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LES SAINTS. — LE CHEF DE L'ÉGLISE

L'Église catholique n’est autre chose que Jésus-Christ, continué par l’action permanente du Saint-Esprit; son histoire est celle des Saints, c’est-à-dire des hommes qui, suivant l'expression de saint Paul, veulent vivre en Jésus-Christ, et en qui Jésus-Christ est vivant. L'Église est la société des saints. Depuis qu’elle est née du sang de l’'Homme-Dieu et vivifiée de son esprit, elle seule existe véritablement sur la terre; ses membres sont les seuls réellement vivants, puisque seuls ils commencent la vie éternelle. Tout se fait pour elle ou contre elle avec une énergie aussi durable que le sera son existence en ce monde. Elle est le bien; le mal ne vit que pour la combattre. Il la combat par une parodie incessante.

Tout ce que fait l’Église, le mal le déclare mauvais, absurde, funeste; et

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en Pinsultant il cherche à limiter. Il a ses dogmes à lui, sa discipline, son culte, qui sont la négation obstinée et la contrefaçon servile des dogmes, de la discipline, du culte catholique. Articles de foi, sacrifices, menues dévotions, pénitences, rien n’y manque; mais surtout il a ses Saints. C’est le point où les religions humaines et particulières se rendent avec plus d’assiduité plagiaires de la religion divine et universelle. La raison en est simple, quoique inconnue généralement de ceux qui la mettent en pratique, puisque le but infernal de ces religions est de supprimer Dieu au profit de l’homme, et de faire de l’homme un dieu sans Dieu. Elles aussi obéissent à un esprit.

Les sectaires, les indifférents, les incrédules, ont donc leurs Saints qu’ils appellent des grands hommes, et qu’ils exposent à la vénération publique dans les rues et dans les carrefours. A ce panthéisme ils ont consacré des panthéons. On honore ainsi des mérites purement humains. Quelquefois on a vu décerner la statue à des Saints véritables, qui n'avaient pas encore été grands hommes et qui le deviennent tout à coup, par décret civil, à cause de leurs talents ou de leur grande notoriété. Il n’est pas question de la vertu. Si la vertu devait être comptée, il faudrait demander à l’Église des noms qu’elle a déjà revêtus d’un éclat plus illustre. |

L'Église demande d’autres titres ; elle ne vénère pas un don de l'esprit, une trouvaille dans les sciences, un succès dans les arts, les affaires ou la guerre; mais, par le fait, en se préoccupant uniquement de glorifier Dieu, c’est elle qui glorifie vraiment l'humanité, puisque, sans tenir compte du hasard des talents et de la fortune des œuvres, elle couronne la force et la beauté de l’ime. Et comme la cause de ses récompenses est plus légitime, l'éclat en est incomparablement plus étendu. Les noms de ses Saints franchissent toutes les frontières de l’espace et du temps; leur popularité n’a point d’égale. Pour le peuple, c’est-à-dire pour la presque-totalité des hommes, deux ou trois noms au plus surnagent de toute l'antiquité. On y parle d'Alexandre et de César, symboles de la force. Qui jamais y connut, de nom seulement, Platon, Socrate, Aristote, Cicéron, Virgile, Auguste? Il n’y a pas un paysan catholique qui ne sache très-bien ce que furent saint Pierre, saint Paul, saint Augustin, saint Louis, saint Vincent de Paul, et

tant d’autres, divers d’époques et de pays. Sous toutes les latitudes, ces

étoiles de l'humanité divinisée sont visibles aux yeux des fidèles. Le paysan breton fait la fête de sainte Rose de Lima et de sainte Thérèse ; il donne à ses filles les noms de ces Vierges, qui ne sont ni de sa contrée ni de sa race; et l’Indien des Andes, et le sauvage baptisé d’hier dans les eaux de la mer Glaciale, adressent en même temps leur prière à sainte Geneviève et à saint Louis. Le Souverain Pontife vient d'inscrire au catalogue des héros de l'Évangile le nom d’une pauvre petite bergère infirme, Germaine Cousin, qui vécut, il y a deux siècles, dans un hameau de France, et qui mourut, n'ayant fait autre chose que garder les brebis et prier Dieu. Le nom de Germaine Cousin ira plus loin sur la terre que le nom des glorieux de la terre. Son image sera gardée avec respect dans sa patrie et loin de sa patrie, sous des huttes où l’on ne parlera pas des Alexandre, des César et des Napoléon. Elle ne sera pas seulement connue, elle sera imitée. D’humbles et grandes âmes, la prenant pour exemple, l’invoquant pour appui, voulant comme elle se rendre agréables à Dieu, deviendront comme elle des vases de foi, de pureté et de charité. Car tel est le culte des Saints : il met en honneur des mérites infiniment supérieurs aux dons du génie et de la fortune, et du même coup il rend ces mérites accessibles à quiconque veut sincèrement les acquérir. Ainsi le culte des Saints, né avec l'Église, se perpétue pour le salut du monde sans que jamais les efforts du mal puissent l’abolir, ni l’impuissante jalousie de la sagesse et de la vertu purement humaine le remplacer.

En rassemblant quelques aperçus historiques sur le rôle immense que remplit dans le monde l’Église qui fait et proclame les Saints, nous devons nous étendre davantage sur le premier et le plus grand des Papes, celui de tous les hommes mortels à qui Dieu a le plus puissamment et visiblement communiqué le privilége de son immortalité, et qui sera éternellement sur la terre le chef de l’Église et le VICAIRE DE JÉSUS-CHRIST.

Saint Pierre, le prince des Apôtres, peut être appelé aussi le prince des Saints. Élu de Jésus-Christ pour être le fondement de l'Église, il a été formé par ce Maïtre aux vertus qui allaient devenir le caractère de l’humanité régénérée; il a reçu avec ces vertus nouvelles l'investiture d’un pouvoir tout nouveau et tout divin, que n’eurent pas avant lui les Justes les plus aimés de Dieu. Saint Pierre est le modèle des croyants, des pénitents, des

apôtres, des docteurs, des pontifes, des martyrs. Toutes les palmes sont

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Fig. 120. — La Source de la Vie, tableau de Jean van Eyck, au musée de ja Trinité, à Madrid, xve siècle. Cette composition, encadrée dans le plan d’une cathédrale ogivale, représente la nouvelle alliance de Dieu avec le monde. Le Christ, victime du sacrifice, est assis sur l'autel, et l'Agneau pascal est à ses pieds. A droite, la Vierge lit; à gauche, saint Jean écrit l'Apocalypse. Des Anges accompagnent sur leurs instruments le Cantique, qui est chanté par un chœur céleste réparti dans les deux tourelles. La fontaine mystique, qui coute du trône de Jésus-Christ, roule des hosties. Là se séparent les deux sociétés : d’un côté, le Judaïsme, dont les représentants expriment l'aveuglement, la défaillance. le mépris ou la colère ; de l'autre, le Christianisme, qui puise à la Source du salut. E

dans ses mains : il a la sagesse d'en haut pour enseigner, la puissance d’en haut pour condamner et pour absoudre ; il tient les clefs du Ciel, et c’est à lui que l'humanité doit dire ce qu’il disait lui-même au Sauveur des hommes : Vous avez les paroles de la vie éternelle.

Par l’ordre de son Maître, saint Pierre a entrepris la plus étonnante révolution que le monde ait vue et que l'esprit de l’homme puisse concevoir ; par une assistance qui a été le prix de sa foi et de son courage, il l’a accomplie, Il a attaqué, il a renversé les dieux.et l'empire de Rome. Il est mort sur la croix, du supplice des esclaves, mais en réalité législateur, pontife et roi de la terre, le premier roi de la seule dynastie qui soit éternelle; vainqueur de César, qui était Néron, c’est-à-dire vainqueur de tous les vices et de toutes les erreurs ensemble, dans le moment que l'erreur et le vice, maîtres incontestés des hommes, recevaient d'eux les honneurs divins. Il a brisé le joug ; il l’a brisé pour jamais en instituant cette royauté de la vérité qui, toujours prête à combattre pour la justice, n’ignore pas qu’elle enchaïne la victoire lorsqu'elle accepte le martyre.

La gloire de saint Pierre, même en ce monde, surpasse, s’il est possible, . ses travaux. Il y a dix-huit siècles pleins qu’un ministre infime de la police de Néron le conduisit au supplice, et il est encore le personnage le plus vivant de l’histoire. Toute intelligence capable de recevoir l'Évangile a connu sa vie, a béni ses œuvres ; les plus nobles génies en ont médité les moindres circonstances ; la poésie et les arts y ont trouvé des inspirations ; la théologie en atiré des lois. Son tombeau, visité de tous les peuples, est devenu une source de vie et l’arc-boutant de l’ordre social. La foi de ses innombrables enfants assure son règne, maintenu au besoin par l’épouvante de ceux-là même qui veulent s’y soustraire et qui sentent que tout croule dans le monde si ce trône est ébranlé. De ce faîte, toujours battu d’orages formidables et impuissants, Pierre, vivant dans son successeur, investi de tous les priviléges que Jésus-Christ lui a donnés, gouverne les pasteurs et les troupeaux, enseigne, redresse, lie et délie, commande aux intelligences ct dirige les âmes. Vainement l’orgueil conteste ou se révolte, en appelle au sophisme, à la ruse, à l’injure, à la force, et quelquefois sépare tout un peuple et tout un empire. Ceux que l'ennemi entraine dans les ténèbres,

conservent un souvenir et un besoin de la lumière qui les ramèneront.

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Pierre, commandant à l'élite du genre humain, définit l’erreur et reste le roi de la vérité. La terre n’a pas de main pour abolir ses lois. Sa parole est le môle que la mer affolée peut bien couvrir d’écume, mais ne peut pas emporter. [l voit sans trembler le furieux effort des révoltes, il écoute sans pâlir leur clameur immense, et, se tournant vers son peuple, il recoit l'Amen fidèle qui couvre toute protestation, toute négation et toute passion. Tel est aujourd’hui ce pouvoir de Pierre, contre lequel se sont tour à tour et tous ensemble conjurés tout ce que l'espèce humaine a produit de géants. Il a vaincu Néron, Arius, Mahomet, Luther et Voltaire ; il embrasse le monde connu ; il est établi sur deux cents millions de baptisés qui sont le vrai genre humain; et ses conquêtes ne sont pas encore finies, car la plénitude.des nations entrera dans son bercail. Ainsi lui tient parole Celui qui lui a dit un jour : Tu seras pêcheur d'hommes.

Or, ce mortel plus favorisé qu'Abraham, plus puissant que Moïse, plus inspiré que les prophètes; ce législateur, ce pasteur, ce Vicaire de Jésus- Christ, qu’était-il pour de telles œuvres et qu’a-t-il fait pour une telle gloire ? Il n'avait par lui-même ni fortune, ni force, ni génie; pour toute science il savait conduire sa barque et raccommoder ses filets. Mais il était droit et simple de cœur; il crut en Jésus-Christ, il l’aima, ct, lorsque Jésus- Christ lui commanda de quitter tout pour le suivre, il n’hésita point. C’est le secret de sa puissance et de sa gloire. A cause de cette simplicité d’où naquit sa foi, de cette foi d’où vint son amour, de cet amour dont le fruit fut l'obéissance, de cette obéissance qui ne connut rien d'impossible et qui ne refusa ni les travaux de l’apostolat ni le martyre, Pierre, à son tour, fut aimé de Jésus-Christ. Le Fils de Dieu le prit à son école et le forma pour être l’instituteur du genre humain.

Ce qui surpasse toute beauté et décourage toute éloquence, c’est cette première partie de la vie de saint Pierre qui se passe à l’école de Jésus. Un Dieu descendant parmi les hommes pour les instruire, c'était la plus riante fiction des poésies antiques et le plus consolant débris de la vérité perdue. Au sein de ses misères, dont elle avait oublié la cause et dont elle ne connaissait pas même l'étendue, l'humanité aveugle et gémissante se refusait pourtant à croire qu’elle fût née du hasard et qu'elle tint d'elle-même le peu

de biens qu’elle possédait. Elle se disait qu’un Dieu avait veillé sur son ber-

ceau et lui avait donné les lois et les arts. Combien la réalité nouvelle a dépassé tout ce que le génie des poëtes a pu ajouter à ce souvenir confus du Paradis, fidèlement gardé dans la conscience humaine !

Si l’on veut comparer ce que l’homme peut rêver de la bonté de Dieu et ce que cette même bonté peut faire pour l’homme, il faut lire dans Fénelon comment Mentor instruit le futur roi d’Ithaque, et voir ensuite, dans l'Évangile, comment Jésus-Christ instruit ces pauvres artisans de Galilée, dont il va bientôt se servir pour changer la face du monde. Qui eût imaginé, qui eût osé concevoir ce miracle de l'amour divin : tant de patience, tant de tendresse, tant de majesté, toute la complaisance d’un ami, toute la bonté d’un père, toute la grandeur et la prescience de Dieu ! Il les appelle, il les aime, il se plie à la faiblesse de leurs connaissances et de leur jugement, il leur parle un langage qu'ils puissent entendre, il les nourrit, il les sert, il va guérir leurs parents malades; et chacune de ses actions est ordonnée pour être leur règle lorsqu'ils auront recu le commandement d’enseigner tous les hommes.

Mais aucun n'est instruit avec autant de vigilance que Simon-Pierre, et sans cesse il justifie avec éclat cette faveur. Dès qu’il paraît dans l'Évangile, on le voit confiant, humble, sincère, généreux, digne, par la constance de sa foi, de ce nom symbolique de Pierre, qui lui est donné dès le premier jour. Il est le premier partout. A lui s'adressent toutes les grandes paroles qui annoncent le développement et l'éternel triomphe de l'Église. C’est assis sur la barque de Pierre, devenue déjà la barque de l’Église, que Jésus prononce la première instruction publique dont il soit fait mention dans les récits évangéliques. C’est Pierre qui, aussitôt après ce discours, s’avancant en pleine eau sur le commandement de son Maître, jette le filet pour la pêche miraculeuse, et qui, reconnaissant la main de Dieu dans ce succès, s’humilie et tremble au lieu de s’enorgueillir. C’est lui qui, lorsque Notre-Seigneur veut soumettre à une épreuve la foi des Apôtres, s’écrie : Vous êtes le Fils du Dieu vivant ! C’est lui qui, pour rejoindre Jésus, n'hésite pas à s'élancer sur les flots; c’est lui qui ose s’armer pour le défendre; lui qui, surmontant la terreur que tous éprouvent, le suit jusqu’au prétoire; lui qui, l'ayant renié dans le trouble de la peur, se repent à l'instant même et pleure

amèrement ; lui enfin qui, malgré l’énormité de sa faute, connaît assez la

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