‹ Jeunes fleursChapitre 48 sur 56 · A LA BRUNE · texte numérisé non relu

A LA BRUNE

Le mystère adoré des soirs, aux bois sacrés

Du clair temple ionique^

A drapé, fille hellénique^

Ton jeune corps blanc et nacré ; Tes cheveux et tes yeux, mouvante nuit sans ombre

Auréolent ton front de lait,

Vierge d'Argos ou de Milet,

O ma Princesse brune l

Ta voix, dis-nous quel soir , mena le chœur dansant

Aux jeux éleusiaques, Quel soir ton doigt scanda Vhymne diojiysiaque

Du choc des sistres bruissants ?

Péplos de lin si blanc, nuage sur la lune,

Brume aérienne tu volais

Battant d'un pied multiplié

Le sol de nacre sous la lune^

O ma Princesse brune !

JEUNES FLl-L'RS I ^ I

II VARIATIONS FUGUEES

fE sanglot d'un pâle soleil, Un soleil hyperboréal...

Le rnvstère odor.xiit des lourdes nuiis du sud,..

— Sur vos cheveux de nacre et de bel or fluides Verse son givre voltigeant,

Vous environne toute, enfant, trop belle enfant^

— Flots aigus d'un glauque soleil, Givre ébloui nàonté de buées blondes,

— Temple, ineffable abri sous les grands lauriers-rosesy Lauriers-roses du bois sacré !

— Il pleut, lumineuse cuirasse d'eau, descend, Inonde 'd'un cristal mouvant vos deux prunelles. Vasque d'onde glacée comme les flots du Nord,

— Les rameaux sonores vibrent Telles les lyres d'Eole Sous la caresse amoureuse Des brises du crépuscule...

— Cruellement limpide, effrayammenl profonde, Où se déroule, autre océan silencieux, Muette cataracte, un astre ébloui.

— Sons Li caresse tiède Des brises que meut la mer

Un voile se suspend, de parfums frais et d'ombre. Effleure le fronton en marbre blanc d'Egine : Il découvre et puis dissimule :

— Cnduleux océan de lumières dorées Qui la baigne, l'emplit de ses molles cascades Le vertige de vos cheveux.

— Ainsivous, belle enfant, Vombre dansvosyeux danse Et sur vos cheveux l'ombre

— Vos cheveux écroulés, lentes lueurs liquides,

Vous illuminent D'indicibles reflets somptueux et glacés.

— Menant planer, vierge en Hellas,

Sur votre front poli, votre Jeune corps blanc.

— Musique de clartés richissimes et froides,

— Un voile bruissant qui passe et qui repasse. De sereine mélancolie :

— Dans le silence morne De quelque soleil de minuit !

Musique du plus beau des soirs /

ÏKUNES FLHURS 1 ^^

— O SaniotJirace I 6 Céramique

Erechteion, Erechteion !

O lieux sacrés, ô double cime !

— C'est la Vierge au vitrail incluse, La rose de la cathédrale.

O Vierg3 Canépliore aux bas-reliefs vétustés Des temples bloc a bloc croulant Aux rivacres vieillis d'Hellas !

Quel embrasement allume (Ou quel irrée soleil ?)

lemples blancs caressés du flot bleu qui gémit ^ Et vous uésjgri'geant dans Pâpre solitude :

— Vos translucidités blondes et bleues et roses

De surnaturelle clarté, Divinement surnaturelle, ô sainte !

— Amphion de Dircé sur Vactique Aracyiithe A vu close sa lèvre et so)i pipeau brisé, Et de tes gra/.-ds roseaux et de tes lauriers-rose.s Eurotas^ Eurotas, les plaintes ont cessé !

— Quelle gloire mystique et de splendeur astrale Allume notre cœur et ces pierres chantant !

— Quand revioinent vos deuils, ô véprées automnales Là-haut glisse Arthétnis en sa conque d argent, Et lève encor pour de blêmes Thesmophories Les vaporeuses théories

1^4 JEUNiS FLEURS

— L'amour divin nous envahit, Nous réveille, nous ressuscite,

— Et les gestes figés dans la pierre

Et s\''ceillent Et tressaillent^

— Quand vous transparaissez, recluse du vitrail

Hors des pénombres profondes Dans le grand flamboiement despotiquementtendre,

— Et sans bruit se détachent des tristes frontons Et sons le bois dépouille processionnent

Une procession furii'ce ;

— Et parmi les cl'"'ches qui tonnent Et les palmes et les cantiques

— Et les sandales craquent.

Les sistres et les crotales, Les flûtes et les syrinx

— En Votre apothéose mvstique.

Vierge, vierge consacrée.

— Les cymbales et le pl/orniinx,

— Parmi les orgues qui grondent.

Sous l'encens et les bannières

— Lan^nissainnient colorient Les mourantes voix du rêve

— Lorsque monte le ?oloil, Ostensoir du Tout- Puissant Rendre resnéranoe au monde !

— Les mourantes voix du rêve Selon l'arsis et la tliésis. . .

JEUNES FIEURS IS^

— Quel embrasement allume Tel des résines nos cœurs

Et de bonheur les fait fondre, S'offrir au ciel en encens ?

— O Eleusis ! Q Eleusis !

— Et nous fait crier ensemble:

Christus ! Christus resurrexit !

— Quelle voix a crié : Pan, le grand Pan est morti Christus, Christus resurrexit !

— O Eleusis, O Eleusis !

Un touriste fourvoyé Dans ces mornes solitudes Loin des casinos moqueurs, Veut lever l'inquiétude Prête à submerger son cœur A l'ouïe des bruits bizarres, En se répétant : Ce sont Les feuilles sèches qui bruissant.

Page 1