ACTE TROISIEME
Et maintenant au plus pressé. Parlez en toute confiance... A quoi dois-je m'attendre de sa part? Il va chercher à revoir Mauricette, hein?..
ANDRÉE, très bas.
Oui.
Quand ?
CHARLES, pressau
ANDREE
S'il n'a pas couru à votre suite, après votre départ, c'est que la maladie, vous le savez, l'avait teriassé. Dès qu'il a pu se tenir debout la même impulsion l'a dirigé. Mais vous l'aviez emmenée on ne savait où... Aujourd'hui, six mois ont passé. Rien hélas! n'est changé en lui. Concluez.
CHARLES
C'est-à-dire qu'il a déjà entrepris quelque chose... qu'il doit être là (Geste va^ue.) pas loin, à rô 1er, cherchant une occasion... (Avec une sorte de rage douloureuse.) Ah I
ANDRÉE., le rappelant au calme, doucement.
Charles !
CHARLES, se reprenant.
Voj'ons, voyons... Dites-moi ♦out ce que vous savez, tout ce que vous soupçonnez...
ANDRÉE
Ne me demandez rien de plus... Cet avertissement ce n'est pas déjà, sans de longs débats avec moi-même et de cruelles hésitations que je me suis décidée à vous le donner... Oh! comprenez, ce n'est pas ma conscience qui proteste, c'est mon cœur!.. .Fe suis sa femme, sa compagne, l'amie qu'il rep usso... mais l'amie !
CHARLES
Vous n'avez plus le droit de vous taire 1
ANDRÉE
Je n'ai pas celui de le trahir. Et cette pensée seule me fait horreur. D'ailleurs le voudrais -je, je ne saurais rien vous dire de plus. Depuis ce qui est arrivé, il s'est fait entre nous, une rupture sèche, sans paroles... Il vit près de moi mais silencieux, seul de pensée, seul de cœur. C'est comme si je n'existais pas, comprenez-vous comme si je n'existais pas ! *Ah ! c'est ce qui me fait le plus de mal. Cela semble la parodie de tous mes anciens rêves, vous savez, de l'avoir à moi, rien qu'à moi. Son regard d'ailleurs semble me le dire sans cesse : « Hé, bien •tu m'as! tu m'as. » Et je l'ai en effet cette présence dont le désir m'a rendue toute ma vie, éperdue, maladroite et lâche. Je l'ai. Et il en a fait une torture qui me rend plus misérable que la plus miséra- Jole... Je ne sais rien de ce qu'il fait, rien de ce qu'il imédite que par ce que surprend, mon inquiétude toujours en éveil. Ma tendresse en est réduite à l'espionner pour se rassurer ou pour le servir...* Ah! Charles, Dieu vous préserve de vivre ainsi en étranger près d'un être aimé.
CHARLES, secouant la tête.
Il ne m'a pas préservé. (Un silence, ils se regardent.);
'Je comprends vos scrupules et je n'insiste pas.' Merci. C'est à moi d'être sur mes gardes désormais. Déjà, je veillais sur Mauricette. Je veillerai davantage. Et s'il cherche à s'introduire ici ù mon insu...,
(Tressaillement d'Andrée.) II le cherche?.. Penl-être
même a-t-il déjà tenté... Tout à riieure q lelque chose m'a surpris... un trouble de ma feiriUie... Elle