‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 173 sur 180 · A MADEMOISELLE DU VIGEAN · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DU VIGEAN

. a Mademoiselle ,

a Je croy que vous ne serez pas surprise de recevoir une lettre de moy, car il me semble que nous avons fait une assez grande amitié pour vous pouvoir même plaindre si je ne vous écrivois pas, et pour moy j'ay quasy envie de vous faire des reproches de ce que je n'entends pas parler d'autre chose que des jolies lettres que vous écrivez icy,' sans que l'on m'ait dit un seul mot de votre part. Eh vérité, cela m'a satisfaite et fâchée tout ensemble, car je suis ravie qu'une personne que j'ay toujours aymée avec tant d'inclination mérite si fort de l'estre par toutes sortes de raisons, et je ne saurois plus souffrir que vous me puissiez oublier si long-

temps. Faites donc, s'il tous piaist, que je puisse avait autant de joye de Totre $ouvemr comme j'en ay de savoir fragmentation de voire santé et de votre beauté. Je vous supplie de croire que ceux qui en sont le plus touchés ne le peuvent estr« davantage que je la suis de toutes les choses qui vous rendent si aymable. Cela vous peut faire juger de quelle sorte je désire les témoignages de votre amitié et comme je veux estfe toute àia vie ;

Votre etc. »

Marthe Du Vigean était entrée en religion malgré la résistance de toute sa famille, et elle était déjà postulante au couvent de la rue Saint-Jacques dans les premiers mois de Tannée 1647. C'est ce que nous apprend une lettre du mois de juin écrite par la mère Agnès à M11* d'Éperhori, qui était alors à Bordeaux, désirant ardemment devenir Carmélite mais ne Tétant pas encore : à ...'Je vous assure, Mademoiselle, que Dieu récompense si abondamment dès cette vie les âmes qui Tont aimé -et qui lui ont obéi, qu'elles trouvent , par les satisfactions qu'elles expérimentent au service de sa divine majesté, qu'elles ont beaucoup plus reçu que donné. M11" Du Vigean en rend maintenant tin témoignage fout nouveau et si puissant que personne n'en peut douter; car nonobstant les extrêmes afflictions de M. et de Mm" Du Vigean qui ont fait ce qu'ils ont pu pour la retirer, elle est demeurée inébranlable et si parfaitement contente qu'elle dit qu'elle ne changerait pas sa condition à celle d'être impératrice de tout le monde , et je vous assure que la joye de sen esprit est telle que son humeur, qui étoit fort polie et ne paroissoit pas, comme vous scavez, des plus gayes, Test maintenant tellement qu'il semble qu'elle expérimente quelque chose des consolations du ciel. Elle nous a priée de vous rendre grâces très-humbles, Mademoiselle, de la part que vous prenez à la grâce que Dieu lui a faite, et vous assure qu'encore qu'elle eût déjà oublié tout le monde, elle aura pour votre regard un souvenir, tout extraordinaire devant Dieu. Elle a ouï dire, avant que d'entrer céans, que vous étiez

1. Recueil dé lettres autographes de Mlle d'Épernon et de la mère Agnès, communiqué par le couvent.

M1* DU VIGEAN, fcGEUll MARTHE DE JÉSUS. 459

dans le même dessein qu'elle projetoit lors, ce qu'elle désire extrêmement qui ste trouvé véritable; mais je n'ose lui dire ce que j'enscay que vous ne ne m'ayez fait l'honneur de lui en confier quelque chose... » Mlto d'Epernon répond à la mère Agnès le 3 juillet 4647 : a .... Je vous snpplie de vouloir assurer la révérende mère prieure et la révérende mère Marie de Jèdus de mon trèi-bumblé service et de les prier de mf assister de leurs prières et «de leurs idées pour ma conduite, car je sçais et suis bien, aise qu'elles voyent les lettres que je vous escris. Pour M"* Du Vigent (sic), je ne pretens non plus que ce segret en soit un pour elle, et, quoique je ne fusse pas assez heureuse pour estre connue d'elle dans le monde, là réputation de sa vertu et de son esprit m'a donné toujours beaucoup d'estime pour elle que sa dernière action, a encore ogmerité. C'est pourquoi je vous supplie de lui faire un compliment de ma part et de la prier de me faire l'honneur de se souvenir de moi dans ses bonnes prières. ... »

Page 1