PRIEURES. SOUS-PRIEURES
Année de l'élection.
1694. Réélue.
J 697. Madeleine du St-Esprit".
1700. Marie du St-Sacrement.
1703. Réélue.
1705. Marguerite Thérèse de Jésus •*. Anne de St-FrançoU ,5.
1708. Réélue.
1709. Madeleine du St-Esprit.
1712. Là même.
1715. Anne Thérèse de StrAugustin IC. '
1. Les prieures et les sous-prieures -étaient en charge pour trois ans. On pouvait être réélue, rarement plus d'une fois, La religieuse qui deyenait prieure s'appelait Mère, et gardait ce titre après être sortie de charge.
2. Sur la mère Madeleine de Saint-Joseph, M11* de Fontaines, voyez ce que nous en avons dit, p. 90-92.
3. Sur la mère Marie de Jésus, la marquise de Bréauté, voyez p. 93-96.
h . M"? Anne de Viole. Elle était fille de Nicolas de Viole, seigneur d'Osereùx, conseiller au parlement de Paris, dont descendaient le président de Viole, et son frère l'abbé de Viole, célèbres frondeurs. Elle entra au couvent de la rue Saint- Jacques, en 1606, à vingt-deux ans ; fut sous-prieure en 1614, puis prieure à Amiens, enfin a Saint-Denis, maison nouvelle qu'elle fonda avec sa sœur, Mme de La Grange-Trianon. Morte à Saint-Denis en 1630.
5. On ne dit pas. son nom de famille* Nous savons seulement qu'elle était de Tours, qu'elle entra aux Carmélites à l'âge de dix-huit ans, et y mourut en odeur de sainteté.
6. M11* de Bains était née en Picardie, au château de Bains, le 25 janvier 1598, et baptisée dans l'église de Notre-Dame de Boulogne, diocèse d'Amiens. Elle se nommait Marie, et garda ce nom au couvent; on y ajouta celui de Madeleine pour la distinguer de M™* de Bréauté. Voyez ce que nous en disons, p. 96-101.
7. M«« Du Thil. Elle était fille du président du Thil. La lettre circulaire, composée par la mère Glaire du Saint-Sacrement, ne nous fournit sur elle aucun détail historique. On y apprend seulement que Marie de la Passion garda un cancer au sein quatorze ans sans en parler. Morte à soixante^huit ans, dont quarante-huit en religion; elle était donc entrée au couvent à vingt ans,
8. Sur la mère Agnès de Jtsus-Maria, Mlle de Bellefond, voyez ce que nous en disons p. 101-105. Nous en reparlerons avec plus d'étendue dans la ine partie. Voici quelques détails nouveaux que nous tirons d'une déposition juridique de la mère Agnès dans l'affaire de la béatification de la mère Madeleine de Saint-Joseph : . . .
« J'ay nom Judith de Bellefons ditte en religion sœur Agnès de Jésus Maria. Je suis née à CaenA et âgée de près de 44 ans. Mon père s'appeloit Bernard de Bellefons, seigneur de La Haye, de Plsle Marie, du Chef du Pont, ejt du Guillin; nia mère a voit nom Jeanne auxEspaules, sa légitime épouse. Je suis religieuse professe du premier monastère des Carmélites de France dans lequel j'ay exercé la charge de prieure...,. Je ne suis point née à Paris, ainsi que j'ay dit, mais j'y suis venue à l'âge de douze ans, et j'y ay toujours demeuré depuis, excepté quelques voyages que j'ay faits de plusieurs mois chacun en Normandie et en Bourhonnois. Dans la demeure que j'ay faicte en cette ville, avant que d'estre religieuse, j'ay eu particulière connoissance du premier monastère des Carmélites, et y suis allée plusieurs fois J'ay commencé à connoistre notre vénérable mère au commencement de Tannée 1629 qu'elle me fit la grâce dé me recevoir pour estre religieuse en ce monastère où elle estoit prieure. Elle me donna l'habit de novice au mois de mars de cette mesme année, et me fit faire profession après Tan révolu de mon noviciat J'ay eu la très grande bénédiction de demeurer avec elle jusqu'à sa sainte mort qui arriva huit ans et demie après mon entrée, pendant lequel temps il ne sVst passé quasi pas un jour qu'elle ne me pàr-
last Elle portoit les âmes avec grande suavité à la pratique de la vertu...
Il m'est arrivé plusieurs fois qu'en faisant des imperfections devant elle que je ne croyois point fautes, je les ai veues telles par sa présence, et me sembloit qu'elle etoit comme un flambeau qui éclaire au milieu des tenebi es et faict voir et cognoistre ce <jui est. Je ne puis exprimer combien elle yersoit une vertu solide dans les âmes et avec quel soin elle cherchoit de l'y établir, ne prisant non plus tout le reste, quand cela y manquoit, que de la poussière, quoique ce fussent choses élevées et aparemment belles. Entre autres je me souviens qu'elle a voit une très grande estime et affection pour la condition religieuse, et qu'elle nous en parioit souvent avec tant de lumière et d'élévation qu'elle nous en ravissoit de jôye dans la vue que nous possédions cette heureuse condition. Pour moi j'en ai reçu un si grand contentement lorsque je l'entendois en parler, que je ne sais à quoi le comparer. Elle m'imprimoit. en mesme temps un grand désir d'acquérir la perfection renfermée dans cet état si saint, et nous fesoit voir les grandeurs de la terre compie de la poussière, en sorte que je me souviens que quand quelque princesse entroit dans ce monastère et qu'on m'ordonnoit d'aller avec elle, j'en avois un si grand déplaisir que je cherchois toute voie pour m'en exempter...
« Quoiqu'elle fut extrêmement douce et familière, on ne pouvoit abuser de sa bonté, car elle avoit une certaine majesté qui donnoit respect aussi bien que confiance, et faisoit que chacun n'osoit approcher d'elle qu'avec la vénération qu'on approche des choses saintes. Les plus grands mesmes se tenoient si au dessous d'elle que j'ay vu M1Ie de Bourbon lui parler à genoux, et la Reirié estoit devant elle comme une religieuse eut été devant sa supérieure, ne s'osànt pas mesme asseoir sans lui faire apporter un siège. J'ai beaucoup ouï parler d'elle à cette grande princesse, comme aussi à la Reine d'Angleterre et de Po-
logne, et à toutes les princesses et grandes dames de cette cour qui la vfciftrient souvent pour parler de Dieu avec elle , pour lui recommander toutes leurs affaires et pour lui découvrir ce qu'elles avoient de plus secret dans leurs âmes... La feue reine Marie de Medicis fit bâtir un apartement dans ce monastère pour s'y retirer des temps notables, afin de jouir plus librement de ses entretiens. Elle la visitoit souvent, et passoit plusieurs heures avec elle, lui parlant seule à seule des besoins de son ame, et de ses affaires les plus importantes qu'elle recommandoit à ses prières. J'y ay vu aussi très souvent la Reine à présent régente, etc. »
9. Mn* Du Vigean. Voyez son histoire chap. IIe, p. 196-2131. Voyez aussi la note particulière que nous lui consacrons dans cet Appendice.
10. MM« de Gourgues. Elle était petite-fille de Mm« Seguier d'Autry, sœur Marie-des-Anges, et fille de M. de Gourgues, premier président au parlement de Bordeaux, et de Mlle Seguier, sœur du chancelier de ce nom. Restée orpheline à dix-neuf ans, elle entra aux Carmélites par le conseil du cardinal de Bérulle, qui était son cousin germain. Elle mourut à soixante-huit ans, en ayant passé quarante-huit en religion. Il y a sur elle une circulaire de la mère Agnès qui met surtout en lumière son zèle pour Tordre.
11. MUe Chabot de Jarnac. Son nom dit assez sa noble naissance. Elle entra au couvent à dix-sept ans, y mourut prieure pour la troisième fois à soixante-dix ans d'âge, et cinquante-trois ans de religion. Voici sur elle un extrait de la circulaire de la mère Marie du Saint-Sacrement : « Son esprit naturel etoit grand et solide. La sagesse jet la prudence faisoient son caractère propre. Dieu, joignant aux dons de la nature ceux de la grâce, lui donna une oraison très élevée et la conduisit par la voie de l'amour. Il l'unit si intimement à lui qu'elle conçut un degout extrême de toutes les choses de la terre, ne désirant plus que d'y être cachée et oubliée. Sa profonde humilité lui donnoit les plus bas sentiment d'elle même, ne. se croyant propre à rien... Dieu lui avoit donné un tel eloignement des charges que sans la déférence qu'elle avoit pour la révérende mère Agnes de Jésus Maria jamais elle n'en eut accepté aucune... Les vertus qu'elle avoit pris tant de soin de cacher étant particulière ont paru avec éclat lorsqu'elle a été à la tète de la communauté, ayant eu une application extrême à en remplir les devoirs, surtout dans cette dernière charge qui etoit pour la troisième fois. Mais nous n'avons pas joui longtemps de l'avantage de conserver un si grand bien. »
12. M1Ie de La Thuillerie. Extrait de la circulaire de la mère Marguerite- Thérèse de Jésus sur Mlle de La Thuillerie : «... M. son père qui etoit homme d'un grand mérite et qui a servi le Roy et l'Etat dans plusieurs ambassades considérables1, perdit Mme sa femme lorsqu'il etoit ambassadeur à Venise. Se voyant chargé de plusieurs enfants, il s'appliqua avec un soin particulier à l'éducation de notre chère défunte, afin de la mettre à la teste de la famille et de
1. Les Negotialtow t» crêtes touchant l+paigt de Mïtuter $1 d'Otnabrug, La Haye, 17*5, iû-fpl., (lisent au t H, p. ,292, cpie, pendant que M. de ta ThniUerie était en Allemagne, i* fat cognais un attentat sur sa personne.
s'en reposer sur elle, pès l'âge de douze ans, maîtresse d'elle-même, et possédant toute la confiance d'un père qui l'aimoit uniquement, considérée et aimée de tous ceux qui abordoient dans sa maison, menant une vie douce et tranquille, elle sentit son danger. Dieu par sa grâce puissante sçut la soutenir et la préserver des écarts qu'elle rencontrait à chaque pas. Son esprit etoit grand et élevé, son jugement solide, sa compréhension vive, ses expressions belles et naturelles, ses manières toutes nobles, également capables des grandes et des petites affaires, ayant un cœur d'une générosité inépuisable. Toutes ces grandes qualités lui avoient attiré la tendresse et la confiance de M. son père qui la regardoit non seulement comme sa fille, mais comme une personne en qui il trouvent de très bons conseils. Elle l'aimoit aussi de toute la tendresse de sou cœur. Mais elle rompit tous ces liens quand Dieu lui fit la grâce de l'appeler à la religion. M. sou père combattit son dessein, il lui représenta sa vieillesse et ses infirmités; il lui dit qu'il n'avoit plus qu'un pas pour aller au tombeau, et qu'elle feroit ce qu'elle voudrait après sa mort. Elle nous dit plusieurs fois que c'était l'endroit de sa vie où elle avoit le plus combattu; mais elle sentit interieuremeDt qu'il falloit obéir à un autre père, et elle entra dans notre maison âgée de près de vingt-cinq ans. Au bout de six mois il mourut ; elle porta cette affliction avec une soumission admirable aux ordres de Dieu. Elle demanda la permission d'être plusieurs années sans avoir aucun commerce avec le monde, même avec ses plus proches paxens. Ce fut dans cette solitude qu'elle se remplit de Pieu... » Elle a été successivement portière, sacristine et infirmière, plusieurs fois dépositaire, puis sous-prieure, enfin, prieure fort sou . eut. Morte à soixante^dix huit ans et de religion cinquante-trois.
13. M»« Lebouts. Extrait de la circulaire delà mère Anne Thérèse de Saint- Augustin, MUe Langeron de Maulévrier, qui la remplaça comme prieure : « Elle avoit été élevée dans une célèbre abbaye où deux de mesdames ses sœurs ou de mesdames ses tantes et plusieurs autres de ses parentes, étoient religieuses. Messieurs ses parents la retirèrent du cloître pour l'établir dans le monde. Le penchant qu'elle sentit pour ce qui pouvoit la séduire lui en fil sentir le danger, et la détermina 4 se faire religieuse et 4 choisir un ordre austère. Un jour qu'elle entrait ici à la suite de la Reine, son cœur fut touché d'un mouvement si extraordinaire qu'il la détermina poux, notre maison. Elie vint y demander place et y fut reçue avec joie. Messieurs ses parents firent tous leurs efforts pour la faire sortir, et ce ne fut pas sans beaucoup de peine qu'elle demeura victorieuse dans un -combat où la tendpqsse maternelle mit tout en usage pour la vaincre...
« C'est la révérende mère Marie de la Passion { M«# Du Thil) qui la forma à la vie intérieure. Elle découvrit dans cette aine tant de grâces et de si hautes dispositions pour la contemplation qu'elle dit en mourant à, notee mece Agnès de JesMS Maria, qu'elle ne connoisçoit personne de plus propre pour lui succéder daas remploi de maîtresse des novices que la sœur Madeleine ta -Saint- Esprit, quoûui'eJILe tut à peine elle même sortie du noviciat.. EU» fut «lue prieure la première fois pour succéder à la mère Marie du Saint-Sacrement.
Apres le premier triennal elle ne put refuser de reprendre le soin des novices ' dont elle s'étoft si dignement acquittée. 01e demeura dans cet emploi jusqu'à la mort de la révérende mère Marguerite Thérèse de Jésus qu'elle rot élue prieure de nouveau .. Au mois de juillet dernier «lie voulut faire une retraite pour se disposer à la mort dont elle sentoit les aproches. Mr Hequet notre me- • decin la trouvant fort foible lui dit : Ma mère, votre métier gâte le mien:. Vous ' vous appliquez trnp. Monsieur, lui repondH-elle, il y a plus de cinquante ans que toute ma joye est de m'occuper de Dieu; s'il falloit à présent travailler pourm'en distraire, cela me feroit beaucoup de peine... Mr Vivant, notre treshonoré père supérieur, étant venu lui donner la dernière bénédiction, la trouva dans une présence de Dieu si élevée qu'il sortit d'auprès d'elle dans l'admiration... Elle est morte âgée de soixante-quinze ans, et de religion cinquante-cinq. Elle a été trente-deux ans maîtresse des novices, et neuf ans prieure. »
14. Mlle Du Merle de Blanc-Buisson. Extrait de sa circulaire : « Elle fut élevée des l'âge de quatre ans auprès de sa grand'mere qui Faimoit tendrement, et qui, désirant lui inspirer les sentiments de piété dont elle etoit remplie, se servoit de cette jeune enfant pour distribuer les aumônes abondantes qn'eDe faisait aux pauvres. La mort lui ayant enlevé cette pieuse mère, étant encore r jeune, elle retourna auprès de Messieurs ses parents qui etoient fort distingués dans la province, et comme elle avoit toutes les qualités du corps et de l'esprit qui pou voient la rendre agréable au monde, elle ne fut pas longtemps sans se laisser séduire à ses faux plaisirs.' Mais Dieu qui l'avoit choisie de toute éternité pour faire éclater ses miséricordes, ne permit pas qu'elle goutat les douceurs qu'elle s'etoit promises. Son cœur etoit continuellement déchiré de mille remords. A chaque divertissement qu'elle s'accordoit, elle entendoit une voix intérieure qui lui disoit : Si vous suivez ce chemin, vous ne serez point sauvée. Ne pouvant plus soutenir ce combat de la chair et de l'esprit, elle se résolut d'être religieuse... Plusieurs communautés désirèrent de l'attirer; mais, se défiant de son goût pour le monde elle crut qu'elle devoit choisir ce qu'elle croyoit le plus austère pour s'en séparer entièrement. C'est ce qui la fit jetter les yeux sur notre maison. Elle y entra avec toute la violence que la nature peut faire souffrir à une personne jeune, d'un esprit vif et qui n'aimoit que le plaisir. La mère Agnes de Jésus Maria qui etoit prieure, connoissant les semences de grâces qui etoient cachées dans cette ame, prit un soin particulier de sa conduite. Cependant la jeune novice etoit toujours dans une situation remplie d'amertume; elle ne sentoit point encore cette pleine joie qui est le •' partage de ceux qui sont à Dieu sans réserve. La mère Agnes que sa grande expérience rendoit si éclairée dans le gouvernement des âmes lui fit faire une revue générale de toute sa vie qui, en l'humiliant sous la main de Dieu, lui fit comprendre la nécessité de faire pénîtenee, et la miséricorde infinie que Notre - Seigneur lui faisoit de la retirer de la corruption du siècle. Des ce moment elle embrassa toutes les pratiques de la vie religieuse avec les sentimens de la plus solide pieté, ajoutant à là règle beaucoup d'austérités extraordinaires,
croyant qu'il n'y avoit rien de trop dur pour elle, ce qu'elle a continué tant qu'elle a eu de la santé...
« Sa capacité parut dans l'office de dépositaire où elle succéda à notre trèshonorée sœur Anne Marie (M,,e d'Épernon qui n'a jamais rempli d'autre charge)... dans celui de sous-prieure... Tant de vertus réunies la firent choisir d'un consentement unanime pour remplacer notre révérende mère Marie du Saint-Sacrement. On ne peut exprimer la peine que Ton eut à la résoudre à se soumettre à l'ordre de Dieu en cette occasion; il ne s'est presque point passé de jour en sa vie qu'elle n'en repandit des larmes... Il fallut tout le pouvoir de l'obéissance pour la faire consentir à sa reélection, son éloignement des charges la tenant dans une violence continuelle, et la tendresse pleine de respect avec laquelle elle se voyoit aimée ne la consolant point de se voir privée de la dernière place qu'elle avoit toujours désirée pour son partage... Le pressentiment qu'elle avoit de sa mort n'etoit que trop bien fondé. Son agonie fut longue et douloureuse, mais une demi-heure avant que d'expirer elle parut ne plus souffrir et passa dans une grande douceur âgée de soixante ans et de religion quarante un. »
15. Mlle de Bailly. Extrait de sa circulaire : « Nos mères qui connurent
dès l'abord son grand mérite, lui donnèrent l'entrée avec joie. Elle etoit d'une famille distinguée dans sa province, possédant des biens considérables, ne se refusant aucune des commodités de la vie, étant maîtresse d'elle-même. Son esprit étoit solide, son ame noble, libérale et bienfaisante. Toutes ces qualités la rendoient aimable dans le commerce, et lui attiraient le cœur de ceux qui la connoissoient; elle faisoit beaucoup d'aumônes, étant très compatissante à la misère des pauvres. Dieu la touchoit de temps en temps pour lui faire quitter le monde, mais elle ne pouvoit s'y résoudre par l'amitié qu'elle avoit pour un frère unique parfaitement honnête homme, dont elle etoit chèrement aimée. Elle a dit plusieurs fois que ce sacrifice lui avoit plus coûté que tout le reste. Mais enfin elle résolut d'entrer dans notre couvent, et pour lui cacher son dessein elle prit le temps qu'il etoit allé faire un voyage. A son retour il fit tout ce qu'il put pour l'engager de sortir, mais tous ses efforts furent inutiles : elle demeura fidèle à sa vocation... On la chargea des affaires de la maison en l'élisant première dépositaire ; de cet emploi qu'elle avoit si bien exercé elle fut élue à celui de sous-prieure... et je ne croyois pas être sitôt privée d'un si grand secours. » Morte à cinquante-sept ans et vingt-cinq de religion.
16. Mlle Langeron de Maulevrier. Elle était vraisemblablement de la famille des Maulevrier, qui est elle-même une branche de la vieille et illustre famine des Gouffier. Une Langeron a été gouvernante des enfants de Gaston, duc d'Orléans; voyez les Mémoires de Mademoiselle, t. V, p. 127, et Mme de Sévigné, t. IV, p. 104, et t. V, p. 114. Le marquis de Maulevrier était un des beaux et des élégants du xvue siècle; voyez notre chapitre ni, p. 252. Un autre Maulevrier, fils d'un frère de Colbert, avait épousé une fille du maréchal de Tessé, et mourut de douleur de n'être pas maréchal dans la promotion où Villeroi le
devint. Saint-Simon, t. IV, p. 2$3. Voici un extrait de la lettre circulaire consacrée à la mère Anne-Thérèse de Saint- Augustin :
« Cette que aous pleurons avait passé quasarte-huit an6 dans ce monastère ; eUe y a voit été jnaitresse de* .novices, prieure >e|t sous-«priaure. -Elle notes avoit presque toutes reçues:; nous nous regardions comme ses filles, nous la respections et (l'aimions comme notre mère, car elle n'a voit pas besoin d'art peur se rendre propre ce que notre mère Sainte-Therese recommande aux prieures, de se faire aimer pour être obéies. Ou n'avoit à craindre avec celle-ci que de s'y trop attacher ; et peut-être Dieu dans sa miséricorde auroiVil exaucé les prières que nous avons faites .pour sa conservation et les latines que nous n'avons cessé de répandre dans sa dernière maladie, s'il n? eut .été juste de punir ce qu'il y avoit peut-être de trop humain dans le vif et tendre attachement que nous avions pour elle et dont il etoit presque impossible de se. défendre.
« Un extérieur dus plus-aimables, des manières pleines de candeur et de simplii ité, et tout ensemble accompagnees.de la politesse et de tout l'agrément que peuvent donner une naissance distinguée et la plus excellente éducation; une belle ame qui se marquoit en toute occasion par l'égalité de sa conduite, par kt noblesse des sentimens , par des soins sans affectation, et par une tendre sollicitude qui .ne se refusoit a rien et qui n'avoit jamais rien d'emprunté, en un mot un caractère accompli et qui sembloit avoir été fait pour être aimé, etoit celui. de notre digne mère et s'etoit fait sentir en elle des ses plus tendres années.
« Fille unique d'un premier lit, elle perdit M** sa -mère dès le berceau; et M. son .père s'etant remarié, elle gagna si parfaitement les 'bonnes grâces de sa belle-mere, que celle-ci l'aima toujours et la regarda comme unde ses propies, enf ans, dont cette belle-fille à son tour se fit non seulement aimer comme une sœur, mais regarder comme une véritable mère parles tendres sentimens de respect qu'elle sçut leur inspirer et qu'ils ont toujours conservés pour elle.
« Trop capable de plaire au monde par les heureuses dispositions et par les avantages , peu communs qu'elle avoit reçus de la. nature, .le monde cependant lui déplut parce qu'elle n'etoit de son coté que trop portée à l'aimer. Aussi nVt-elie jamais regardé ni les biens qu'elle avoit quittés, car .elle etoit riche, ni les etablissemens auxquels elle avoit renoncé comme un sacrifice dont elle dut retirer, quelque; gloire, mais comme des liens dangereux que le Dieu des miséricordes «voit brisés»pour elle, l'obligeant par la à se donner itout entière à lui. Elle en avoit formé la resolution dès le vivant de M. son père, .qui l'aimant uniquement, en retarda l'exécution jusqu'après sa mort. Libre alors et n'ayant environ que vingt ans, elle ne pensoit plus qu'à se consacrer à Dieu dans le Casmel, lorsqu'elle trouva de nouveaux obstacles dans laiendresse de Mme sa belle-mere qui, chargée d'un grand nombre d'enfans, lui représenta qu'elle ne pouvoit sans manquer aux sentimens detla nature et de la religion lui refuser deux ans au moins pour être dans son veuvage sa consolation et son soutien. Ce terme expiré, rien ne put désormais la retenir : elle rompît tous les obstacles que Mme sa belle-mere ne cessoit de mettre à cette rude sepa-
ration, et, ce qui lui coûta le plus encore, comme elle nous l'a quelquefois avoué, elle s'arracha à la tendre amitié qui s'etoit formée entre elle et une sœur de Mme sa belle-mere. Sacrifiant tout pour obéir au mouvement de l'Esprit qui l'appeloit au désert, elle entra à notre couvent de Lyon où elle fit son noviciat; mais parce qu'elle se trou voit au milieu de sa famille, ne jugeant pas son sacrifice assez .parfait, elle s'ouvrit à M. l'abbé de Maulevrier, Bon oncle, du désir qu'elle avoit de se retirer dans notre monastère. Il y consentit et s'offrit même à lui en fournir les moyens que son intime relation avec nos anciennes mères lui rendoit plus faciles qu'à tout autre. Arrivée à Paris, sans prendre aucune part ace qui pouvoit y exciter sa curiosité, la postulante ne pensa qu'à s'ensevelir parmi nous et recommença son noviciat. La révérende mère Marie du Saint-Sacrement, si connue et si respectée, etoit alors prieure et reconnut bientôt l'excellence du sujet qu'elle avoit reçu. Cette digne prieure donna tous ses soins à former la novice dans l'exercice des vertus intérieures d'obéissance et d'humilité et dans toutes les pratiques de la régularité la plus exacte ...
« Apres sa profession, on ne tarda pas à lui donner le soin de conduire les postulantes et d'instruire les novices dans les pratiques et cérémonies extérieures sous les yeux de la révérende mère Madeleine du Saint-Esprit, cette maitresse si renommée que nos anciennes mères avoient formée et que l'esprit intérieur dont elle etoit animée rendoit si recommandable. On s'empressa de faire passer sœur Anne-Thérèse de Saint-Augustin par les différents emplois de la maison ; et, parce qu'elle etoit d'un caractère propre à tout, elle remplit parfaitement tous ceux où l'obéissance l'appliqua. Chargée du noviciat aussitôt que la révérende mère Madeleine du Saint-Esprit l'eut quitté et qu'elle eut été élue prieure, elle lui succéda dans cette charge lorsque cette pieuse mère eut fini son temps.
« Ce fut alors qu'on vit éclater cette sagesse, cette prudence, cette discrétion et cette grandeur d'ame qui dans toute sa conduite faisoient sentir une supérieure accomplie. Respectée du dehors comme du dedans, et des personnes les plus eminentes, dont plusieurs Thonoroient de leur confiance et de leur amitié, elle sçut toujours parfaitement accorder les agremens de l'esprit avec un eloignement absolu des manières du siècle. Marchant toujours en la présence de Dieu, l'annonçant à tous, appliquée à sanctifier son ame sous ses yeux, et à se rendre parfaite parce que notre Père céleste est parfait, elle etoit comme les élus de Dieu remplie de tendresse, de miséricorde, de patience et de modestie; exacte et severe même par rapport à l'observance, mais d'ailleurs bonne, douce et bienfaisante, sensible et tendre aux maux du prochain, elle n'en connoissoit point qu'elle n'eut voulu soulager. » Décédée à soixante-treize ans après quarante-huit ans de religion.
On conserve encore et nous avons vu au couvent de la rue d'Enfer un portrait peint de Mlle Langeron de Maulevrier qui. la représente avec une petite figure des plus agréables.