A LA BRUNE
Le mystère adoré des soirs, aux bois sacrés
Du clair temple ionique^
A drapé, fille hellénique^
Ton jeune corps blanc et nacré ; Tes cheveux et tes yeux, mouvante nuit sans ombre
Auréolent ton front de lait,
Vierge d'Argos ou de Milet,
O ma Princesse brune l
Ta voix, dis-nous quel soir , mena le chœur dansant
Aux jeux éleusiaques, Quel soir ton doigt scanda Vhymne diojiysiaque
Du choc des sistres bruissants ?
Péplos de lin si blanc, nuage sur la lune,
Brume aérienne tu volais
Battant d'un pied multiplié
Le sol de nacre sous la lune^
O ma Princesse brune !
JEUNES FLl-L'RS I ^ I
II VARIATIONS FUGUEES
fE sanglot d'un pâle soleil, Un soleil hyperboréal...
Le rnvstère odor.xiit des lourdes nuiis du sud,..
— Sur vos cheveux de nacre et de bel or fluides Verse son givre voltigeant,
Vous environne toute, enfant, trop belle enfant^
— Flots aigus d'un glauque soleil, Givre ébloui nàonté de buées blondes,
— Temple, ineffable abri sous les grands lauriers-rosesy Lauriers-roses du bois sacré !
— Il pleut, lumineuse cuirasse d'eau, descend, Inonde 'd'un cristal mouvant vos deux prunelles. Vasque d'onde glacée comme les flots du Nord,
— Les rameaux sonores vibrent Telles les lyres d'Eole Sous la caresse amoureuse Des brises du crépuscule...
— Cruellement limpide, effrayammenl profonde, Où se déroule, autre océan silencieux, Muette cataracte, un astre ébloui.
— Sons Li caresse tiède Des brises que meut la mer
Un voile se suspend, de parfums frais et d'ombre. Effleure le fronton en marbre blanc d'Egine : Il découvre et puis dissimule :
— Cnduleux océan de lumières dorées Qui la baigne, l'emplit de ses molles cascades Le vertige de vos cheveux.
— Ainsivous, belle enfant, Vombre dansvosyeux danse Et sur vos cheveux l'ombre
— Vos cheveux écroulés, lentes lueurs liquides,
Vous illuminent D'indicibles reflets somptueux et glacés.
— Menant planer, vierge en Hellas,
Sur votre front poli, votre Jeune corps blanc.
— Musique de clartés richissimes et froides,
— Un voile bruissant qui passe et qui repasse. De sereine mélancolie :
— Dans le silence morne De quelque soleil de minuit !
Musique du plus beau des soirs /
ÏKUNES FLHURS 1 ^^
— O SaniotJirace I 6 Céramique
Erechteion, Erechteion !
O lieux sacrés, ô double cime !
— C'est la Vierge au vitrail incluse, La rose de la cathédrale.
O Vierg3 Canépliore aux bas-reliefs vétustés Des temples bloc a bloc croulant Aux rivacres vieillis d'Hellas !
Quel embrasement allume (Ou quel irrée soleil ?)
lemples blancs caressés du flot bleu qui gémit ^ Et vous uésjgri'geant dans Pâpre solitude :
— Vos translucidités blondes et bleues et roses
De surnaturelle clarté, Divinement surnaturelle, ô sainte !
— Amphion de Dircé sur Vactique Aracyiithe A vu close sa lèvre et so)i pipeau brisé, Et de tes gra/.-ds roseaux et de tes lauriers-rose.s Eurotas^ Eurotas, les plaintes ont cessé !
— Quelle gloire mystique et de splendeur astrale Allume notre cœur et ces pierres chantant !
— Quand revioinent vos deuils, ô véprées automnales Là-haut glisse Arthétnis en sa conque d argent, Et lève encor pour de blêmes Thesmophories Les vaporeuses théories
1^4 JEUNiS FLEURS
— L'amour divin nous envahit, Nous réveille, nous ressuscite,
— Et les gestes figés dans la pierre
Et s\''ceillent Et tressaillent^
— Quand vous transparaissez, recluse du vitrail
Hors des pénombres profondes Dans le grand flamboiement despotiquementtendre,
— Et sans bruit se détachent des tristes frontons Et sons le bois dépouille processionnent
Une procession furii'ce ;
— Et parmi les cl'"'ches qui tonnent Et les palmes et les cantiques
— Et les sandales craquent.
Les sistres et les crotales, Les flûtes et les syrinx
— En Votre apothéose mvstique.
Vierge, vierge consacrée.
— Les cymbales et le pl/orniinx,
— Parmi les orgues qui grondent.
Sous l'encens et les bannières
— Lan^nissainnient colorient Les mourantes voix du rêve
— Lorsque monte le ?oloil, Ostensoir du Tout- Puissant Rendre resnéranoe au monde !
— Les mourantes voix du rêve Selon l'arsis et la tliésis. . .
JEUNES FIEURS IS^
— Quel embrasement allume Tel des résines nos cœurs
Et de bonheur les fait fondre, S'offrir au ciel en encens ?
— O Eleusis ! Q Eleusis !
— Et nous fait crier ensemble:
Christus ! Christus resurrexit !
— Quelle voix a crié : Pan, le grand Pan est morti Christus, Christus resurrexit !
— O Eleusis, O Eleusis !
Un touriste fourvoyé Dans ces mornes solitudes Loin des casinos moqueurs, Veut lever l'inquiétude Prête à submerger son cœur A l'ouïe des bruits bizarres, En se répétant : Ce sont Les feuilles sèches qui bruissant.