SCÈNE III
porte à gauche.) Madame ! chère Madame, venez prendre votre café. Quand le café est versé il faut le boire !
MAXIME
Comment pouvez-vous supposer que, vous attendant...
GÉLINET.
Comment! tu t’es gêné pour moi?... Maximej à l’avenir, je n’entends pas ça...
MAXIME
Mais...
CÉLINET.
Je veux que nous soyons deux amis, deux camarades; nous ferons ensemble de petites parties fines.
MAXIME
Hein?..
GÉL1NET.
Je te dirai même que cette nuit, en wagon... j’ai eu une aventure de première classe... J’avais pour voisine, une femmô... pas mal... entre vingt-deux et trente-neuf... Comme deux heures sonnaient, je lui ai demandé l’heure... Elle m’a dit que sa montre était arrêtée... Là-dessus, nous avons bavardé d’une foule de choses; quand elle a su que j’avais été notaire et que j’avais touché le prix de ma charge, elle a été charmante... Je lui ai demandé son adresse... elle s’est fait prier... mais elle me l’a donnée... Mademoiselle Marie, somnambule, rue Neuve-des-Marlyrs... Je lui dois certainement une visite. .
Je n’en reviens pas... vous, si vertueux!...
GÉLINET.
Ne me dis pas ça, cela m’est très-désagréable ! Voilà quarante ans que j’exerce; j’ai vendu mon fonds, je suis venu ici pour avoir de l’agrément... et j’ai compté sur toi pour faire des farces... énormément de farces...
MAXIME
Vous n’êtes pas dans votre bon sens, mon oncle...
GÉLINET.
Parfaitement... mon innocence me gêne depuis huit grands lustres... J’ai bien souffert, va, mon pauvre garçon... Que c’est lourd à porter, une bonne réputation !... Si l’on veut s’émanciper... halte-là! tous les regards sont braqués sur vous, impossible de faire un pas dans les bosquets accidentés de la fantaisie...
MAXIME
Mon oncle !...
GÉLINET.
A Senlis, j’étais numéroté, classé, étiqueté : « Gélinet ou Papa la Vertu. » Tel est le déplorable surnom que m’avaient infligé mes concitoyens!... J’aurais mieux aimé Faufilas. On me montrait aux petits enfants comme ayant toujours mar-
JEUNE DE CŒUR
ché dans le sentier de la vertu... Tons les jours à trois heures du matin... dans l’été... j’étais réveillé par des voisins implacables qui venaient ohanter sous mes fenêtres : « Lève-toi, homme vertueux, voici la vertueuse aurore!...» En été!... J’ai résisté quarante ans! C’est assez, c’est trop. Enfin, hier, par le train dé dix heures quarante- quatre, j’ai fui à tout jamais Senlis... et me voici chez toi... à Paris... avec des aspirations quadragénaires.
MAXIME
Ah ! mon oncle, pourquoi avez-vous quitté Senlis ?
GÉLINET.
Pour faire connaissance avec M. de Cupidon... Allons, mon coquin de neveu, à l’œuvre!., aide-moi à secouer la poussière de mon vertueux passé !
Air : Aux braves hussards du cinquième.
Je veux voir ces lieux de délices Où l’on badine tous les soirs.
Les théâtres et leurs coulisses.
Les bals masqués et les boudoirs Ornés de beaux yeux bleus ou noirs ;
Mais, partout où la vertu brille,
Par:out où, sans craindre et trembler,
La mère conduira sa fille...
Tou oncle ne veut poiut aller!
Oh! non, morbleu! je n'y veux pas aller!
MAXIME, à part.
Il est enragé !
Tu me montreras • des Parisiennes... A Senlis, on prétend qu’elles ont des bas blancs qui dessinent la jambe.
MAXIME
Mais, mon oncle, je n’en connais pas.
GÉLINET.
Tu n’en connais pas?.. Je te déshérite.
MAXIME
Mon bon oncle, calmez-vous !.. Si vous n’êtes pas sage, je suis un homme perdu !
GÉLINET.
Comment!
MAXIME
J’attendais votre arrivée pour vous apprendre mon mariage.
GÉLINET.
Ton mariage!... je m’y oppose.
MAXIME
Une jeune personne que j’aime...
GÉLINET, content.
Ah!