‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoceChapitre 25 sur 55 · V. — L'étude de Jésus notre bonheur sur la terre · texte numérisé non relu

V. — L'étude de Jésus notre bonheur sur la terre

Jésus a attaché à la connaissance et à l'amour de Lui-même des joies spéciales et un bonheur incomparable. Il est d'ailleurs impossible de contempler de telles beautés et d'aussi sublimes perfections, sans éprouver une satisfaction surnaturelle et une jouissance intime qui rendent en même temps, par contre-coup, notre connaissance plus douce et notre amour plus ardent.

Rien ici-bas n'est plus digne de nos études et de notre attachement que Jésus ; rien également ne met plus de lumière dans notre esprit ni plus d'ardeur dans notre cœur, que la science de Jésus. Par conséquent, rien ne nous met davantage dans la perfection de nos facultés et dans notre fin essentielle. Le seul fait de trouver ainsi en Jésus connu et aimé la pleine satisfaction de nos désirs et de nos ambitions, c'est déjà être souverainement heureux ^

^ « On ne désire une chose, dit Saint Thomas, et on ne se

Il6 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNK

Nous ne pourrons jamais trop apprécier cette grâce. Jésus aurait pu mettre notre bonheur principal dans un moyen moins attrayant et dans une occupation moins douce; et, en cela, Il se montre plein de bonté à notre égard et II donne à notre obligation de Le connaître et de L'étudier un caractère de particulière tendresse.

Etant faits pour le bonheur, nous le désirons et le cherchons'; instinctivement, en tout ce que nous désirons, aimons et faisons, nous avons en vue une jouissance et un bonheur que nous voulons nous procurer. Nous nous trompons souvent, nous ne savons pas toujours distinguer les vraies joies des fausses, nous mettons notre satisfaction dans ce qui ne le mérite pas, nous prenons pour

porte vers elle avec ardeur qu'autant qu'on en a préalablement la connaisssance. Les hommes étant destinés par la providence de Dieu à un bien plus élevé que celui que leur faiblesse peut goûter ici-bas, il a fallu que leur esprit fût élevé à un ordre de vérité supérieur à celui que leur raison peut atteindre, afin d'apprendre par là même à désirer et à rechercher avec ardeur un bien qui surpasse tout le bonheur de la vie présente. » S. Thom., Contra Gentes, lib. I, c. 5.

Comme ce bien qui surpasse tout bonheur terrestre est contenu en Jésus, dont la connaissance constitue la vie éternelle, Le connaître ici-bas c'est être heureux d'un bonheur qui ressemble à celui du ciel.

• « Par le mot de bonheur on entend la perfection dernière de la créature raisonnable ou intelligente. De là, il arrive que tout être désire naturellement le bonheur, parce que tout être désire sa perfection dernière. » S. Thom., I p., q. 62, a. 1.

le bonheur vrai ce qui n'en a que l'apparence ; nous courons même volontairement parfois après des joies mensongères et nous oublions les éternelles ; nous voulons à tout prix trouver un bonheur durable là où il ne peut être qu'éphémère ; nous varions nos joies suivant nos impressions du moment et au gré de nos caprices ; et nous gaspillons ainsi notre vie dans de vaines recherches et dans des rêves irréalisables, où la vanité, l'illusion et l'inconstance se donnent la main pour nous tromper sur les notions essentielles du bonheur chrétien.

Voilà pourquoi il y a tant de malheureux, et pourquoi nous l'avons été souvent nous-mêmes. Voilà pourquoi aussi Jésus a voulu attacher, à la science que nous avons de Lui et aux efforts que nous faisons pour l'acquérir, des joies pures et saintes qui surpassent toutes les autres joies de la terre '.

Si les mondains connaissaient ce secret et pouvaient apprécier ce trésor, les plaisirs du monde seraient vite délaissés, les joies terrestres seraient bientôt méprisées, et le bonheur, puisé à sa véri-

^ « O Dieu, s'écrie Saint Augusrin, qu'il est malheureux l'homme qui sait tout et qui cependant vous ignore ! Mais qu'il est heureux celui qui vous connaît, quand même il ignorerait tout le reste ! — Celui qui vous connaît et qui connaît aussi les autres choses, n'est pas plus heureux à cause d'elles ; il n'est heureux qu'à cause de vous. » Co.nf., lib. v, cap. 4.

ilS CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

table source, n'aurait plus d'autre objectif que la science et l'amour de Jésus.

Il nous faut admirer la sagesse et la bonté de Jésus dans le mode qu'il choisit pour nous rendre heureux. Il n'en pouvait trouver ni de plus élevé, ni de plus beau, ni de plus doux. Il a attaché notre bonheur à son adorable Personne. Tant que nous n'allons pas jusqu'à Lui, nous ne sommes pas heureux ; tant que nous ne Le possédons pas, nous ne sommes pas satisfaits ; tant que nous n'avons pas de Lui une connaissance parfaite, nous sentons un besoin irrésistible de L'étudier toujours ; tant que notre amour ne nous unit pas pleinement à Lui, nous soupirons après des ardeurs plus grandes et une union plus étroite.

Jésus devient un aimant qui nous attire, un centre où tout converge dans notre vie, une lumière où s'éclaire notre intelligence, un foyer où s'embrase notre cœur, une énergie où se fortifie notre volonté, une source où se puise la vertu, une beauté qui nous éblouit, un idéal qui nous ravit, une divine passion qui nous consume*. Non, non, il n'y a pas sur la terre de bonheur

' « Ma vie à moi, c'est le Christ ; mourir m'est un gain : je suis travaillé par deux passions, le désir profond de mourir et d'être avec le Christ, et certes ! c'est de beaucoup ]-)rcférable ; et le désir de demeurer dans ma chair pour votre salut. » Phil., I, 21, 23, 24.

comparable à celui d'une âme qui ne connaît plus que Jésus, qui n'aime plus que Jésus, qui ne veut plus que les volontés de Jésus, et dont la vie s'écoule à fixer Jésus, à L'étudier, à Le contempler et à Le désirer dans les divines ardeurs d'un amour sanctificateur qui, à la fois, lui révèle Jésus et l'unit indissolublement à Lui '.

VI. — De la connaissance parfaite de Jésus dépend notre bonheur éternel

Les choses de la terre ont d'autant plus de valeur qu'elles ont des relations plus étroites avec les choses éternelles. Or, il n'en est aucune qui soit unie plus essentiellement au bonheur éternel que la connaissance de Jésus. Au ciel,

' Cette vérité est appuyée sur la nature même du vrai bonheur qui est fondé tout entier sur l'amour, le bonheur surnaturel n'existant pas sans la grâce, et la grâce impliquant la charité. C'est jxjurquoi Saint Thomas dit, en parlant des anges, que « ce n'est pas en se tournant naturellement vers Dieu que l'ange a mérité la béatitude, mais que c'est en se fKîrtant vers lui par un sentiment de charité, ce qui s'est fait par la grâce ». S. Thom., I p., q. 62, a. 4, ad 2.

Dans l'article suivant, en indiquant la charité comme principe du bonheur étemel, il confirme ce que nous disons du bonheur terrestre, à savoir qu'il se mesure au degré de notre amour jx)ur Jésus. « L'homme peut mériter la béatitude par un acte unique, puisqu'il suffit que l'homme soit transformé par un acte de charité pour mériter le bonheur éternel. » Ibid., a. 5.

cette connaissance est parfaite, sans ombre ni défaillance ; et elle procure aux Bienheureux une jouissance d'autant plus grande que sur la terre ils se sont appliqués avec plus de zèle et d'amour à l'acquérir et à y conformer leur vie.

Si les Docteurs, au ciel, portent une auréole spéciale et, suivant ce que nous dit Jésus, s'ils sont élevés en gloire en proportion de leur science', il faut nécessairement en déduire que chaque degré nouveau que nous acquérons dans la connaissance de Jésus, qui est la science par excellence, nous mérite un degré de gloire proportionnel dans le ciel -'. il ne tient donc qu'à nous de rendre notre éternité heureuse et glorieuse.

En concentrant tous nos efforts sur l'étude attentive et persévérante de Jésus, nous ouvrons à notre âme des horizons tout célestes, nous levons un coin du voile qui nous cache l'éternité, nous entrevoyons la gloire du ciel et nous pressentons déjà les joies ineflables de la Patrie, où Jésus est vu à découvert dans les splendeurs de sa Divinité, où II est honoré et adoré dans ses perfections infinies, acclamé comme le seul Seigneur et Maître,

1 « Celui qui violera un de ces plus petits commandements et enseijjnera ainsi aux hommes, sera appelé très petit dans le royaume des cieux ; mais celui qui accomplira et enseignera, sera apjielé grand dans le royaume des cieux. » Matth., v, 19.

2 « Ceux qui auront /a science brilleront comme la splendeur du firmament ; ceux qui enseignent aux autres la justice seront comme tics étoiles dans 1 éternité. » Dan., xii, 3.

aimé dans des ardeurs incommensurables, possédé comme le souverain Bien dans une union ineffable et sans fin '.

Quelle consolation de penser que tout ce que j'apprends de Jésus me vaudra un degré de gloire de plus dans l'éternité, que chacun de mes efforts pour Le mieux connaître sur la terre sera pour moi le sujet d'une joie spéciale dans le ciel, et que tout ce que je puis connaître de Jésus ici-bas fait partie de la science parfaite que j'aurai de Lui dans l'éternelle Patrie - ! Je goûte donc déjà par

i « Les bienheureux trouvent en Dieu trois choses: ils le voient; en le voyant ils le possèdent, et il est en leur f>ouvoir de le posséder toujours ; en le possédant ils jouissent de lui, comme de leur fin dernière qui remplit tous leurs désirs. » S. Thom., I p., q. 12, a. 7, ad i.

- Quant aux degrés divers de gloire et de bonheur dans la béatitude, Saint Thomas dit : « Par là même qu'il faut une force d'intelligence infinie f)our comprendre Dieu, la créature qui le voit étant nécessairement finie, il y a entre l'infini et le fini quel qu'il soit une multitude infinie de degrés ; et c'est ce qui fait que les êtres raisonnables peuvent connaître Dieu d'une foule de manières, les uns plus, les autres moins clairement. Et comme la béatitude consiste dans la vision de Dieu, de même le degré de la béatitude dépend de la manière dont on le voit. » S. Thom., I p., q. 62, a. 9. — Et ailleurs, il s'exprime encore plus clairement : « Quand on sera parvenu à la béatitude, chacun atteindra le terme qui lui a été fixé par la prédestination divine, et il n'y aura plus lieu de tendre au delà. Quoique arrivé à ce terme, l'un se trouvera cependant plus rapproché de Dieu, et l'autre moins. C'est pourquoi la joie de chacun sera pleine par rapport au sujet qui jouit, parce que les désirs de chacun seront pleinement satisfaits. Néanmoins la joie de l'un sera plus

anticipation une partie notable de mon bonheur éternel ; et voilà pourquoi la terre me paraît moins sombre, la vie m'est moins à charge, le ciel me semble moins loin et l'exil moins amer.

Voilà pourquoi aussi, malgré les tristesses inévitables de la vie, les ditîicultés qui m'entourent, les épreuves qui parfois m'accablent, et les souffrances de tout genre qui toujours m'assaillent, je suis heureux quand même et je ressens une paix et une joie qui me viennent du ciel *.

Tant que j'aurai Jésus et que je pourrai L'étudier, je ne serai jamais malheureux. Tant que je L'aurai à mes côtés pour me diriger dans mes voies et me donner l'intelligence de ses divines perfections que je veux sans cesse contempler, je ne trouverai pas la vie trop longue. Tant que son amour réchauffera mon cœur et que sa connaissance illuminera mon esprit, je ne marcherai ni dans les ténèbres ni dans l'abandon. Tant que Jésus ne cessera de m'aimer et de se révéler à mon âme ravie, je soupirerai après Lui, j'en ferai la passion de ma vie, mon idéal et mon Tout.

grande que celle de l'autre, parce qu'il participera plus pleinement à la béatitude divine. » II, II, q. 28, a. 3, ad 2.

Et puisque le bonheur éternel consiste dans la vision de Dieu, et que voir Dieu c'est le connaître, plus on le connaît ici-bas, plus on est heureux et plus on accroît à l'avance la somme de bonheur dont on jouira dans l'éternité.

' « Je surabonde de joie dans toutes les tribulations. »

Page 1