‹ Jésus-ChristChapitre 66 sur 139 · Ÿ KP · texte numérisé non relu

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N ignore l'instant précis de la Résurrection. Elle eut lieu dès la pointe du troisième jour, entre la première aurore et le lever du soleil. De sa propre puissance, sans le secours ni l'intervention d’aucune autre force, sans briser ni déplacer la pierre, mais la pénétrant par la subtilité de son corps glorieux, Jésus sortit du tombeau comme il était sorti du sein in-

S me le. “és tact de la Vierge Marie.

D Initiale d’un Antiphonaire ms. italien A Pose Ant, Les gardes ne s’apercurent de rien; ils

+ ne virent point l'Homme-Dieu; ils ne méritaient pas cette grâce ; ils eurent un autre spectacle. La terre trembla; l’Ange du Seigneur descendit du ciel, renversa l'énorme pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect d'un éclair et son vêtement ressemblait à la neige. Les gardes épouvantés devinrent comme morts. Mais quand l'Ange ouvrit ainsi le sépulcre, déjà le Christ en était sorti. Là seulement restaient le linceul et le suaire, témoins

qu’il y avait passé.

Pendant ce temps, Marie-Magdelaine, Marie, mère de Jacques, et Marie Salomé, mère de Jean, se rendaient au sépulcre, portant les aromates qu’elles avaient préparés. Elles étaient parties de grand matin ; mais Marie- Magdelaine avait précédé les deux autres.

Magdelaine, arrivée avant qu’il fit grand jour, vit le sépulcre ouvert. Les gardes avaient fui. Elle ne s'arrêta point et revint en hâte avertir Pierre et Jean. Elle leur dit : — Ils ont enlevé le Seigneur ! Les deux Apôtres coururent. Jean arriva le premier, regarda, vit les linges par terre, mais n’entra point. Pierre entra, vit aussi le linceul, et dans un endroit à part, plié, le suaire. Alors Jean commenca de croire à la résurrection, mais à une imparfaite, sur ce qu'il voyait, non sur ce que Jésus leur avait dit. Ni lui ni Pierre ne comprenaient encore ce qui est dans les Écritures et ce qu’ils avaient entendu, qu'il fallait que Jésus-Christ ressuscitât d’entre les morts. Ils s’en retournèrent donc, Pierre grandement étonné en lui-même de tout ceci. |

Marie-Magdelaine, revenue avec eux au tombeau, n’avait pu se résoudre à le quitter. Elle y restait seule et elle pleurait. Au milieu de ses larmes, s'étant penchée pour regarder dans le sépulcre, elle vit deux Anges assis où avait été posé le corps du Seigneur, l’un à la tête, l’autre aux pieds. L'un d'eux lui dit: — Femme, pourquoi pleures-tu ? Toute à sa douleur, ne regardant même pas les Anges, elle s’écria : — Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où ils l'ont mis! Ses yeux cherchaient dans le jardin, comme si elle espérait le découvrir.

En ce moment, un homme lui apparut debout, qu’elle ne reconnut point, et qui lui dit aussi : — Femme, qu'’as-tu à pleurer ? Que cherches-tu ? Elle crut que cet homme était le jardinier ; et toujours dans la même préoccupation reportant ses yeux sur le sépulcre, elle répondit : — Si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis, et je l’emporterai.

Quel mot ! s’écrie un commentateur, quelle vaillance de l'amour! Moi, | femme, moi toute seule, je serai assez forte ; je le prendrai dans mes bras et je l'emporterai.

Jésus (car c'était lui, qu'elle ne reconnaissait pas) lui dit : « Marie! » Alors elle le reconnut. Elle se retourna et s’écria : Mon Maître! En même temps, elle se jeta à ses pieds et les tint embrassés.

Jésus lui dit de ne point s'attacher ainsi à ses pieds, comme si elle ne devait plus le revoir; qu’il n’était point encore remonté vers son Père; c'est-à-dire qu'il demeurerait plusieurs jours encore avec les siens. Il ajouta : « Va trouver mes frères, et porte-leur ces paroles : Je monte vers « mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Par quel mes-

sage plus tendre pouvait-il les rassurer contre la crainte que leur abandon

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Fig. 108. — Les Saintes Femmes au tombeau, fresque de la chapelle Saint-Barthélemy, à la cathédrale d'Albi. xvre siècle. D'après la copie de M. Perlet. — Les trois Maries apportent les parfums qui doivent servir à embaumer le corps du Seigneur. L'ange debout sur le tombeau leur dit : « Il a ressuscité; il n'est plus ici. » Sur le tombeau est inscrite cette légende : « Tombeau du Rédempteur du genre humain. »

n’eût diminué son affection pour eux ? Saint Paul fait entendre que sa bonté s’appliquait à prévenir une autre faiblesse, voulant surtout leur montrer que, loin de les méconnaître dans sa gloire, il les regardait comme lui étant encore plus proches et plus chers.

Saint Marc ajoute à sa relation : « Ainsi, Jésus étant ressuscité le matin, il apparut premièrement à Marie-Magdelaine, qu’il avait délivrée de sept démons. » Et ainsi, dit saint Jérôme, il a montré que les pécheresses et les

Publicains précéderaient la Synagogue dans le royaume de Dieu, comme le

Larron pénitent y précéda les Apôtres. Or, les sept démons, c’est-à-dire tous les vices, sont ici rappelés, remarque Bède, pour que nul pécheur ayant fait pénitence ne désespère du pardon, car l’on voit surabonder la grâce là où le péché avait abondé.

Pendant que Marie-Magdelaine retournait vers les Apôtres, Marie, mère de Jacques le Mineur, et Marie Salomé, mère de Jean, arrivaient ou revenaient au sépulcre, accompagnées de Jeanne, femme de Chusa, et d’autres saintes femmes qui avaient servi Jésus. Il faisait grand jour, le soleil était levé. Elles demeuraient à leur tour consternées de trouver le tombeau vide. Soudain deux hommes vêtus de robes brillantes apparurent, et dans leur frayeur elles se tenaient le visage baissé vers la terre. Mais l’un des Anges leur dit : — N'ayez point peur. Vous cherchez Jésus de Nazareth qui a été crucifié. Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Ressouvenez-vous de ce qu’il vous a dit étant encore dans la Galilée : qu’il fallait que le Fils de l'Homme fût livré entre les mains des pécheurs, qu'il fût crucifié et qu’il ressuscitât le troisième jour. Voyez l'endroit où l’on avait mis le Seigneur. Allez promptement dire à ses Disciples et à Pierre qu'il est ressuscité. |

Pierre est l’objet d’une mention spéciale à cause de la dignité qui le met à part, et pour que ni lui ni aucun autre ne puisse douter que son triple reniement lui est pardonné.

Les saintes femmes se ressouvinrent des paroles du Seigneur que l’Ange leur rappelait. Saisies de crainte et transportées de joie, elles se retirèrent pour aller porter aux Apôtres cette grande nouvelle.

Elles marchaient en hâte, ne disant rien à personne sur la route, lorsque tout à coup Jésus se montra. Il les salua de la même parole que l’Ange Gabriel avait adressée à la sainte Vierge, le jour de l’Annonciation : Avete. Elles s’approchèrent, et, lui embrassant les pieds, elles l’adorèrent. Jésus leur dit : « Ne craignez point. Allez, dites à mes frères qu’ils se rendent en « Galilée; ils me verront là. »

Jeanne, Marie et les autres s’empressèrent donc de-rapporter aux Apôtres ce qu’elles avaient vu et entendu. C'était la confirmation de ce qu'ils venaient d'apprendre par Marie-Magdelaine; mais ils prirent ce qu’elles disaient pour un délire.

Les Princes des Prêtres crurent plus aisément. Après le rapport des

gardes, ils tinrent conseil avec les Anciens. En hommes prudents, ils com-

Fig. 109. — Marie-Madeleine reconnaît Jésus. Fresque de.Giotto, à l’église de l'Arena, à Padoue. Quatorzième siècle.

prirent tout de suite que le parti le plus sûr était d'éviter le grand bruit et les enquêtes officielles. Ils n’inquiétèrent point les Disciples, encore moins

les soldats. Tout au contraire, ils donnèrent à ceux-ci une grosse somme

d'argent, leur recommandant de dire que les Disciples avaient enlevé le corps nuitamment, pendant qu’ils dormaient, et leur promettant de faire en sorte que le Gouverneur ne les recherchât point pour cette cause. Les soldats acceptèrent l'argent et répétèrent la fable. On peut croire qu'elle parut grossière, même à ceux des Juifs de Jérusalem qui ne se convertirent pas; mais il était difficile de trouver mieux, et il fallait à tout prix qu'il n'y eût point d'enquête. L'impudence et la crédulité de l'esprit de parti firent le reste. Accueillie dans toutes les Synagogues, cette explication puérile du miracle de la Résurrection est encore aujourd’hui en crédit parmi les Juifs.

Quant à l’incrédulité obstinée des Apôtres, elle a certainement quelque chose de mystérieux et qui dépasse la limite de la raison. La cause en était moins dans leur infirmité, dit saint Grégoire, que dans nos besoins. De leurs doutes sur la Résurrection, qui ont exigé tant de preuves, jaillissent les clartés qui affermissent notre foi. Ces hommes, sur la parole desquels l'univers entier devait croire, furent d’abord les plus difficiles à persuader. Jésus ressuscité ne vainquit leur résistance qu’en se mettant sous leurs yeux et pour ainsi dire dans leurs mains. Pierre le premier, après les saintes femmes, recut cette faveur le jour même de la Résurrection. Elle prouve combien le repentir de l’Apôtre avait été sincère ; le pardon fut à la mesure de Dieu.

Voilà ce « miracle de Jonas » si sévèrement annoncé aux Juifs. La Résurrection est le dernier trait de ces figures par lesquelles non-seulement les paroles, mais la vie même des Patriarches et des Prophètes, forment dans leur ensemble une image et une histoire anticipées du Christ. Jonas, envoyé pour convertir Ninive et vivant dans la mort, est le type du passage de Jésus à travers le tombeau. Il y a les différences qui doivent exister de l’homme à Dieu. Jonas refuse d’abord sa mission, de peur que le salut de Ninive convertie ne soit la perte d'Israël, et Jésus veut le salut d'Israël et du monde. Mais Jonas, éclairé de Dieu, demande lui-même à être jeté dans la mer pour sauver le navire qui le porte, et Jésus s’est livré lui-même. Le navire de Jonas est sauvé par son sacrifice, l'humanité est sauvée par la croix. Jonas, englouti vivant dans les entrailles du monstre marin, ne meurt pas, mais après trois jours il est revomi vivant : par un plus extraordinaire

miracle, Jésus sort vivant des entrailles de la terre, où il est descendu mort.

Rejeté parmi les hommes, Jonas va prêcher, non les Juifs, mais Ninive:;

Jésus enverra ses Apôtres prêcher la pénitence et le pardon dans le monde entier.

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