‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 9 sur 309 · SO LE PAGANISME ASIATIQUE · texte numérisé non relu

SO LE PAGANISME ASIATIQUE

d'une nature luxuriante et accablante se sent comme ^enivrée. Elle y cherche Tinfinî; elle le voit non pas dàtlsles manifestations djrerses de la nature mais dans son principe caché qui est Brahma et brûle de d'^a- Tcrir' à lui au foild de l'abîme silencieux d'où jaillit le 'flot de la Tie universelle. De là son aspiration à se per^ àte dans cette vague et insaisissable divinité qui est tout et qui n'est rien, à noyer en elle le sentiment de l'être particulier; de là l'ascétisme et l'extase, qui est. le dernier mot du brahmanisme et le premier mot du bouddhisme, lequel avec des intentions réfonnatrices et des idées morales épurées pousse à l'anéantissement qu*il appelle le JVirvana, et ne brise le cadre inflexible des castes que pour perdre toute la race dans le vide infini. Les élaborations ultérieures du brahmanisme, dont la plus remarquable est la Trimurti ou la Trinité indienne, ne sont que des essais variés de réaliser cette absorption du fini dans l'infini et l'absolu. Les incarnations multipliées de Vischnou, qui prend telle ou telle forme humaine « comme un acteur qui change de rôle > dénotent tm étrange dédain pour la personnalité morale; l'étincelante poésie du panthéisme indou recou^vre je ue sais quel néant agité. Il n'est pas moins éloigné du christianisme que le naturalisme asiatique, et s^ l'appelle à sa manière par son ardente aspiration à imir rhumanité et la Divinité, il ne lui offre aucun auetre point de contact que ce vague sentiment.

Le naturalisme en touchant le sol de la Grëee s'iast transformé; il a vu se boti^r^^^ae Tétiécirises^hoti-

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I indffiBÎa'Siir cette terre morcelée, qui est sembla- Ue par sa conformation même à tin admirable ampbiihéâtre préparé pour les lattes héroïques.. L'idée de la beauté proportionnée se dégage d'elle-même de ces 11goeasi pures, si harmonieuses qui gardent toute leur netteté de contour sous une lumière légère. C'est là, au bord de cette mer aux anses innombrables, :SOus ce del éclatant et doux sans être consumant, c'est là que rhomme se reconnaît phisbeau, plus fort que le monde extérieur et se fait des dieux à sa ressemblance. Au lieu de8e}>erdre dans une divinité absorbante comme un gouffre, il voulut ce retrouver dans l'objet de son adoration ; il tailla sa propre image idéalisée dans le mwrbre,et ce fut son idole. L'âge héroïque l'avait ^evé audessus de lui-même ; le dieu ne fut qu'un héros mis sur l'autel. Les Hellènes s'adorèrent eux-mêmes dans des ^pes charmants empreints de la plus merveilleuse beauté. Ainsi la Grèce oppose l'apothéose héroïque aux iocamations indiennes et résout le problème religieux dans un sens directement inverse, car au lieu d'absorber le fini dans l'infini, elle enferme le divin dans une forme exquise mais bornée.

n semblait qu'elle fîlt condamnée, par cette préoco»pation toute terrestre, à une religion toujours frivole, n n'en fut rien; dans l'homme, le divin rayonne bien mieux que dans la nature, car il possède la vie morale et par là touche au monde supérieur. Aussi rhumanisme ne fut pas uniquement une religion d'artistes ; l'idéemorale y apparut avec plus de^ptûssaoce^ue dans Aucun

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autre culte. La notion de la Divinité s*épura; les dieux olympiens représentèrent non plus simplement des passions, mais des vertus. La conscience éleva sa 'voix, elle proclama c ces lois non écrites, dans lesquelles vit un Dieu qui ne vieillit pas. > Avec Eschyle elle dénonça le mystérieux anathème, juste salaire du crime, qui plane jusque sur les races royales les plus fortunées; elle montra sous la brillante parure de la terre ce sang versé par le meurtre qui n'y gèle jamais. Elle osa même prédire par la voix de ses poètes une grande rénovation religieuse, la victoire du jeune dieu del'avenir dont la flèche doit transpercer Jupiter et délivrer le vieux captif du Caucase, fidèle image de l'humanité frémissante sous l'esclavage d'im culte dépassé. Avec Sophocle la conscience évoqua un idéal moral plein de pureté et de délicatesse, grand et touchant comme le dévouement, j'ai presque dit la charité * . Cette noble poésie eut des accents vraiment prophétiques pour peindre le passage de la vie à la mort, qui fait succéder à nos demi -clartés les lumières sereines de l'éternité ^

Mais le vrai prophète de la Grèce ce fut Socrate ; il apparaît comme un réformateur des idées et des mœurs au centre le plus brillant et le plus actif de la civilisation, dans une époque corrompue par le scepticisme des sophistes. Ramenant l'homme à lui-même, non pas pour l'enivrer d'orgueil, mais au contraire

* Voir Antîgone.

s DéDoûment d^Œdipe à Colone,

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