‹ Jeunesse; comédie en trois actesChapitre 57 sur 99 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ROGER

Parce que... Mais, voyons, ça saute aux yeux... parce que Mauricette... ah! là là! mon pauvre ami... n'est pas du tout la femme qu'il te faut. Tu ne l'as donc pas regardée ?

CHARLES, souriant.

Si... si... et souvent, croyez-le bien.

ROGER

C'est un petit être charmant, parbleu, je ne dis pas le contraire! mais déréglé, plein de fantaisie, de caprice. .. (Riant.) Non, non ! Ah I bien, je la vois dans ton petit intérieur d'homme rangé, de savant austère....

CHARLES, protestant.

Oh! austère...

ROGER

On n'entend qu'elle!... Elle fait un potin I... Elle rit, elle chante toute la journée... A tes heures de travail, ça te ferait une de ces musiques...

CHARLES

Il me semble que je m'habituerai à^ celle-là !

ROGER

Et puis, c'est la fée du désordre ! Il suffit qu'elle s'asseye quelque part... Elle ferait une belle salade de tes papiers.

CHARLES, flegmatique.

Ce sera pour moi une occasion de les reclasser... On ne classe jamais assez !

ROGER

Enfin, c'est une enfant gâtée... tout le monde l'a gâtée!...

CHARLES

Je la gâterai bien aussi, moi. Tenez, n'ajoutez rien. C'est tout à fait la femme qu'il me faut-

vu JEUNESSE

ROGER, déconcerté.

Ah !.,. (petit temps.) Mais* tu ne vois pas, toi, natu* rellement, tu ne peux pas voir dans la fillette la femme qu'elle sera... une femme extraordinaire... un cœur débordant de tendresse, d'enthousiasme, de passion... de passion l entends-tu ! Où l'épancherat-elle?

CHARLES, s'inclinant, gouailleur.

En moi s'il vous plaît.

ROGER, s'emballant.

Elle n'a rien à démêler avec ton idéal bourgeois... elle aura une destinée superbe... mais autre... une vie singulière, romanesque...

CHARLES, froidement.

Et un amant I

ROGER

Hein?

J'éclaire le vague de vos prophéties... Tout cela, destinée superbe, vie romanesque, ça veut dire un amant d'abord, des amants ensuite, et un mari peutêtre, oui, mais pour finir... Et c'est ça, l'avenir que vous lui voyez ?

ROGER, interdit.

Mais...

CHARLES, les bras croisés avec colère.

C'est ça ?

ROGER, regard vers la porte, sèchement.

Tais-toi, donc I... Tu cries !...

CHARLES, plus bas, de même.

C'est ça?

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