SCÈNE II
LES MÊMES, MADAME LONGUEVUE, ÉMILIE, entrant parle fond*.
MADAME LONGUEVUE.
Où est-il? où est-il? que je baise le pan de sa vertueuse douillette !
* Maj. mad. L. E. Max.
MAJOREL
Comment, madame Longuevue ! vous vous risquez chez un garçon !
MADAME LONGUEVUE. '
Monsieur Majorel , la vertu est comme le feu, elle purifie tout!... Mais, dites-moi donc, Maxime, où est votre oncle? votre cher oncle! votre respectable oncle!
MAXIME
Je l’attends, Madame, d’un instant à l’autre.
MADAME LONGUEVUE.
Ah ! il n’est pas arrivé !.. Baisse les yeux, Emilie.
EMILIE, s’asseyant à droite.
Oui, ma tante *...
MAJOREL, à part.
Madame Charenton !
MADAME LONGUEVUE.
Quel contre-temps! Je me faisais une fête de le contempler, ce bon M. Gélinet, le modèle des modèles! Un homme vertueux c’est comme une éclipse, ça ne se voit pas tous les jours...
MAJOREL
C’est un bruit que les opticiens font courir.
MADAME LONGUEVUE.
Figurez-vous, monsieur Majorel... c'est écrit dans le Journal des bonnes actions, de Senlis (vingt-quatre francs par an, avec prime), que cet homme extraordinairement vertueux n’a
i 'amais... Baissez les yeux, Milie!.. n’a jamais eu la plus petite tonne à son service de peur de faire jaser.
MAJOREL, ironiquement.
C’est admirable !
MADAME LONGUEVUE.
Aussi quel parfum de bonne réputation le suit et l’environne; à la fête de Senlis, il fallait une rosière, on n’en trouvait pas, la récolte avait manqué : le conseil municipal est allé en grande pompe, les pompiers en tète, offrir la couronne blanche à M. Gélinet...
MAJOREL
C’est très-beau, ça !
MADAME LONGUEVUE.
Voilà comme j’entends la vertu, moi! Aussi je ne vous cacherai pas, mon cher Maxime, que si je vous ai accordé la main d’Emilie, c’est à cause de la réputation de M. Gélinet.
MAJOREL
Parce qu’il est le neveu de son oncle.
MADAME LONGUEVUE.
Certainement;’ car j’ai appris sur votre compte des choses assez salées. Baissez les yeux, Emilie.
* Maj. mad. L. Max. E.