LE BONHEUR EST CHOSE LÉGÈRE
A Madame Maurice de Faramond.
LA joie, la joie angéUque !
Par nos voies cosmopoHtanes, Les fruits, les fleurs, ô marées, dévalent, O débordantes voiturées î Voguantes, roulantes tartanes, Sous tant de vie accumulée.
C'est la joie, la joie angélique, O juiHet, ô rues, ô matins !
Mais midi tombe, tout s'éteint
Sous l'écrasement du soleil
Qui goutte à goutte, immense, pleut.
Vers le soir, jardins des banlieues, Jardins des faubourgs, une vie Sourdement tressaille et s'éveille,
Palpite et bruit :
C'est la paix, l'angélique paix.
Des amoureux velus pleut le vol ahuri Qui tourne autour de nos oreilles :
Les hannetons de blés tout blonds, ronflants et lourds, Les phalènes^ chers cœurs tout ouate et tout velours,
Titubent dans l'air :
C'est la paix, l'angélique paix.
Ils se laissent tomber sur les roses légères, Se frottent à leurs joues, leurs lèvres, qui se meurent En tremblant de bonheur.
Au loin frémit un éclair de chaleur.
Les passeroses allument leurs veilleuses Aux étoiles qui lentement se multiplient... — Encore un éclair de chaleur — Des flottants pieds-d'alouette Sombre et se mêle au sol la nébuleuse bleue Qui se fait violette Et puis disparait.
Une chauve-souris, puis deux, puis trois, volètent ; C'est la paix, l'angélique paix :
O l'heure à la douceur étrange !
Tout homme se ressent saintement animal Et l'animal devient un ange...
Un cri de charrette, un pas de cheval, Un chien, deux chiens, trois chiens discutent ; Une poule qui rêve mal Se démène une minute Dans le poulailler, puis se tait.
Et l'aboiement d'un chien au loin se répercute.
BeUeviîU.