‹ Jésus-Christ, sa divinité, son caractère, son œuvre et son cœurChapitre 6 sur 40 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

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JÉSUS CHRISf AVANT SON AVÈNEMENT.

Omnia par ipsum et in ipso creata sunt, et ipso est anie omnes, et omnia in ipso constant.

Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant tous les peuples^ il est le fondement et l'explicatioQ de toutes cl^oses.

(Ad Coloss. I, 16 et 17

Mes BIEN ciiERs Frères,

On s'occupe beaucoup, dans notre siècle, des études historiques, et l'on a raison. L'expérience est la maîtresse de ^a vie humaine, et le passé est un flambeau donné au présen pour éclairer l'avenir. Dans l'étude des faits accomplis, notre siècle se préoccupe surtout de l'idée cachée dans leur sein, et dont ils sont les manifestations, et il a encore raison Lt qu'est-ce donc que le fait séparé de l'idée? Le cadavre dont l'intelhgence s'est retirée. Et quel intérêt à observer la mort et à étudier le tombeau ! Noble tendance donc que celle d'un grand nombre d'esprits de nos jours, qui interrogent le passé pour lui demander compte de sa vie, et cette vie elle-même pour apprendre la pensée intime qui

SERMONS, ,

l'anima; seulement nous devons souhaiter à ces hommes de chercher mieux et de mieux voir dans l'histoire. C'està-dire plus de bonne foi et moins de préjugés.

La véritable science de l'histoire, c'est la science des faits dans leurs rapports avec le médiateur. La science incroyante marche toujours terre à terre, et quand elle a trouvé à des événements humains quelque cause toute humaine, elle s'imagine posséder le secret du passé. Erreur ! La science religieuse a les ailes de la foi pour s'élever jusqu'aux cieux, et de là elle saisit tout l'ensemble de l'histoire. A cette élévation, c'est J.-C. qui est l'idée dominante de tous les événements, le point de départ et le point de retour de toutes les idées : Omnia in ipso conslant.]\sLisons,\}\)ième de toule action et de toute existence^ le Verbe incarné est le dernier mot de tous les faits, l'unité suprême de l'histoire : Omnia in ipso constant.

Toutefois, remarquez-le, nous ne prétendons pas contester aux faits leurs causes particulières. Non, nous reconnaissons dans chacun d'eux la cause humaine d'où ils sont sortis; mais, dans leur ensemble, nous les rapportons à un plan divin dont ils sont l'exécution et la révélation tout à la fois. Voyez l'Océan dans la tempête : les vents poussent une vague, et celle-ci une autre vague, et toujours ainsi jusqu'au dernier flot dont la colère vient se briser au riva'^e. Mais quelle main déchaîna les vents et souleva les vagues ? Voilà le point de vue suprême de la question.

Le monde ancien se présente à l'observation religieuse divisé en deux classes distinctes. Dans l'une, il y a peu de chose du côté du nombre matériel : c'est une seule famille qui devient un peuple. Mais il y a tout du côté moral : Il y a le vrai code des devoirs, la science exclusive de Dieu et de l'humanité, la vérité du culte religieux, une action permanente de la divinité. Dans l'autre classe, il y a tout du

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cote du nombre, moins une seule nalion reléguée clans un coin de l'Asie; c'est l'humanité tout entière. Mais tout «lanque du côté moral : Il y a ignorance de Dieu, ignorance fie l'homme, erreur dans la religion, impiété dans le culte, absence de Dieu au sein de la société. Le peuple Juif forme ja première classe; la seconde, c'est le reste du genre

umam. Or J.-G. avant d'apparaître dans le monde, domine ûejà l'une et l'autre : Il fait de toutes deux, quoique par des raodes divers, les instruments de sa mission : Il s'empare

" peuple juif pour développer en lui et par lui son action réparatrice; il maîtrise la genlililé elle-même, et s'en sert pour prouver et préparer tout ensemble la diffusion universelle de son Evandle.

J'ai parlé d'abord du peuple Juif. Quel est ce peuple

«ange et tel que jamais il ne s'en rencontra sur la terre ?

trol '' '''"' 'ï'^''^ ^°"^ P^'^^^''^ dans les âges; vous le

InZlT ''''T' ^''''^' ^' ^''''^^ des autres peuples.

^mage temporelle de l'éternité divine, il subsiste immuable-

narchfoT P- '"'"^"^''^"^ ^"^ ^^P-^^^^^^ 1«« ^"^'q^es «^oa man ué il ''"'^'"^ '' '' ^^ détruit les nations ne lui

in^placableidivLrnsIde'r'' n' '"''''' ''''™''^' ''' plus souvent des va "etf T " ' ' " ," ""' '" ""'''"' haï comme peuple ne f u " ' 'T"'' ^'' '""'™'^ ^'"^ ^'°"' résisté T tnntT ■^ ™'" ^^'' d'"n autre peuple. Il a

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survit à ses vainqueurs, il domine leurs ruines, et de sa première génération touchant au berceau du monde, aîné du genre humain et contemporain de tout ce qui est et de tout ce qui fut, il marche à l'éternité à travers les décombres, et dans sa course, il crie à tous les peuples : J'ai été avant qu'il ne fût question de vous dans le monde, et, quand on ne parlera plus de vous, je serai encore. Et en effet, le jour où il disparaîtra de la surface du globe, ce sera le jour où le soleil s'éteindra sur le genre humain.

Ce peuple n'existe que pour J.-C, sa destinée est liée à jamais à la doctrine du Médiateur, et si vous l'en séparez, sa vie sur la terre devient une énigme insoluble. Avec lui tout mystère est expliqué dans l'existence des Juifs; sans lui tout est ombres épaisses, ténèbres impénétrables : Oniniâ in ipso constant. Or c'est là, sans doute, une action comme jamais il ne s'en exerça de semblable sur la terre. On a bien entendu dire que des hommes aient, de leur vivant, dominé le monde; mais n'être point encore né, et déjà dominer un peuple entier et, pendant de longs siècles, maintenir, développer cet incompréhensible empire, cela ne s'est vu qu'une fois, cela n'appartient qu'à J.-C.

Vous nous demandez souvent, M, F., les preuves de la divinité de celui qui nous envoie. Eh bien! nous ne vous fatiguerons pas de longs et pénibles raisonnements ; nous vous renvoyons aux faits, nous vous disons : Ouvrez l'histoire, lisez et comprenez. Si l'action de J.-C. non encore présent sur la terre, si cette action sur tout un peuple, et durant tant d'années n'est pas quelque chose de divin, qu'y a-t-il donc de divin dans le monde?

Voyez comme il traite ce peuple! Partout et toujours, la croyance unanime des nations a été que Dieu se choisissait quelques hommes, dans chaque société, pour être auprès de lui, au nom de tous, les ministres de ses volontés

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et les dépositaires tout à la fois de la religion publique. Ici J.-G. se choisit une société tout entière pour ministre et pour dépositaire de sa foi. Non, quoi qu'en puisse dire l'ignorance ou le préjugé, l'existence du peuple juif n'est point naturelle : elle est, comme celle du sacerdoce, surhuraame et toute céleste. De même qu'une religion sépare ses pvetres et les retire du commerce profane des hommes , la Providence sépare la société juive de toutes les sociétés idolâtres. Elle l'environne d'une législation sévère comme d un rempart contre les erreurs des peuples étrangers; elle l'emprisonne dans son territoire, comme une cité s' emprisonne elle-même pour échapper à la contagion qui la menace.

Ce peuple, ainsi mis à part et en dehors du mouvement général qui emporte l'humanité, J.-G. le travaille, si je puis parler de la sorte, comme l'ouvrier, l'argile ; il y exprime sa vie future dans le monde; il s'y peint et s'y représente par avance; tout dans la société juive a sa raison en Lui : Omnia in ipso constant.

n est la pensée intime de sa constitution et de ses lois : chez les autres peuples la loi est toute humaine, comme la société qu'elle régit; sa foi et son action ne vont pas plus loin que les garanties du droit et de l'intérêt public. Dans la société juive, la loi est essentiellement théocratique ; avant tout et par-dessus tout elle défend l'intérêt religieux; elle est la tutrice de la révélation et la garantie humaine de la foi divine. Etudiez-la, cette législation étonnante, la plus ancienne connue, celle qui a créé le nom de loi, dont toutes les législations de l'ancien monde ne furent que les reflets affaiblis. La réparation humaine par le Verbe : Voilà l'esprit qui sort de chaque lettre du code juif. J.-G. y domine tout. Si la loi emprisonne le peuple dans son territoire, c'est pour maintenir et défendre ce caractère de consécration

qu'il réserve au Rédempteur et pour assurer l'intégrité du dogme déposé en son sein, germe sacré d'où doivent sortir le Verbe incarné et son Église. Si la loi punit avec une rigueur inflexible le crime religieux, tandis que les autres lois ne punissent que le crime social , c'est que le péché est un attentat contre l'existence sociale du peuple juif qui n'est au monde qu'en qualité de peuple médiateur. Si la loi maintient avec une sévérité inouïe de détails les alliances dans les mêmes tribus, et la distinction des tribus et des familles, c'est pour distinguer et séparer la race d'où naîtra le Messie,' et lui préparer ainsi la plus éclatante des généalogies. Si elle ne permet pas à un sang profane de se mêler au sang des Juifs, c'est pour empêcher que le mélange des familles n'obscurcisse la descendance du Messie. Si elle consacre l'élévation d'une dynastie, et si elle résume et concentre la nation tout entière dans une seule famille, celle de David, c'est que cette famille dans sa royale descendance doit ofi-rir les glorieux ancêtres du Messie. Si, jusque dans leur captivite, elle maintient la nationalité juive dans sa pureté sans lui permettre de se fondre avec des peuples d'un mélange étranger, c'est qu'elle veille sur l'origine humaine de J.-C C'est qu'elle est le moyen naturel qui doit conserver sans interruption et sans nuage l'enchaînement des générations par lesquelles le Messie remontera au berceau du genre humain. — Je ne puis qu'indiquer ces points de vue. Je souhaite à certains esprits de les comprendre ou même de les apercevoir. Un regard jeté de plus haut sur la charte hébraïque leur eût épargné bien des blasphèmes et surtout les eût sauvés de la honte de leur prodigieuse déraison.

A côté de la constitution juive, tout ensemble code politique et code religieux, se présente le culte qui en dérive, à la fois, comme elle, religion et poHtique, et dont J.-C. est encore laréaUté : Umbmmcnim habens lex futurorum bono-

nm, dit saint Paul (1) . Toutes les religions étant extérieures et publiques ont eu et dû avoir des signes et des symboles : sans cela elles eussent été impossibles. Le caractère de la religion juive, c'est de reposer sur un ordre de symboles inconnu au monde. Les signes des cultes profanes n'étaient que la manifestation sensible de la pensée humaine, dans ses rapports avec Dieu : les signes dans le culte judaïque, sont quelque chose de plus ; ils sont tout ensemble l'expvession de la religion présente et la figure d'une religion future. Ils sont en même temps un hommage de l'homme à Dieu, et un langage de Dieu à l'homme, une prophétie divine du Rédempteur promis : voilà l'idée vivante dans tous les emblèmes comme dans tous les rites de la Synagogue : C'est J.-C. avec tous les mystères de sa réparation, c'est J.-G. avec toutes ses institutions futures; c'est la substitution de l'homme divin à l'homme coupable; c'est l' expiation delà croix; c'est le sacrifice de l'autel; c'est l'Église avec la hiérarchie de son sacerdoce, avec la suprématie spintuelle de son pontife; c'est le culte public de J.-G. attendu et promis, comme le catholicisme est le culte de J.-G. venu et donné : Omnia in ipso constant.

J--G. est l'idéal de tous les grands hommes qui illustrent cepeuple, et ceci ne saurait être trop approfondi et trop admire. Les grands hommes des autres sociétés ne représentent qu'eux-mêmes; tout au plus sont-ils la personnification de quelque grande idée, ou morale ou poUtique; là expire leur caractère public. Les grands hommes de la société judaïque nous apparaissent avec un double caractère : ils sont reahtés et ils sont figures ; ils sont à eux et ils sont à J .-G. Pas un seul d'entre eux, depuis Abraham jusqu'à David, depuis Moïse jusqu'à Salomon, qui n'exprime, et par la spécialité

t- Hébr., X, 1.

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(Je sa mission et par l'individualité de son existence et de ses actes, quelque fait saillant de la vie de J.-C, et certes c'est quelque chose d'évidemment surhumain. Quel est donc cet homme qui n'existe pas encore en lui-même, et qui existe déjà dans ses ancêtres, lesquels n'apparaissent au monde que comme les ébauches et les copies de celui qui descendra d'eux? Imaginez une plus haute puissance sur ces deux choses les plus indépendantes et les plus insaisissables qui soient au monde, l'avenir et la liberté de l'homme, vous n'en viendrez point à bout. J.-C. les domine cependant l'une et l'autre : à de longs siècles de distance, il fait représenter sa propre vie devant des générations qui ne le connaîtront pas, il distribue à une suite non interrompue d'hommes qui le précèdent dans le monde une phase de sa vie à exprimer, et la liberté humaine accomplit sans faiblir cette mission inouïe. Il laisse à ces hommes figuratifs toute la liberté de leur vouloir et cependant il mène si souverainement les événements que tous les actes qui le doivent figurer sont posés librement et toutefois infailliblement. Ce seul fait suffirait pour prouver la divinité de J.-C. Car enfin ici le fait et l'idée subjuguent également la raison. Lisez l'Evangile, lisez l'Ancien-Testament ; tous les faits saillants de la vie de J.-C. ne sont-ils pas la répétition littérale, précise des faits caractéristiques de la vie des grands hommes de la Judée? Or, un tel rapprochement est impossible, si celui qui en est l'objet ne domine point et l'avenir, jusqu'à en lire d'avance tous les détails, et la liberté humaine, jusqu'à en conduire, sans l'obliger, tous les actes. Et cet empire de l'avenir et de la liberté, à qui peut-il appartenir qu'à un Dieu ?

J.-C. est la fin du ministère prophétique; c'est sa destinée de parler toujours au monde, car il est le Verbe; d'occuper toujours le monde, ou de ce qu'il fera ou de ce qu'il

» fait, car il est le Sauveur de l'humanité. Et certes, c'est Une singulière action que celle qu'il exerce sur ces hommes pnvilégiés dont la parole ne fut ici-bas que l'écho de la ■VOIX divine. C'est lui qui va les tirer de la foule, qui les ïïiene dans la solitude, qui éclaire leur intelligence, et puis les jette au milieu du peuple tout brûlants encore des flammes de l'inspiration.

Enlevée au présent, leur pensée habite l'avenir où la transporte le Verbe et leur voix redit au monde tout ce qui a ete montré à leur pensée. Ils ont fixé l'époque précise de son avènement, ils disent d'avance le caractère divin de sa mère, ils disent le lieu et tous les accidents de sa naissance temporelle. Ecoutez-les, vous saurez le nom de sa nbu et de quel sang il est issu. Un autre vous décrira son entance, un autre vous racontera les détails de sa mission, son précurseur et ses apôtres, quels seront ses disciples, ce qu il dira et à qui , et comment il le dira; un autre vous Pemdra son sacrifice, sa mort, sa résurrection. Ces homlïies ont vu ce qui, pour nous catholiques du dix-neuvième siècle, est maintenant ou ,1e passé ou le présent religieux. Les triomphes du Christ, les conquêtes de sa doctrine, les combats de ses martyrs, l'immutabilité de ses institutions, 1 indéfectible perpétuité de homme dont l'histoi

"leme, qui ait fait

le son Eglise. Savez-vous un autre ire ait été écrite avant sa naissance ,. annoncer tout ce qu'il serait, tout ce

era, et qui ait fait et qui ait été tout ce qu'on a année de lui? Et ici le mode des prophéties est aussi admi- Jjableque les prophéties elles-mêmes. Ce n'est point un seul omme qui parle du Rédempteur, c'est une suite d'hommes qui se succèdent dans l'inspiration. Etrangers l'un à l'aube, tous ils se rencontrent dans l'unité dc'leur vue divine; séparés par les distances des temps, sans se connaître, et es OIS sans s'entendre, ils racontent tous le même avenir,

celui du Messie. Dans ces récits il y a un rapport invariable de détails et de circonstances. Chez les autres peuples les écrivains célèbres ne sont que des individus sans liaison avec ce qui les précède ou ce qui doit les suivre. Fanaux jetés par un intervalle sur la route des siècles, ils éclairent l'humanité, mais à distance, et entre chacun d'eux, il y a des ombres, la nuit. Les prophètes se suivent, s'amènent, se développent l'un l'autre. Aucun d'eux n'est isolé; ils s'enchaînent l'un à l'autre; l'un succède à l'autre; c'est le même esprit qui pense etqui parle; l'instrument ciiange, la main qui conduit est toujours la même. Tous se suivent dans leur récit et vous ne trouverez pas un livre écrit, pas un seul qui ait plus d'unité que ce livre, ouvrage de plusieurs. Le progrès va toujours croissant : c'est d'abord un point qui annonce le Messie; le cercle s'élargit, c'est une famille, c'est un peuple, c'est le monde. C'est d'abord une promesse générale, puis l'oracle se précise. La famille du Messie, sa destinée entre toutes les autres, l'époque do sa venue se distinguent dans la nuit des âges; les détails de sa vie se révèlent; l'ensemble de sa mission se développe. C'est le rédempteur dans tout l'éclat de sa mission. Son avènement, c'est comme la naissance du jour sur la terre. Un point brillant perce l'horizon et chasse les ombres de la nuit. Puis les montagnes, les champs, tous les objets cachés jusque-là dans les ténèbres s'éclairent, et bientôt c'est le firmament qui rayonne, c'est dans les cieux toutes les splendeurs de la lumière en son midi.

Avoz-vous jamais rélféchi sur cette étonnante création, sur les prophètes? Le paganisme a pu en entrevoir l'idée, mais le type n'en a été réalisé que pour la Synagogue. Tous ces hommes étrangers aux méditations du génie humain ignorant tout excepté ces deux choses sublimes : croire et prier, tout d'un coup l'esprit du Verbe les venait saisir des

transports inattendus de l'inspiration. C'était ou sur le trône comme David, ou dans une race royale comme Isaïe ou, comme Amos, dans les travaux de la vie pastorale. Ravis sur les ailes de l'esprit, ils étaient emportés au delà du temps et de l'espace. L'avenir s'illuminait à leur regard des splendeurs de la science divine. Le monde invisible leur apparaissait dans son éclatante réalité. A cette vue leur intelligence s'exalte, leur parole s'agrandit et devient surliu- "laine. L'idée divine déborde toutes leurs puissances; elle jailht en accords célestes, elle éclate en élans inspirés. C'est bien la voix de l'homme, mais elle rend des sons divins, instrument est le même; mais une main inconnue en fait jaillir une harmonie qu'on peut bien entendre sur la terre, "lais qui ne s'apprend que dans les cieux. Voilà le prophète. Or, le prophète, c'est le précurseur de J.-C.

Mais il est un autre point de vue des livres sacrés. Ils ont leur côté humain ; c'est la poésie d'un grand peuple, c est la littérature nationale de la Judée. Sous ce rapport ïiouveau, J.-C. est encore la penséu exclusivement inspiratrice du génie Israélite. Tout ce qui appartient à ce uple oit venir de Lui et conduire à Lui, sa législation comme ^on culte, et sa religion comme sa pensée. Heureux Achille avoir rencontré Homère! s'écriait sur le tombeau du eros grec, ce roi fameux de la Macédoine. La gloire de •" ■ c est de s'être créé à lui-même une élite d'intelligences rivales dont le génie n'a qu'une pensée, dont la voix n'a qu'un ciant.Le Réparateur, chose admirable! avant d'avoir paru ans le monde, J.-C. est déjà célébré par les plus sublimes accents de la pensée humaine. Il n'est pas encore et c'est ui qui inspire les paroles des écrivains sacrés ; c'est lui que cj ante leur enthousiasme; c'est lui qui ravit leur essor ^jn de la terre et des mondes, c'est lui qui donne à ces oix quelque; chose d'infini comme celui qu'elles célèbrent.

Fidèle à celui qui l'inspire, la lyre hébraïque ne sait chanter que Dieu et son Verbe ; elle ne sait redire qu'un nom qu'elle répèle en innombrables accords; harmonie échappée du ciel, accords ravis aux anges, qui n'avaient pas été encore entendus par les oreilles des hommes, que nulle voix d'homme n'a pu redire. Ce nom c'est toujours celui de l'Emmanuel, de J.-G. Il est partout, toujours dans la pensée, dans les cœurs, sur les lèvres du prophète. Ame qui soupire sur tous les tons, voix qui fait vibrer toutes les cordes de leur lyre. Tantôt gémissante, et c'est l'hymme des douleurs du Christ ; tantôt emportée par l'enthousiasme, c'est le chant de ses victoires ; toujours magnifique et toujours divine, puisque toujours c'est l'hymme de la gloire à la divinité. M. F., ainsi considérés, môme au point de vue humain, les plus beaux monuments qu'éleva sur la terre la pensée de l'homme appartiennent à J.-C, et à J.-C. qui n'est pas encore venu, et dont la terre ne connaît encore que le nom. El certes, il était juste que le Verbe reçût icibas en hommages les plus nobles accents de la parole, et que le Créateur de la pensée humaine fût célébré par toutes les magnificences de la pensée.

Enfin, J. G. est toute la raison de l'existence du peuple Juif. Pas une page de ses annales où ce nom sacré ne reparaisse comme le mot explicaleur de tous les évcnemenls. C'est lui qui a fait tous les états divers de cette nation, ses triomphes, ses revers, toutes ses révolutions sociales. Par une providence admirable subordonnant à sa fidélité ses succès, à son infidélité ses disgrâces, soit qu'il punisse, soit qu'il récompense, il tourne tout à son dessein, il ramène tout à son plan : celui de s'ébaucher lui-même dans une esquisse humaine et de se préparer la voie pour son œuvre réparatrice. S'il leur donne la victoire, c'est pour annoncer dans une conquête temporelle, les conquêtes morales de son

Evangile. S'il les abandonne à la servitude, c'est pour rapprocher d'eux et par eux de la lumière les peuples étrangers.

Dans tous leurs états temporels, il leur retrace quelque chose de lui-même : dans la paix, celle qu'il doit apporter à l'humanité réconciliée avec Dieu ; dans la guerre, ses propres combats pour la liberté spirituelle et le salut du monde.

Il est visible que ce peuple n'existe pas pour lui-même, que sa destinée a quelque chose qui dépasse la destinée humaine. Et ce peuple le sait, il le dit hautement, et, l'événement justifiant sa foi, sitôt que le Christ est sorti de son sein, ce peuple change de rôle : de prophète, il devient témoin, il ne sait plus parler de l'avenir, mais il est le héraut infatigable du passé.

Il n'a plus d'oracles, parce que tout ce qu'il prédisait est accompli, plus de figures, parce que la réalité est venue; mais il conserve toujours l'inviolabilité de ses lèvres pour constater la vérité de sa mission et l'accord de ce qui avait été promis et de ce qui a été donné, de l'avenir annoncé et du passé accompli. Coupable envers le ciel comme nul peuple ue l'a été, son châtiment même ne sert qu'à rendre plus sensible la mission divine qui lui est continuée. Il a perdu par sa faute tout ce qui constitue les peuples, pouvoir public, indépendance nationale, unité politique et jusqu'au sol de la patrie. Et il veste lui-même, race à part entre les peuples, vivant parmi eux, mais non mêlé à eux, survivant a tous et divinement immortel ici-bas, pour conserver à toute race et à toute génération l'histoire du Réparateur, l'histoire de J. G.

En dehors du peuple juif se présente sous le nom de gentihlé, le reste du genre humain ; races innombrables,

jlHïïl

14 JÉSUS-CH;aST AVANT SON AVÈNEMENT

que les lois, les mœurs, le culte divisent plus encore que le sol, mais qu'un sentiment commun rapproche à l'œil de l'observation, l'attente d'un rédempteur. Générations presque infinies, accomplissant sous les cieux divers et parmi des révolutions contraires leur existence sociale, mais toutes laissant apercevoir dans leur histoire un fait qui les domino, une action d'en haut divinement préparatoire de J.-G. et de son avènement.

Et d'abord, à considérer le monde païen au point de vue religieux, qui ne serait frappé de cette foi universelle des peuples à un sauveur futur de l'humanité? Venez, s'écriait chez le peuple choisi, la voix de l'espérance et du désir^ venez, ô vous qui devez venir ! Rompez la nue et descendez ! D'un bout de l'univers à l'autre, du milieu de toutes les corruptions etde toutes les extravagances del'idolùtrie, la voix de tous les peuples répondait à la voix inspirée d'Israël

etpartoutune même attente appelait le communRédempieur. C'est que, du point de l'Orient où la famille de Noé recommença le genre humain, les races, en se séparant, avaient emporté avec elles sur tous les points du globe la tradition . du Réparateur promis, et, comme la foi du Dieu créateur, la foi du Dieu rédempteur s'était conservée immortelle parmi les débris de toutes les vérités et les ruines de tous les souvenirs religieux. Interrogez tour à tour l'histoire des peuples divers : tous attendent et regardent : ils attendent l'Envoyé d'en haut, ils regardent vers la Judée; ils cherchent au ciel de l'Asie le point d'où vient la lumière. L'Egypte a un culte pour un Dieu qui n'a point paru encore, et qui sera le sauveur du monde ; la Perse croit à un être supérieur, parole médiatrice, disent les livres, dont le iiom est : Je suis celui qui suis, et qui est venu pour sauver le génie du mal. L'Inde attendait une incarnation divine; la sagesse chinoise a nommé par avance ce Dieu incarné, et par

la bouche de Confucius l'a proclamé le Très-saint, le Docteur universel et la Vérité souveraine. Quel sera ce médiateur? D'où viendra-t-il et sous quelle forme? Demandez-le «• ces peuples : la voix de la tradition leur a dit qu'il serait un Dieu, l'Orient sera son berceau, et il apparaîtra sous la lorme humaine. Aussi à chaque personnage extraordinaire qui paraît aux hauteurs de la société, les peuples s'imaginent voir le libérateur attendu. De là, et l'incrédulité elleineme en a fait souvent la remarque, cette multitude de souvenirs par lesquels tous les cultes païens, sentant qu'ils

e repondent point eux-mêmes aux besoins de l'humanité,

ournssent toujours au cœur des peuples l'espérance d'un ■sauveur nouveau. Ainsi la rédemption est toujours attendue ; amsi le vrai Messie reste perpétuellement, quoique à leur

su, le désiré des nations. A mesure que le grand jour approche, l'attente redouble, la foi de plus enplus vive semble

éclairer : on dirait que quelque chose de l'esprit prophé-

ique parle par certains hommes du paganisme. Dans des vers à jamais célèbres, Virgile chante la restauration du genre

umain et, avec des paroles qui semblent dérobées à Isaïe, 1 peint des siècles nouveaux et une race nouvelle qui descend

es cieux. Et les philosophes, après Suétone et Tacite, nous a^estent que tous les peuples avaient l'œil fixé sur la Judée et que a croyance universelle attendait un personnage mysté- ^m.qui devait sortir de l'Orient. Voilà donc J.-C. présent,

de'^FidT^'^-' T^ ^^ ^^^^'^^' ^' ^^^''^^'^ ^^ "^'^''^" ^'^^ °^^^^^ '^ ■ '^^ religions mêmes qu'il vient détruire le

ans leur sein comme une espérance ; les peuples

iJxquels son nom n'a pas été dit encore l'appellent déjà et

saluent dans leurs ténèbres, comme le voyageur égaré

ans la nuit appelle et salue à l'horizon les premières lueurs

qui^ramenent le jour. La conscience universelle le proclame

ond de tous les cœurs, comme le besoin suprême de

[il

16 JÉSUS-CHRISÏ AVANT SON AVÉNEJMENT

l'humanité, et, en attendant qu'il vienne tomber aux pieds de sa croix, l'univers est dans l'angoisse. Cependant appelé par l'attente universelle de l'humanité, J.-C. ne se manque pas à lui-même, et par une action toute divine, il prépare insensiblement au sein des peuples la grande ère de son avènement.

L'une des plus grandes misères de notre époque,, c'est le matérialisme historique qui ne sait, qui ne veut rien voir dans les événements que ce que les hommes y ont mis ignorance ou génie, faiblesse ou force. Regarder de la sorte dans le passé, c'est regarder de trop bas et ne voir dans la vie du monde qu'un côté, et de tous le plus misérable. Sans doute chaque fait a sa cause parlicuhère : mais au-dessus il y a la cause générale, suprême, Dieu, en un mot. Sachons, nous autres chrétiens, sachons monter plus haut, et au delà de l'action particulière des causes secondes, pénétrer jusqu'à cette cause première qui tient entre ses mains le fil des choses humaines et fait concourir, bon gré, mal gré, toutes les volontés libres de ses créatures à l'exécution de ses conseils souverains. La sagesse éternelle a tracé le drame, les peuples et les individus y entrent, sans le savoir, avec leurs desseins et leurs actions et concourent par leur liberté même à une fin qu'ils n'ont pu prévoir, et qui a été ordonnée „ là-haut. Ainsi le génie catholique a-t-il toujours envisagé l'histoire de l'humanité, depuis St Augustin, au livre de la Cité de Dieu, jusqu'à Bossuet et Pascal. Or, considérés à ce point de vue, les faits du passé révèlent à l'observation un fait universel et dominateur, celui d'une providence toutepuissante, s'emparant de l'action humaine, et, malgré elle et toutefois par elle, amenant de révolutions en révolutions l'avènement de J.-C. et le divin enfantement de FÉvano-ile. C'est ce qu'il faut expliquer en peu de mots. Le monde est régi par deux puissances diverses : la farce

^t idée. Or la société est l'image de l'homme, et comme

ans chaque homme, à une double nature correspond un

^ouble mode d'action, de même dans la société il y a

ri?' 'i^* ^"""P^^ action matérielle de la force, et action spi-

uelie de la pensée. C'est la pensée qui constitue, c'est la

forf '^"- ^'■°''^' '■ ""^^^^ '^ P«"^ée qui écrit la loi, c'est la

lise^*^ ^^^ ^" applique la sanction; c'est la pensée qui civi-

néc'^ ^^^ '^ ^^^'^'^ ^"' ^^^^ ^^^ conquêtes ; toutes deux sont

^^cessaires au monde. Otez la pensée, plus de rapports

^g \^ ^^ intelligences, la société a péri; Ôtez la force, plus

len, même extérieur, parmi les hommes et l'agrégation

même est impossible.

huma ''''- f ' "^^ ^- ^- '^^ 'ï"''^ '"^ '''^^^ ^ l'observation et la f "^ '^^ "^^^ ^^ révélation divine, c'est de dominer

sans d"^*^*^ ^^ ^^ ^^"^^^ ^" ^^''^ ^^^ sociétés païennes, non peuDl ^'- **^f '^'^ *^^"^ ^^^^^^ ^^'^^'^^'^ P*^ laquelle il régit le nnn%! •" ' ™^'' '^'""'^ ^^'i«'i plus générale et toutefois non moins énergique ni moins puissante.

peu Zr\ T^''''^'' '' ^y^tère, si peu médité et si n e aTr' ^ '"'"^"^^ '^ '■ '■ ^^ '^ ™-de païen, il est

action, iU a dl '\'^''''''' ^st plus approprié à son tWque. Ce fu dans r '"' '' ^'^^^ ^"* "^^^ P^*^^ ^^«^Ppeuples, entre tous 1 fT '"'"•^' ^' ^"'^^^^"^ ^^ ^^"'^ distinctifcet esnrit rU p ' ^'^"^^^ ^^^^ P^"^ caractère

fait et propL?,; '"^ ''^^'^ ^^ ''^'^'^ -'^tricequi dans la cTe/ce T TT ""^""°"^ ^^^ ^^ P^^^'^q-^t peuples non m '"'' '"^^"^ '^ ^^^^ ^^ Ro-e. Les autres de la GWne n ^^'^^'^' ^''^^ ''°"'^' ^^^^ <ﻫ ^^ P^"Ples -ience rr: "r P^"^ P-é^-nts peut-être dans la jamais oet^ P'"P''^ '^'^ ^'ï"^^' "« connurent

LL,s^''""'"' «^^ l'intelligence qui emporte un

peuple en dehors de ses limites et qui le jette parmi le autres peuples pour leur imposer le joug de ses sciences ou de sa législation. Ils s'enfermaient volontairement dans leur sol natal, et toute leur activité se consumait sur euxmêmes. Ces peuples appelés, comme les autres, à recevoir la vérité évangélique, ne pouvaient servir d'instruments à sa propagation. Il en est du monde social comme du monde physique. Les montagnes imposent leurs fleuves à la plaine; les sociétés savantes imposent leur génie et les sociétés énergiques leur force. La Grèce et Rome portaient dans leur caractère les éléments d'une grande domination sociale ; elles étaient plus propres à une mission divine. Toutes deux la reçurent d'en haut : c'était la mission de préparer les voies aux conquêtes du Dieu Rédempteur.

La Grèce fut la représentante de la pensée du monde ancien, comme Rome le fut plus particulièrement de sa force. Dans le paganisme la mission de ce peuple fut de développer d'une manière plus saillante, au sein de l'humanité, !e travail de la civilisation et la puissance du génie humain ! Dieu voulut donner en ce peuple une grande leçon au monde. Il voulut prouver, par un éclatant exemple, l'impuissance de la raison ahandonnée à ses propres forces, et ce fut là une véritable domination du Verbe divin. Sur la Judée éclairée de la révélation , il régna en la soumettant à sa foi. 11 régna sur la Grèce païenne en la hvrant à la vanité de sa science qui loin de lui ne réalisa que l'erreur.

Contemplez, en effet, cette nation si fière de ses philosophes et de ses orateurs, de ses lois et de sa civilisation. Sans doute, elle a imprimé un grand mouvement aux idées humaines; mais qu'a-t-elle fait pour l'instruction morale, pour la réforme rehgieuse des hommes?

On parle beaucoup, de nos jours, de la puissance des

1 ees : on veut tout créer à neuf avec la seule raison, tout, religion et société. A celte prétention superbe il suffit d'op- Poser l'exemple du paganisme grec, lequel assurément ° est pas fait pour encourager les espérances de la raison, ertes, il y eut dans ce peuple de puissantes intelligences, ^e hauts génies. Ils agitèrent toutes les grandes questions sur Dieu, sur l'homme, sur la société ; surent-ils en résou-

^^ "»e seule ? Il y avait une belle œuvre de philosophie à

inp ir; il y avait au-dessous des philosophes des peuples entiers livrés à toutes les superstitions d'un culte insensé; é f ^^^'' l'idolâtrie à détruire et tout le genre humain à ec airer, à réformer ! La philosophie dédaigna cette mission e e aima mieux ou disputer dans ses écoles ou rêver dans ^es ivres. Impuissante à rien faire pour la vérité, elle ne qu obscurcir les traditions antiques par ses doutes, et

" ^^^^ travail se termina à réduire toutes les erreurs en systèmes. Il n'y eut pas une seule impiété qui n'eût son ^co e pour l'accueillir, ses maîtres pour l'enseigner et surout une foule de disciples pour l'adopter sans la comprendre. Entre les mains de ce peuple la force de la raison servit qu'à renverser ; et, après bien des siècles, il se

ouva qu elle n'avait fait que multiplier les ruines.

relirier '""'r T''"'" ""' ^"' P'' P^"' ^''"''"''^ 'ï"' ^' '"^"«^^ av-p! "^^- ^elle-ci avait méconnu les rapports de l'homme

avec Dieu ppllo lA •

l'homm ' ^^"^^^^ ^^ intervertit les rapports de

dan, "1'''?, '°"'"''- ^" droit elle substitua la force, et dis la famille et dans l'état, elle ne réalisa autre chose

class T'''f°"- ^'' '^'' ^' ''''''' ^^' ^''''''' ^" deux de r^ °*^'""*^ fut en quelque sorte confisquée au profit

r,r\J "^^^ '^ y ^"^ t°"s ^es droits et tous les

mieges : la fortune, la liberté, le pouvoir; de l'autre

fa-hl ^'''*'^' ^"^ ^^"^"""'^ '^'"''' législation inique. Toutes les loiesses se trouvèrent sous le joug. Dans la famille, le

divorce et l'exposition publique opprimèrent la faiblesse de l'épouse et de l'enfant. Dans l'état, l'esclavage opprima la faiblesse de la condition. L'homme dégradé de sa dignité morale n'emprunta plus de considération que des richesses et du pouvoir; tant qu'il n'eut pour lui d'autre caractère que celui de l'être intelligent, il descendit au-dessous même du mépris. Les lois l'enchaînèrent au service de son semblable et, au milieu de cette civilisation qu'on vante avec tant de complaisance, l'être humain était tombé si bas, que l'homme se voyait, comme la bête stupide, condamné à. donner ses sueurs pour les caprices et même son sang pour amuser les ennuis de ses tyrans.

Que manquait-il donc à la philosophie antique pour épurer le culte public, pour constituer la société? Ce n'était pas le génie qui perce au fond des abîmes pour y saisir la vérité; car parmi ses maîtres elle nomme Aristote et Platon. Ce n'était pas le bon sens pratique qui presque toujours est plus près de la vérité que le génie et qui est le maître des choses humaines, comme parle Bossuet; non, car elle s'honora d'avoir produit Socrate. Ce n'était pas la science politique , car elle compte Solon au nombre de ses sages. Que manquait-il?... Il manquait!. G. Il manquait le Réparateur ! La philosophie l'a confessé elle-même, lorsque, subjuguée par le senliment de son impuissance, elle a proclamé par la bouche de Platon que Dieu seul descendu sur la terre pouvait éclairer l'homme et le réformer. Et voilà la gloire de J. G. ! C'est d'être la raison de l'erreur et de la vérité, du désordre et de l'ordre social, de l'un par sa présence, de l'autre par son absence, et de faire le bonheur ou le malheur de l'humanité suivant qu'il s'approche d'elle ou s'en retire. Plus tard, quand il aura paru sur la terre, on montrera les créations de son esprit, et l'on dira : Savez-vous pourquoi la vérité dans le monde ? C'est

que J. G. l'a apportée du ciel. Pourquoi la dignité de l'homme et sa liberté ? C'est que J. G. lui a reconquis tous ses droits. Pourquoi l'unité chrétienne dans la charité? G est que J. G. s'est fait le lien de tous les peuples et de tous les siècles ! Et avant sa venue il faut dire, en parcourant toutes les misères de l'humanité : Savez-vous pourquoi tant d'erreurs? G'est que J. G. est absent; pourquoi tant de vices? G'est que J. G. est absent. Pourquoi tant d'avilissement et de servitude ? C'est que J. G. est absent, ourquoi cette universelle souffrance de l'homme sous empire de la raison? Encore, toujours une seule réponse : est que J. G. est absent! Je le répète, voilà la gloire de • G- C'est d'être la raison de l'erreur et de là vérité, du esordre et de l'ordre social, de l'un par sa présence, de autre par son absence, et de faire le bonheur ou le malheur de l'humanité suivant qu'il approche d'elle ou s en retire.

Mais pendant que le Médiateur se faisait ainsi rendre ^ mage par la science, en la livrant à ses égarements, il s emparait directement de la force, et la guidait à l'accom- P^i^ssemem de ses dessins. Dans l'Orient il employait la force ule P*"*^"'^'^^'^^^ ^ exécuter ses décrets sur son peuple. Par nemenr!?^"^*^ miraculeuse, tout en faisant sortir les évéen s e leurs causes naturelles, il les dirigeait vers sa un. Il- suscitait If

juif, puis cpUp / r '^*' ^al^y^o'^e pour punir le peuple lpv.,n^ ^"""^ P«"f le déUvrer, puis celle d'A-

lexandre pour le protéger

poinTcir^^ "^ ^^^^^"^^ ^"^^ ^'^'^ '^ P'^'^P^^ j''^'^' "^^™^ ^" seloi fj^ f ^^^^^ providence spéciale qui lui mesure, oudi ^^^ '^^.'^'^ ®'^s crimes, gloire ou honte, prospérités Ce ^^^^^^^^' ^°^' ** ^'" et le terme dernier de l'action divine. ^^^Peuple, par son caractère, par sa législation, restait immoe en son sol; il ne pouvait aller aux nations étrangères,

elles allèrent à lui. Conduits par la Providence, viennent les Assyriens, les Perses, les Mèdes, qui les traînent en servitude et en croyant n'emmener qu'un peuple captif, ils se trouvent qu'ils emmenèrent avec eux la vérité. Puis parait Alexandre : ses victoires ne lui laissent qu'un cercueil ensanglanté par les divisions de ses capitaines ; mais par elles, la vérité s'est approchée de la Grèce. La route de l'Orient est ouverte désormais au génie grec, et la conquête a imposé sa langue à l'Asie. Bientôt un des successeurs du conquérant va doter le monde de la version des livres hébreux, tandis qu'un autre appelle les Juifs eux-mêmes et les répand dans l'Asie mineure, et tous deux, instruments dociles d'une volonté plus haute, mais qu'ils ignorent, ne pensant créer qu'un monument ou une colonie, ne font qu'ouvrir et le monde politique au peuple du Messie, et le monde savant aux livres qui le promettent et le signalent. Enfin est appelée de Dieu à son tour la force dans sa plus haute idée, pour subjuguer le monde, et par cette victoire universelle, préparer l'universelle diffusion de l'Evangile et de l'Eglise : la force du peuple romain.

Un peuple a existé qui a imprimé plus fortement qu'aucun autre la trace de ses pas sur le globe. Ce dernier venu dans l'ancien monde, d'origine à peu près ignorée, quoique son berceau soit placé au centre de la civilisation européenne, 250 ans après que Salomon eut bâti le plus auguste des temples, 750 ans avant la naissance deJ. C, surgittoutà coup comme ce qui est grand dans l'histoire, individu ou nation. D'oii il vient, personne ne peut le dire avec certitude. La Providence met dans le caractère de ce peuple tout ce qui fait les peuples héroïques et nés pour dominer le monde : hauteur dans les vues, suite dans les conseils, et avec le besoin de conquérir, l'audace qui force la fortune et un je ne sais quoi d'indomptable qui s'exalte même

par les revers. Éprouvé au dedans par tous les orages de la liberté, au dehors par toutes les alternatives de la guerre, ce peuple ne cesse de grandir parmi les tempêtes.

Pendant sept siècles une main divine lui arrange sa for-

•■une, les événements tournent toujours à sa gloire. Les

gi'ands hommes se succèdent, selon ses besoins ; et, ce qui

lait le génie heureux, tous viennent à point nommé, ni trop

ot, ni trop tard; toujours à temps, l'homme nécessaire à

conquête ou à la résistance du moment. Puis, tout d'un coup, l'étoile de ce peuple pâlit comme si le sang étranger "lelé à un sang vigoureux en eût affaibli l'énergie active. Le génie romain languit, s'affaisse et meurt; le caractère national tombe au dessous de sa fortune; les hommes nianquent aux circonstances. En un mot, ce peuple avait cesse, comme conquérant, d^être utile à l'idée divine ; comme persécuteur, il était devenu obstacle : la Providence le repousse, et la main du ciel se retire. Ce qui a suivi, vous le savez.

est le peuple que J.-G. suscite pour préparer la magnifique révolution qu'il est venu accomplir au milieu du monde. En effet dans les conseils d'en haut, la société chrée evant exister ici-bas avec une idée divine sous des élir' ^''"'^'''^.'' '^ '^^^lait disposer d'avance, de si loin, les lesTuTr ^^"'"^^"^ *^^ ^°" existence. Rome fut choisie pour haut °"'^*^'^ '^^ ^'^^'' ^^ "^'"^0'^ dernière, la raison la plus '^^ ^ domination inouïequ'elle exerça sur le monde, i^e chnslianisme devait venir au milieu des temps; les jacles hxaient l'époque fatale où le peuple juif passerait ^ous un joug étranger; le Cnrist devait apporter la lumière a ous les peuples, étendre son empire d'une extrémité de univers à l'autre, et laisser après lui une Eglise héritière e son Evangile, maîtresse et souveraine du monde. Voilà les oracles; voici l'événement.

li était nécessaire qu'à son entrée dans le monde, le Rédempteur trouvât le génie humain à son plus haut dévelopdement. Venu plus tôt, l'Evangile n'eût pas été déclaré nécessaire par les égarements mêmes de la raison et on l'eut accusé de s'être répandu à la faveur de l'ignorance

Pour la propagation de la foi catholique, il fallait abaisser la frontière qui séparait les peuples; car la vérité est universelle, et les souverainetés lui eussent opposé, comme autant de barrières, leurs propres limites. Rome reçoit de ses conquêtes une puissance infinie; la victoire marche devant ses armées, elle abat sous ses aigles la fierté des peuples et le courage des plus grands capitaines. Toutes les royautés tombaient tour à tour à ses pieds, et les peuples se confondant tous dans la nationalité du vainqueur, cent vingt millions d'hommes se trouvèrent rapprochés 'pour former le nouvel empire de J.-C.

Il fallait au christianisme un monde mis sous une commune législation et une commune autorité. Rome reçut cette puissance de domination qui fait plus que triompher de la force, qui subjugue jusqu'aux idées. Sa gloire propage partout ses mœurs et ses institutions, et plus forte que tous les préjugés, la victoire ne fit plus de tous les peuples cmhsés de l'orient et de l'occident qu'une seule et immense société sous le pouvoir. suprême du sénat et bientôt des Césars.

R fallait des communications partout faciles et partout rapides à l'Evangile de J.-G. Rome les fraya aux apôtres catholiques, en croyant ne les frayer qu'à ses proconsuls et a ses armées. Les légionnaires creusèrent, sans le savoir les grandes routes par où la vérité catholique s'en alla à 'son tour envahir et subjuguer les peuples; et en rapprochant tous les pays de l'univers, ses lois préparèrent le développement simultané de la foi sur tous les points de l'empire

Il fallait un centre à l'église et un siège à son Pontife, niais l'un et l'autreen rapport avec leur fin et leur noblesse : Y Eglise universelle, le centre du monde; au Pontife son ^ ef, le premier trône de l'univers. Rome reçoit d'en haut out ce qui illustre et immortalise une nation sur la terre, 6 e devient le centre auquel convergent, comme autant de fuyons, tous les arts et toutes les sciences, tous les intérêts et toutes les lumières humaines. Elle est faite la capitale flu monde !

Enfin les préparatifs sont achevés, tous les grands raou-

ements de l'action humaine sont suspendus. Dans la

ce toutes les écoles disparaissent les unes devant les

les. La force romaine se repose comme l'incendie faute

l^ahment à dévorer. Les égarements de la philosophie ont

'sposé la raison à la vérité venant par la foi. Les désastres

conquête ou de la guerre domestique tournent tous

esprits vers une grande intervention de la Providence.

s éléments de la société nouvelle sont prêts et n'attendent

Pjs que l'architecte divin. Le bruit des révolutions s'est

est t" '^"^ '^ "^^^^^ '^ poussière soulevée par leurs ruines

J p*^"^ '^ '^ l'horizon du monde ancien. La croix apparaît,

"q ^"^^"^end sur la terre et le nouveau monde est créé.

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