quiconque vous tuera croira faire une chose agréable à Dieu. Etils vous « feront ainsi à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent ni mon « Père ni moi. Qui me hait, haïit aussi mon Père.

« Si je n'étais point venu et que je ne leur eusse point parlé, ils seraient « exempts de péché; mais maintenant leur péché est sans excuse. Si je « n'avais pas fait parmi eux des choses que nul autre n’a faites, ils seraient « exempts de péché; mais maintenant ils les ont vues, et ils me haïssent,

« moi et mon Père. C’est afin que s’accomplisse cette parole qui est dans

leur Loi : Ils m'ont haï sans sujet. »

Il les avertit de se souvenir de ces choses, qu’il ne leur avait point dites

dès le commencement, parce qu'alors il était encore avec eux. Et comme il

ÉEUCHARISTIE: 27

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les voyait silencieux et pleins de tristesse, il ajouta tendrement : « Il vous est

« bon que. je m'en aille, car, si je ne m'en vais point, le Consolateur ne

270 JÉSUS-CHRISTAVIVANT:

« viendra point à vous; et je m'en vais, et Je vous l'enverrai. Et quand il « sera venu, il convaincra le monde sur le péché, sur la justice et sur le « jugement ‘. » Mais là se présentaient des mystères dont la connaissance, actuellement superflue, devait être simplement désirée. Jésus donc, ajournant ce que les Apôtres ne pouvaient encore porter, leur dit qu’il achèverait de les instruire par le Saint-Esprit : « Quandil viendra, cet Esprit de vérité, «il vous enseignera toute vérité; car il ne parlera pas de son chef, mais il « dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous fera connaître Pavenir (promesse « du don de prophétie). C’est lui qui me glorifiera, parce qu’il recevra de ce « qui est à moi, etil vous l’annoncera. Tout ce qui est à mon Père m'ap- « partient ; c'est pourquoi je vous ai dit qu’il recevra de ce qui est à moi et «qu’il vous l’annoncera. » C'est le haut mystère de la procession des personnes divines dans la très-sainte Trinité. Si l’on médite ces paroles et le lieu et l'instant où elles ont été prononcées, l’évidence de la divinité terrassera l'esprit et le cœur.

Jésus leur dit encore : « Dans peu de temps vous ne me verrez plus, et « peu de temps après vous me reverrez, parce que je vais à mon Père. » C'était l'annonce de sa sépulture, de sa résurrection, de ses apparitions et de son ascension au ciel, où bientôt il recevrait leurs âmes victorieuses pour les garder près de lui éternellement. Mais cette pensée leur était trop enveloppée, et ils se demandaient entre eux : «Que dit-il, un peu de temps? »

Jésus reprit : « En vérité, vous pleurerez et le monde se réjouira ; mais votre

« tristesse sera changée en joie. La femme qui enfante est dans la douleur; « mais, quand elle a mis au jour un fils, elle ne se souvient plus de tous ses « maux, et sa joie est grande parce qu'un homme est né. Vous de même, « vous êtes dans la tristesse, mais je vous reverrai et votre cœur sera plein « de joie, et personne ne vous Ôtera la joie de votre cœur, et vous ne me « demanderez plus rien... Voici le temps que je ne vous parlerai plus en « paraboles, mais je vous annoncerai clairement ce qui regarde mon Père.

« Vous demanderez alors en mon nom; et je ne vous dis point que je

1 C'est-à-dire (si l'on ose interpréter des paroles si mystérieuses) : « Par le Saint-Esprit, le monde sera convaincu qu'il est pécheur, que je suis juste, ou plutôt que je suis la justice même, et qu'au jour du dernier jugement, moi, qui dois être son juge, je présenterai au monde le contraste si accablant pour lui de ses crimes avec mon innocence , et de ma justice avec son iniquité ; et ainsi le monde saura enfin ce qu'il est, ce que je suis, et à quoi il doit s'attendre. » (Le P. de Licny.)

LBUCHARISTIE: 277

«prierai mon Père en votre faveur, car mon Père vous aime parce que « vous m'avez aimé et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Je suis « sorti du Père et je suis venu dans le monde; je quitte à présent le monde « et je m'en vais à mon Père. »

Les Disciples lui dirent : Nous voyons bien à présent que vous savez toutes choses, et il n’est pas besoin que personne vous interroge. Cest ce qui nous fait croire que vous êtes sorti de Dieu. — « En ce moment vous « croyez, reprit Jésus; mais voilà que le temps vient, et c'est maintenant « que vous allez être dispersés et me laisser seul; cependant je ne suis pas « seul, car mon Père est avec moi. Je vous ai dit ces choses afin que vous «ayez la paix en moi. Vous aurez bien à souffrir dans le monde; mais « prenez confiance, j'ai vaincu le monde. »

Tel fut cet entretien suprême, où tout est de l’homme et tout est de Dieu; où le Dieu encourage ses fidèles à supporter patiemment la haine du monde, en leur disant : Sachez qu’il m'a haï avant de vous haïr ; où l’homme dit : JE suis LA vie... Prenez confiance, J'AI VAINCU LE MONDE.

C’est ici la dernière parole de Jésus-Christ aux hommes ; désormais il ne les enseignera plus que par son silence dans le travail de la douleur. Mais auparavant, il prie. Il prie d’abord pour lui, ensuite plus longuement et plus affectueusement pour ceux qu’il aime. Jamais les oreilles humaines n'avaient entendu et jamais elles n’entendront de pareils accents.

Jésus donc, levant les yeux au ciel, dit :

« Mon Père, l'heure est venue; glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie, ét qu'ayant par vous tous les hommes en sa puissance il donne la vie éternelle à tout ce que vous lui avez donné. Or, la vie éternelle consiste à vous connaître, vous seul Dieu véritable, et Jésus-Christ que vous avez envoyé. Je vous ai glorifié sur la terre, j'ai accompli l’œuvre dont vous m'avez chargé; et vous maintenant, mon Père, glorifiez-moi de la gloire que j'ai eue en vous avant que le monde fût.

« J'ai fait connaître votre nom aux hommes que vous m’aviez donnés du milieu du monde. Ils étaient à vous et vous me les avez donnés, et ils ont gardé votre parole. Ils ont reconnu que je suis sorti de vous, et ils ont cru que vous m’avez envoyé. Je prie pour eux. Je ne prie point pour le monde,

je prie pour ceux que vous m'avez donnés parce qu'ils sont à vous. Tout ce

qui m’appartient est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi; et je suis glorifié en eux.

« Je ne suis plus dans le monde; mais eux, ils sont dans le monde, et moi je retourne à vous. Père saint, conservez dans la vertu de votre Nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme Nous.

« Tandis que j'étais avec eux, je les conservais dans votre Nom. Jai gardé ceux que vous m'avez donnés et aucun n'a péri, hors le fils de perdition (J udas), afin que l'Écriture soit accomplie. Voici maintenant que je viens à vous, et que je dis ceci pendant que je suis dans le monde pour qu'ils aient en eux la plénitude de ma joie.

« Je leur ai transmis votre parole, et le monde les a eus en haine, parce qu’ils ne sont point du monde, comme moi aussi je n’en suis point. Je ne vous prie point de les ôter du monde, mais de les préserver du mal.

« Sanctifiez-les dans la vérité. Votre parole est vérité. Comme vous m'avez envoyé dans le monde, moi aussi je les envoie dans le monde.

« Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour ceux qui doivent croire en moi par leur parole, afin que tous ils soient un. Comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous, qu'ils soient de même un en nous, et que le monde croie que vous m'avez envoyé. Et je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée, afin qu’ils soient un, comme nous sommes un.

« Je suis en eux et vous en moi, afin qu’ils soient consommés dans l'unité, et que le monde connaisse que vous m'avez envoyé, et que vous les aimez comme vous m'avez aimé.

« Mon Père, ceux que vous m'avez donnés, je veux que là où je suis ils y soient aussi avec moi, et qu’ils voient ma gloire que j'ai recue de vous, parce que vous m'avez aimé avant la création du monde.

« Père juste, le monde ne vous a point connu ; mais moi je vous ai connu, et ceux-ci ont connu que vous m'avez envoyé. Je leur ai fait connaître votre Nom, et je Le leur ferai connaître, afin que l’amour dont vous m'avez aimé

soit en eux, et que je sois moi-même en eux. »

Les Juifs. — Pilate. — Le Calvaire. — Le Signe de la Croix. — La Sépulture.

ÉYESSIUNESS:

A montagne des Oliviers était, ainsi qu’on l’a vu, le lieu même de Jésus-Christ, sa demeure en ce monde. Il y vint, pour redescendre de là vers Jérusalem et vers la mort. Il s'arrêta au lieu nommé Gethsémani, c’est-à-dire la

vallée fertile, dans un jardin où il avait

souvent rassemblé ses Disciples. Tous les Apôtres étaient présents, moins Judas, ex-

communié par lui-même. Jésus en prit trois

avec lui, Pierre, Jacques et Jean, les téat 0e moins du: L'habor; et-après avoir recommandé aux autres de veiller et de prier, afin de ne point entrer en tentation, il s’éloigna. ps

Aussitôt il commença de s’abandonner à la souffrance intérieure. Il laissa pénétrer dans son âme la crainte, l’angoisse et le dégoût, et il dit à ceux qui l’accompagnaient : « Mon âme est triste jusqu’à la mort. » Leur ayant demandé d'attendre et de veiller aveclui, il s’écarta jusqu’à la distance

d’un jet de pierre. Il se mit à genoux. C'était la première fois qu’on le voyait

dans cette posture. « Mon Père, dit-il, s’il vous plaît, détournez de moi le « calice. Toutefois faites, non ma volonté, mais la vôtre ! » |

La face contre terre, il priait plus longuement. Il avait pris la nature humaine, il en subissait les défaillances. En donnant l'exemple de prier et de se soumettre, il accueillait la mort avec l'effroi qu’elle inspire à toute chair. Une sueur de sang coulait de son corps. Il souffrit ainsi cette horreur de l’agonie qu’il a souvent Ôtée à ses saints et à ses martyrs.

Dans cette sorte d’éclipse de la-divinité, qui laissait ployer la nature humaine, un Ange vint à lui du ciel et le fortifia. On pense que le messager céleste lui rendit la vigueur corporelle et le conforta par la considération du prix de ses travaux. Il se releva et vint aux trois Apôtres, mais il les trouva endormis dans l’accablement de leur tristesse. Il dit à Pierre : « Simon, tu « dors ? Tu n'as pu veiller une heure avec moi ! Veillez et priez, afin que « vous n’entriez point en tentation. » Entrer, c'est s’abandonner au torrent, et il emporte; la résistance de la prière le force à rebrousser. Jésus se retira de nouveau et pria, puis revint vers les Apôtres et les retrouva tout appesantis, ne sachant que lui répondre.

Une troisième fois il se retira et pria, disant encore : « Mon Père, si ce «calice ne peut être éloigné et si je dois le boire, que votre volonté soit « faite. » Sa pitié pour les Juifs paraît dans la manière dont il parle de ce calice, rempli et présenté par eux avec un endurcissement qui va leur devenir si funeste. Dans ces paroles : Qu'il s'éloigne, on voit une marque de sa tendresse pour ses futurs martyrs, afin que quand le calice leur sera présenté, ils le puissent boire comme il le boira tout à l'heure lui-même, sans refus de son amertume, sans défaillance d'espoir. Les Pères trouvent aussi un rapport entre les trois reprises de cette prière suprême et les trois morts ressuscités par Jésus-Christ, le premier dans sa maison, le deuxième allant au tombeau, le troisième dans le tombeau, figure de trois états différents du pécheur. Puisque le calice était le rachat de tous les morts, il était l’expiation de tous les péchés. En outre, cette triple prière enseigne qu’il faut prier pour obtenir la rémission des péchés passés, présents et futurs.

Dans l'harmonie de la Rédemption, le jardin de Gethsémani, la vallée fertile, correspond à l’'Éden ; et le calice accepté par l'obéissance de Jésus

correspond au fruit cueilli par la désobéissance d'Adam. Adam avait cru

s'emparer de la vie et de la science ; chassé de l’Éden, il ne trouva que les

ténèbres de plus en plus épaisses et la mort de plus en plus multipliée. Jésus

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